‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 73 sur 759 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Lellres écrites à Paris, en Ilalie el en Porlngal.

LETTRE PREMIÈRE

An eapltalne Azplleuete (1), son frère aîné, à Obanos (3).

Mon Seigneur,

Je vous ai écrit plusieurs fois, en ces derniers jours, et par différentes voies : j'y étais déterminé par des raisons puissantes. La première et la principale était le devoir naturel qui m'oblige envers vous, et ce sentiment de pieux respect, qu'après son amour envers nos parents, doit au plus haut degré votre jeune frère, à vous son frère aîné,

(1) Le capitaine Juan de Azpilcuete, frère aîné du saint, marié à N. de Sûtes , sa cousine.

(2) Obanos , ville de Navarre , à trois lieues de Pampelime.

2 LIYRE I. — LETTRE PREjtlÈRE.

et le premier né de notre famille ; c'est aussi la reconnaissance que m'ont inspirée vos bienfaits si multipliés et si considérables : le nombre et le prix en sont tels,, en effet , que j'aurai toujours lieu de craindre Mon iîiSufflsânce à les apprécier et à y répondre , et je ci'oirai paraître ingt-at aux yeux du monde , qui juge uniquement les intentions par les faits.

Je me sens donc vivement pressé d'aller au-devant de toutes les occasions de vous témoigner mes sentiments de reconnaissance et ma profonde tendresse , avec toute l'énergie d'un sincère et absolu dévouement, afin, s'il est possible, de m'acquitter à votre égard, dans le temps même où je reçois des preuves toujours nouvelles et d'un prix inestimable de votre grande affection pour moi. Souvent il m' arrive de considérer avec émotion, en présence de mes désirs, rinsuffisaiice ordinaire de mes efforts; comme aussi j'ai très-souvent appréhendé , par une sorte d'affectueuse inquiétude — et néanmoins je ne redoute ni l'embarras ni la peine d'écrire — que les lettres que je vous envoie par tous les voyagem's qui vont en Espagne, ne vous parviennent ni fidèlement ni régulièrement , pour vous porter les témoignages de mon respectueux et tendre dévouement; surtout si j'envisage l'étendue immense dès pays et les difficultés infinies des communications entre Paris et Obanos. Ce sont apparemment des obstacles de ce genre qui font que je reçois de vos réponses plus rarement que je ne le désire, et sans doute aussi vous n'êtes entravé dans ces relations amicales, si délicieuses et si désirées, que parce que la fidélité , le courage ou la fortune des messagers trompent vos favorables desseins et le vif intérêt que vous ne cessez de me porter.

Eii effet, les récils de nos amis et d'autres témoignages non moins certains m'ont pleinement convaincu que vous prenez une part sincère et profonde aux épreuves qui m'environnent et m'oppressent, pendant que je me livre avec ardeur à mes études, sur cette terre étrangère ; et que vous

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