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LIVRE VIII. — LETTRE DIX-SEPTIÈME

par les premiers éléments , des imperfections qui m'inspiraient de la défiance, touchant les jugements qui les avaient fait admettre; et, comme on l'a vu par expérience, c'étaient des sujets dont l'exclusion de notre maison était exigée par l'intérêt de notre bonne renommée et du repos de notre Ordre. Je n'ai pu m'empêcher de faire un exemple de ce genre en la personne d'Alvaro Ferreira (1), que j'ai rayé de la liste de nos Confrères. S'il se présentait devant vous, donnez-vous de garde de le recevoir dans votre maison; mais vous pourrez l'aider de vos avis et de votre crédit, pour qu'il passe dans un autre ordre religieux. Quant à son retour dans notre Compagnie, quelque instance qu'il vous fasse à cet égard, vous ne devez point absolument le recevoir, et vous saurez que cela vous est interdit par l'obéissance que vous me devez : en effet, j'ordonne, après mûre délibération et par autorité, que vous ne receviez point dans votre maison Alvaro Ferreira, que je sais n'avoir rien qui convienne à l'Institut de notre Compagnie.

S'il arrivait que cette lettre trouvât à Go a un autre recteur que Gaspard Barzée, ce recteur, quel qu'il soit, devra comprendre que ce que je mande à Gaspard lui est recommandé au même titre.

Du port de San-Gban, le 13 novembre 155^, ,

François.

[l] Un capitaine Alvaro Ferreira fut martyr à Achem en 1666, avec quatre autres Portugais, pour n'avoir pas voulu renoncer à la religion de J.-C.

Peut-être] était-ce le religieux qui n'avait pu demeurer dans la Compagnie, mais à qui Dieu ménagea l'occasion de confesser sa foi, et accorda la grâce du martyre.

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Lettres de saint Ignace de Loyola.

jre LETTRE.

A Bertrand, seigneur de Loyola, son neveu, pour lui recommander le

P. François et l'ambassadeur portugais.

Que Notre-Seigneur nous assiste à jamais de sa grâce !

La singulière et suprême hâte qui nous est présentement imposée pour envoyer les uns dans les Indes, les autres en Ecosse, les autres en différentes contrées d'Italie, ne me laissent aucun loisir pour vous écrire d'une manière étendue, ainsi que j'en avais le désir. Cette lettre vous sera portée par ]\P François de Xavier, Navarrais, fds (iu seigneur de Xavier, et l'un des membres de notre Compagnie. Il part en vertu des ordres du souverain pontife et sur la demande du roi de Portugal, en même temps que deux autres de nos Frères qui se rendent par mer auprès du même souverain : vous apprendrez de ;]\P François tout le dessein de leur entreprise, et il vous parlera de toutes ces affaires, en mon nom , et comme je le ferais moi-même. Vous devez aussi savoir que l'ambassadeur du roi de Portugal , en la compagnie duquel voyage M" François , nous est uni par une amitié très-étroite, et que nous avons les plus grandes obligations à ce seigneur. Le même personnage espère, pour toutes les œuvres qui intéressent le service de Dieu, Notre-Seigneur, nous être d'un puissant secours auprès du roi son maître, et de toutes les personnes sur lesquelles il a de l'influence. Je vous prie donc, au nom du service

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de Dieu Notre-Seigneur, d'accueillir cet ambassadeur de la façon la plus honorable et avec l'hospitalité la plus généreuse.

Si Araoz se trouve auprès de vous, je désire qu'il considère ma lettre comme lui étant adressée.

Vous aurez en M^ François la mêmp absojue confiance que vous auriez en moi-même.

Veuillez me recommander à la dame de Loyola et à votre famille entière.

Que Notre-Seigneur nous assiste à jamais de sa grâce !

Rome, 16 mars 15/iO.

Pauvre de vertu , Ignace.

Jésus !

Ignace de Loyola, supérieur général de la Compagnie de Jésus, à ses Frères bien-aimés dans le Seigneur, M" Simon Rodrigue;^, Provincial de la même Compagnie en Portugal et dans les contrées d'outremer en deçà des Indes qui sont soumises au sérénissime roi de Portugal, et les autres Supérieurs particuliers, ou les Membres ayant reçu du P. M" Simon l'autorité sur leurs Frères, dans le royaume de Congo, ou dans la partie des Indes appelée Brésil, et en Afrique, Salut éternel en N.~S. !

