‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 729 sur 759 · Lettre du P. Barue à ses parents, 1546 [Fragment · texte numérisé non relu

Lettre du P. Barue à ses parents, 1546 [Fragment

Je ne cesse de louer Dieu de ce que, me prenant, infâme pé"' cheur, enseveli dans mes inûnies misères, il m'a retiré de la fange mondaine, et a daigné m'associer à sa vénérable Compagnie, afia que je m'y anéantisse tous les jours davantage, et que, mettant en parallèle les imperfections de ma nature ingrate avec les actions angéliques de mes Frères, dont je suis à tous les instants le témoin et l'auditeur, je me recueille, je réveille mon esprit et je m'élance eu dehors du bourbier ftjc^teux de mes vices, oii, pareil à l'immonde crapaud, je végète î^t je rampe, me repaissant du limon de la terre. En vérité, si je n'avais une aussi grande confiance dans les prières que chaque jour, je le sais, vous répandez en présence de Dieu pour l'implorer en ma faveur, il ne me resterait aucune force d'âme pour entreprendre les œuvres que le Seigneur opère cliaque jour par moi, faible avorton de la Compagnie, daignant, dans son infinie clémence, se souvenir que je suis devenu par sa grâce un membre de son corps : en effet, des pierres il peut susciter des enfants d'Abraham, afin que la vertu se consolide eu l'infirmité de ma personne, et non sur le fondement de mes mérites, car je suis un néant.

3. Autres témoignages de rhumilité du P. Barséc, extraits de ses lettres

[Fragments).

...i'-, .i^irrt.

Je sens à cette heure mes forces spirituelles entièrement anéanties : en vérité, je n'ai jamais été qu'un ver de terr^, né du fumier et de la pourriture, et mes seuls péchés ont empêché Dieu d'opérer de grandes choses par mon ministère. Je suis réduit au silence, et les hommes ainsi que les anges connaissent ma misère. Ne cesse? l)oint, mes Frères, de prier Dieu pour moi, afin qu'un jour je cesse de pécher, et que la colère de Dieu se retire de moi !

0 mes bien-almés Frères, vous éprouverez un profond étonnement de ce que ces marques de respect n'ont pas fait évaporer mon âme, si imparfaite et si faible, en des fumées de vaine gloire ! Notre-Seigneur ne considère point qui nous sommes en réalité, mais il daigne se souvenir que nous sommes de la Compagnie de

j!ffr

UhQ

APPENDICE

Jésus, et il prend soin de faire avancer et de conserver ses enfants : aussi ce divin médecin m'a-t-il présenté les remèdes les plus efficaces, afin que je ne laissasse point se dissiper au vent de l'amourpropre les grâces dont ses humiliations nous ont enrichis. Il m'accable, en effet, de travaux immenses et continuels, et lors même que j'en aurais la pensée, je n'aurais aucun intervalle pour me livrer à l'orgueil, qui, d'ordinaire, exige de grands loisirs. Si je devais prendre quelque repos, j'ignorais où le prendre, en mon lit, sur un siège, ou sur la terre nue ; et, jusqu'au moment de faire ce choix, mon âme demeurait sans inquiétude. Mais, pécheur que je suis, je n'ai rien dont je puisse me glorifier, si ce n'est mes infirmités sans nombre. Qu'ai-je en moi que je n'aie point reçu ? Ce que je suis, je le suis par la seule grâce de Dieu. Pourquoi donc me glorifierais-je, comme si ce n'était pas un don de la main divine !

O mes Frères de la Compagnie de Jésus, comment le

démon pourrait-il trouver entrée dans une âme où Jésus règne souverainement, où il a conquis et possède tout?

Page 1