‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 72 sur 759 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

VIE DE SAINT rRANÇOIS-XAV||R,

ji^èrent convenable de faire cette rcconnai^sauGe, pour dissiper les soupçons. Le corps du Saint était alors dans la mênje église du Jésus. En avant, hors du sanctuaire, on avait établi une estrade couverte 4e damas cramoisi, sur laquelle était placée une châsse de cristal, avec des ornements dorés; au-dessus, à ujie certaine hauteur, était un magnifique baldaquin de damas avec des frangés d'or: autour régnait une balustrade de bois peint. Ces préparatifs étant faits, le 9 février 1782, on ouvrit le sépulcre en présence de l'évêque, du gouverneur, de l'offiqiialité e^; d'un grand nombre d'autres assistants, parmi lesquels se trouvaient quantité 4e nobles, de juges et de conseillers, des chanoines, des prêtres séculiers, des religieux et mênae des dames. On tira le cer^ cueil : il était haut de deux pieds et long de huit : son couvercle était fermé par trois serrures, et recouvert d'un drap d'or : on le déposa dans le lieu préparé pour le recevoir, puis on leva le couvercle et un voile de soie qui couvrait tout le corps du Saint : et l'on vit ce corps en entier. Les pieds et les jambes étaient encore en bon état et palpables; la tête couverte de sa peau'^, mais sèche; en quelques endroits on apercevait le çv^m ; malgré cela la physionomie n'étaif nullement effacée; de i^lle sorte qu'on eut pu eu tirer des portraits. Le bras et la main gauches, assez bien conservés, étaient posés sur la poitrine. Les habits sacerdotaux dont il était revêtu paraissaient neufs, quoique la chasuble fût un présent de la reine de Portugal, de la maison de Savoie, femme de Pierre IL On observa que le Saint était de stature très-basse : ses pieds étaient demeurés assez noirs, peut-être parce qu'il était dans l'usage de faire nu-pieds tous ses voyages. Au pied droit il manquait deux doigts qui, par un pieux larcin, avaient été enlevés. On sait que le bras droit est à Rpnie. Quand le corps fut ainsi découvert , les assistants le baisèrent avec vénération ; après quoi on ferma le cercueil, et on le mit dans la châsse de cristal destinée à le recevoir. Le lendemain, dimanche, 10 février 1782, commença le concours du peuple, qui fut très-grand pendant les trois jours de l'exposition. L'affluence fut telle que, malgré les gardes, i|n des cristaux delà châsse fut rompu par la foule empressée de s^approcher des reliques. Ensuite, le troisième jour étant écoulé, le saint corps fut transporté dans un mausolée de marbre, en présence de l'évêque et du gouverneur, et dans le même ordre qu'au commencement de la cérémonie. On le couvrit d'un nouveau voile bro4é ; on ferma

CHAPITBE NEUVIÈME. — FAITS PÔStÉBlEURS. CXXXÏX

ensuite Je sépulere avec huit elefs, que l'évêque, Ip gouverneur et les autres personnes préposées à la garde 4e ce dépôt Gon^ery^rent ; enfin, on dressa un acte de tout ce qui s'était passé.

Nous devoùs également ti*ânscrirèûii fragment d'une lettre de IVîï l'abbé Legrégeois. Ce pieux missionnaire eut le bonheur de visiter, en 1834, le tombeau de notre Saint, à Goa, et il a donné, sur ce sanctuaire vénérable çt sur la ville de Goa, des détails d'un singulier intérêt : :

» Vous ne sauriez vous faire une idée, dit M, l'abbé Legré- ,. geois, de ce que fut jadis Goa, et de ce qu'il est aujourd'hui. C'était autrefois la ville la plus opulente, la plus religieuse et la plus puissante de l'Inde ; aujourd'hui, ce n'est plus qu'un champ planté de cocotiers et semé de ruines, au milieu desquelles on voit s'élever de loin douze ou quinze couvents avec autant d'églises, superbes vestiges de la foi et de la grandeur des anciens Portugais. Environ cent religieux et quelques prêtres sécuhers, voilà tous les habitants de cette nouvelle Troie. Une nouvelle ville s'est élevée à quelque distance de l'ancienne (1); mais elle ne lui sera jamais comparable ni pour le nombre des habitants , ni pour la magnificence des monuments, dont plusieurs peuvent aller de pair avec nos plus fameuses cathédrales de France. C'est dans une de ces églises, appelée Bon- Jésus, que repose le corps de saint François-Xavier. Sur un tombeau de marbre blanc de forme pyramidale et orné de figures représentant les principaux miracles de sa vie, se trouve la châsse d'argent et de cristal qui renferme le précieux dépôt. Cette châsse est un cadeau envoyé de Rome : la sculpture en est très-belle ; c'est vraiment un ouvrage achevé. On a pratiqué sur le tombeau un autel où j'ai eu le bonheur de dire la messe. J'avais bien des grâces à demander pour moi et pour la Société dont je suis membre, et je crois ne pas vous avoir oubUé non plus... Ah!

(1) Villa-Nova de Goa, résidence du vîcc-roi portugais, est bâtie dans une petite île, à cinq milles environ de l'ancienne ville; sa population est évaluée à 17,000 âmes; elle communique par une superbe chaussée, d'environ trois milles de longueur, avec une autre petite ville nommée San- Pedro, où réside l'archevêque de Goa, qui prend le titre de primat de l'Inde.

P. L. Le Grégeois.

VIE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER

puisse ce 'sacré dépôt ranimer la foi un peu languissante dans ce pays où jadis elle était si vive\.. »

0 vénérable Saint, en terminant ce travail que nbus mettons sous votre patronage, nous vous prions de nous obtenir de Dieu la grâce d'accomplir et d'aimer sa volonté sainte, d'être patient dans l'épreuve, humble dans la consolation, et de parcourir l'intervalle de la vie temporelle en méritant l'héritage éternel et la vie en Jésus-Christ.

DE

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