Attendu qu'en cette année 1550, les inépuisables trésors de N.-S. J.-C. et de l'Église , épouse de J.-C, et ceux du Saint- Siège apostolique se sont ouverts pour octroyer la grâce du Jubilé , c'est-à-dire une indulgence plénière de leurs péchés à tous les fidèles qui auront visité les quatre basiliques de Rome (1), ayant considéré que nos Confrères et les autres chrétiens à qui l'immense intervalle des distances ^e terre et de mer ne permet point de se rendre dans la Ville sainte se trouveraient , par un sort inégal , exclus de cette grâce , nous ayons supplié notre très-saint Père le Pape Jules III de daigner accorder à tous ces

(1) Les quatre basiliques majeures sont : Saint-Jean-de-Latran, Sainl- Plerreau mont Vatican, Saint-Paul et Sainle-Marie-Majeure. ^ v

Il y a trois basiliques mineures : Saint-Laurent hors des murs, Sainte- Croix de Jérusalem et Saint-Sébastien.

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fidèles, absents de corps, mais présents par la dévotion de leurs âmes, une pareille faveur, et nous avons été exaucé : toutefois le souverain pontife a ajouté cette clause, que les Membres de notre Compagnie, qui travaillent dans ces contrées à la vigne du Seigneur, communiqueront dans lesdites contrées, avec toute l'autorité du saint-siége apostolique, cette grâce insigne à tous ceux que , dans le Seigneur, ils en jugeront dignes, en leur imposant les conditions qui leur paraîtront convenables.

Or, nous-même ayant mis en votre prudence, qui est selon Jésus-Christ, la confiance la plus entière, nous vous avons désigné pour élire d'autres Pères, et dès à présent nous désignons les Pères que vous aurez, en les choisissant d'après leurs vertus, élus et constitués Supérieurs de leurs Frères dans les pays précédemment exprimés , et nous vous déclarons investis du pouvoir, émané du Saint-Siège apostolique, de faire participer au Jubilé toutes les personnes vivant sous la règle de notre Compagnie, les chrétiens indigènes de toutes lesdites contrées, qui ont été convertis à la foi catholique, les colons et tous les résidents à quelque titre que ce soit, après que s'étant confessés pieusement , ils auront accompli les devoirs que vous leur aurez prescrits : et nous vous exhortons à vous montrer non-seulement de fidèles, mais de prudents dispensateurs de si précieux trésors, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Donné à Rome dans la maison de la Compagnie de Jésus , le 7 juillet 1550.

Ignace:

A la Compagnie en Europe. Sur la patience au milieu de la pauvreté et des souffrances, à l'exemple des confrères des Indes.

Les lettres d'un grand nombre de personnes nous ont appris que vos révérences étaient éprouvées de Dieu, Notre-Seigneur, par les privations de la sainte pauvreté, c'est-à-dire par le dénûment des ressources nécessaires au bien-être du corps et aux autres besoins temporels. A nos yeux ce ne doit pas être un des moindres hienfaits de la grâce, que de nous sentir initiés par la bonté divine 3 1 expérience et au sentiment intime de ce privilège de la

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vreté, qui doit être l'objet de tous nos désirs, si nous voulons être conformes à Jésus-Christ, notre chef, selon la très-pieuse institution de notre Compagnie. En vérité, je ne connais aucune partie de notre Compagnie où ne pénètre l'influence et comme le sentiment de ce bien précieux, dans une mesure plus ou moins abondante ou restreinte, selon la différence des conditions et des lieux. Que si nous nous comparons à nos Frères des Indes , je n'estimerai pas nos souffrances excessives, en voyant ces Frères livrés à des épreuves infinies de l'âme el du corps, et manquant en beaucoup de lieux de pain même et de vin ; ne vivant que de riz et d'eau, et d'autres aliments aussi peu substantiels; vêtus misérablement ; ayant en un mot leur ^omme extérieur soumis aux plus rudes incommodités. Considérons que nous-mêmes nous avons nos Indes, où nous devons vivre, et qui, réellement, se rencontrent partout : que si quelqu'un de nous veut se pénétrer de cette pensée , il cessera désormais de se préoccuper du nécessaire , et sera satisfait de recourir à la sainte mendicité , qui pourra subvenir à son indigence. Et si Dieu voulait nous placer dans une détresse encore plus rigoureuse, veillez cependant à ce que rien ne manque aux infirmes. Les valides ont des facultés plus grandes et conservent plus aisément la patience. Que le Seigneur Jésus- Christ nous accorde cette patience que, par son enseignement et son exemple, il a rendue si aimable : qu'il nous pénètre de son amour, qui doit suppléer à toutes choses, et de la consolation sensible qui naît de son service !

Rome, décembre 1552.

Ignace.

4* LETTRE (fragment).

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il:

Au p. M* François de Xavier pour le rappeler des Indes en Europe (1).

J'ajoute , en considérant le plus grand avantage du service de Dieu, l'intérêt des âmes dans l'Orient, et les secours que ces âmes doivent attendre du Portugal, que j'ai pris la résolution absolue de vous appeler, et au nom de la sainte Obéissance , sans parler

(1) Le Saint n'existait plus lorsque cette lettre fut écrite.

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des nombreuses raisons qui me portent à vous imposer ce devoir, je vous ordonne de vous mettre en route pour le Portugal, aussitôt que la navigation deviendra favorable, et je vous en fais le commandement au nom de J.-C, N.-S. Et afin qu'il vous soit permis de condescendre et de donner satisfaction aux esprits des hommes, si l'on essayait de vous retenir dans l'intérêt des Indes, je veux ici vous exposer les motifs de ma résolution.

En premier lieu , vous connaissez combien les ordres pieux du roi de Portugal ont eu d'influence pour confirmer le nom de J.-C. dans les Indes, dans la Guinée et au Brésil, et pour en dilater le domaine : un souverain pénétré de sentiments aussi vertueux, enflammé d'un zèle aussi parfait pour la religion, ne saurait manquer d'accomplir de grandes œuvres, vous le concevez sans peine, pour la dilatation de la gloire divine et la protection des peuples d'Orient , s'il connaissait h fond, d'après vos lumières et votre expérience, toute l'étendue et la nécessité de ces œuvres.

Ensuite, il est très-essentiel que le saint-siége apostolique soit éclairé touchant les affaires des Indes, par des preuves réelles et authentiques, et par un témoignage légitime et autorisé, afin qu'il puisse pourvoir aux besoins des anciens et des nouveaux chrétiens, par des secours qui leur sont indispensables, et dont ils ne peuvent sans péril demeurer privés : et ce devoir, nul mieux que vous ne peut le remplir, car vous possédez à fond la connaissance de ces affaires, et vous jouissez à Home d'une éminente considération, qui donne à vos paroles une souveraine autorité.

Vous savez encore combien il est essentiel pour les Indes que l'on envoie des sujets capables de recueillir les fruits variés que les différents sols sont appelés à produire. A cet égard, votre voyage en Portugal et à Rome aura de merveilleux avantages : nonseulement un nombre de sujets infiniment plus grand concevra la pensée de demander la mission des Indes, mais, entre ces sujets, les choix seront plus certains, et vous démêlerez sans peine qui conviendra le mieux à tels ou tels ministères. Déjà vous avez senti combien il est préférable de voir de ses yeux, et que votre opinion écrite, sur la manière d'apprécier les sujets, n'était point entièrement suffisante : il est donc nécessaire que vous-même ou qu'un Père vous ressemblant par son expérience consommée, voie de ses yeux, pratique les sujets et choisisse lui-même les missionnaires pour ces pays.

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A ces raisons, qui sont relatives aux intérêts généraux des Indes, s'ajoute ce motif, que vous contribuerez à décider le roi sur le point de l'ambassade éthiopienne projetée depuis si longtemps, et dont le dessein est toujours pendant, sans avoir fait un pas vers son accomplissement. Vous rendrez aussi d'éminents services aux missions du Congo et du Brésil» auxquelles du fond des Indes vous ne pouvez être utile, à cause du défaut absolu de communications : et si vous présumez que nos Frères, que vous dirigez dans les Indes, ont besoin de votre présence, vous pouiTCz les diriger du Portugal aussi bien et plus aisément, peut-être, que si vous étiez en Chine ou au Japon.

Je laisse à maître Polanque le soin de teraiiner cette lettre, et du fond de l'âme je me recommande à vos prières devant Dieu : je conjure sa bonté souveraine de daigner répandre sur nous l'alîondance de ses grâces, afin que nous puissions découvrir entièrement ce qui lui est le plus agréable, et l'accomplir de la manière la plus parfaite.

(Ici saint Ignace cesse d'écrire, et Polanque, son secrétaire^ continue :)

A toutes les raisons que notre Père vous a très-amplement exposées dans sa lettre, — et vous pouvez avec avantage montrer cette lettre en entier, ou seulement en partie, aux personnes à qui vous devrez cet égard, au sujet de votre retour en Portugal, — d'autres raisons viennent s'ajouter, n'ayant pas une moindre valeur que toutes celles énoncées par notre Père. Votre Révérence a besoin aussi de savoir que la perspective de votre retour, entrevue des Portugais, des Espagnols et des Italiens , les a ravis singulièrement ; et nul ne doute à cette heure qu'il ne doive résulter de ce voyage des avantages très-précieux pour la gloire de Dieu et pour le bien général. Telle est aussi l'opinion de notre Père ; et ce motif unique équivaut sans doute à un grand nombre de solides arguments. Je prie Jésus-Christ, Notre-Seigneur, de diriger toutes choses pour sa plus grande gloire et pour son service. Amen (1).

(1) L'éditeur de Bologne indique, comme date à cette lettre, la fm de juin 1553.

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Témoignage du vicaire général de Bologne en faveur des PP. Xavier et Bobadilla.

Nous, Augustin Zànetti, par la grâce âè Dieu et du saint-sîége apostolique, évêque de Sébaste, vicaire général au spirituel et au

temporel et suffragant du siège [de Bologne , nous rendons le

témoignage formel et sincère, et nous attestons dans le Seigneur , que François de Xavier et Nicolas Bobadilla , prêtres, ont prêché d'après notre autorisation dans notre cité de Bologne, et qu'ils se sont exprimés d'une manière franche et chrétienne, et n'ayant rien de commun avec, la doctrine de Luther : au contraire , ils combattent cette doctrine avec véhémence. Par leur [prédication, ils ont rendu d'éminents services à notre cité , et ils ont confirmé cette prédication par l'exemple de leur vie et de leurs mœurs, de manière à exciter l'admiration de tous. Il est donc absolument faux que ces prêtres soient sortis de notre ville en fugitifs : mais ils l'ont quittée pour vaquer à d'autres affaires, et pour aller semer en d'autres contrées la bonue semence qu'ils avaient répandue parmi nous. En foi de mes paroles

Donné à Bologne, dans le palais épiscopal, le 26 juin 1538. L. S. ■ ■

Lettres du P. Pierre Lefevre.

\.AuP. Smo7i Rodrigue^ {i) [Fragment). "'.

La consolation spirituelle que répandent en ces pays les heureuses nouvelles venues de notre Frère, maître François, est aussi

(1) Le roi de Portugal avait demandé au P. Pierre Lefèvre, alors visiteur général de la Compagnie, un grand nombre de sujets pour les Indes. Le P. Lefèvre écrivit au roi et au P. Rodriguez. Nous donnons ici la seule des deux lettres qui se soit conservée.

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éminente et aussi parfaite que la source d'où elle dérive. Notre- Seigneur connaît tout le zMc avec lequel moi-même j'enverrais des sujets, afin de prendre part à ces admirables œuvres, et avec quel ravissement plus grand encore je me verrais personnellement choisi pour être l'un de ceux que leurs majestés désirent si vivement envoyer dans les Indes. Autour de nous, en Espagne, des nécessités sans nombre réclament, il est vrai, des membres de notre Compagnie ; mais si nous envisageons ce qui s'opère dans les Indes, si nous apprécions le désir très-profond et persévérant de sa majesté, il est bien légitime que la Compagnie tout entière, et que chacun de ses membres en particulier, désirent former des sujets pour le ministère des missions lointaines. Que Notre-Seigneur m'accorde la grâce de m'y pouvoir employer, et d'être à même de lui témoigner une reconnaissance infinie pour les faveurs si éminentes et si multipUées dont la divine miséricorde a comblé leurs majestés, en leur prodiguant avec surabondance ces ardents désirs et ce zèle efficace pour dilater et pour glorifier le nom de Jésus-Christ notre Rédempteur. Je m'estimerais très-lieureux si je pouvais être présent à Lisbonne pour aller baiser les mains de leurs majestés, en reconnaissance de ce qu'elles ont daigné se servir de notre Compagnie : mais vous me suppléerez en ce devoir. En apprenant la glorieuse mort des six cents martyrs de l'Inde, je ne saurais vous dire ce que mon àme a ressenti en Jésus-Christ. Combien nous serions heureux de posséder en Europe des reliques de leurs corps et de leur sang^ nous qui sommes leurs anciens dans la foi, mais surtout de contempler des reliques de leur courage ! (1545.)

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