‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 730 sur 759 · Zèle pour V oraison {Fragment · texte numérisé non relu

Zèle pour V oraison {Fragment

Que les travaux ne vous effraient point ; aussi bien ne devezvous point vous sentir effrayés par les peines cpie je puis supporter, moi le plus infirme des disciples de Jésus-Christ. Tout ce c[ue je vous ai fait connaître n'est rien, en regard des autres épreuves infiniment plus grandes que je me sens ambitieux d'oidurer : mais je m'y sens encouragé par l'attrait des consolations divines que Dieu me prodigue pour en alléger le poids. Ces épreuves surpassent dans une proportion immense les épreuves de Coimbre. A Coïmbre, les souffrances découragent les moins parfaits : ici, les plus vertueux y trouvent une occasion de se recueilhr en Dieu. Vous n'avez, en effet, personne à qui vous attacher, si ce n'est Dieu luimême. Le monde vous poursuit de ses injures ou de ses hommages : et, tandis qu'à Coïmbre les hommes vous adorent, aux Indes ils vous attachent à la croix ; vous n'avez pas même la consolation ni le loisir de chercher un remède au milieu de vos livres. En Portugal , dans le temps où les larmes ruissellent de vos yeux au sein de la prière , les divines consolations se distillent avec abondance en votre âme : et après que les larmes ont cessé de couler,

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les esprits se dessèchent et demeurent arides. Mais ici , nos yeux desséchés sont féconds en consolations divines, au milieu de ce champ désert, sans voies frayées, sans rosée et sans eau.

Vos Frères sont dispersés en différents lieux, parmi des travaux immenses, mais parmi des travaux excellemment employés. La consolation seule que l'on y recueille en dissipe aisément toute l'amertume : et quelle vertu n'aura pas cette consolation, si le chrétien se rappelle le divin amour par l'effet duquel Jésus a passé sa vie tout entière dans des travaux infinis et dans les souffrances du dernier supplice, ce Jésus qui, dans sa miséricorde, accueille tous les efforts présentés par notre faiblesse, — si nous avons le droit de rien appeler nôtre, — afin de les récompenser par des couronnes éternelles. La méditation de ces vérités saintes, dans ces pays et dans le ministère des missions, laisse bien loin derrière elle les méditations de la même nature que vous pouvez concevoir à l'ombre de votre couche et dans la sécurité de vos saintes demeures. Dans les pays de mission , le Seigneur vous affecte d'une façon autrement sensible, et tout ne se passe point uniquement en désirs. Venez, ô mes Frères, venez ! ce sang vous appelle , le sang que le bon Jésus a répandu pour le salut de ces peuples; ce sang vous appelle par un gémissement inénarrable, et je ne concevrais point qu'il ne fît pas tressaillir, au fond de leurs entrailles, tous ceux qui participent à ses grâces.

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5. A ses confrères d'Europe, — Zèle du salut des âmes [Fragment),

Combien vos courses diffèrent de nos courses des Indes, quoique le salut des âmes soit le but de nous tous ! Vos absences sont des récréations et durent un mois à peine : vous trouvez des demeures hospitahères, vous avez l'espérance prochaine de rentrer à notre collège, et, dès votre retour, vos Frères se pressent à votre rencontre pour vous serrer dans leurs bras, pour vous offrir un bain salutaire, pour vous laver, pour ainsi dire, de leurs propres mains et essuyer toutes vos sueurs : leur seule présence vous est un doux rafraîchissement. 3Iais on ne connaît ces précieux avantages qu'à l'heure où l'on s'en voit privé. Lorsque je me suis senti séparé de nies Frères, et que j'ai compris au-dedans de mon âme que sans

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doute jamais je ne devais les revoir, ni aux Indes, ni en Europe, j'ai profondément apprécié toute la charité qui règne dans notre Compagnie.

Ici, vous tombez, et nui ne vous relève : vous n'avez ni table, ni lit, ni maison ; vous n'avez même pas la faculté de reposer vos membres sous un abri durant la saison brûlante, alors que les nuits sont plus chaudes que ne sont les jours sous le climat de Guinée. Ici, les délices des voluptueux et des mondains consistent h dormir dans des cuves remplies d'eau : la tête seule paraît à la surface du bain, et l'on se récrée en faisant agiter l'air. Ajoutez la rareté des aliments dont souvent manque ici votre Frère ; en vérité, nous avons à porter dans la vigne du Seigneur le poids du jour et de la chaleur, et le temps de la nuit s'emploie tout entier à entendre les confessions 5 enfln , nous n'avons point une heure seule qui nous appartienne. En Europe , vous prenez vos repas à des heures régulières; ici, vous n'avez droit à rien absohmient : ni confrères, ni livres , ni nourriture, ni vêtement, ni sommeil ; |X)int de loisir, point de messe, pas même la liberté d'exister. Hien n'est vôtre, mais tout appartient au Seigneur. Ce que je ne veux point, c'est ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais point. Toutefois, loin de moi la pensée de me glorifier, si ce n'est eu la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ , en qui repose mon salut , mon orgueil et ma gloire ! Suis-je malade, par lui je me sens plus fort ; mon bien-aimé m'enivre de myrrhe et repose au milieu de mon sein.

Aussi, mes Frères, pour un pai'eil voyage recueillez

avec soin la provision de vertus c[ui doit vous servir en son temps : sans ces vertus, vous vous sentiriez dépourvus de force et privés de soutien. Or, le principe et le fondement de toutes les autres vertus, c'est l'humilité la plus profonde ; viendront ensuite la connaissance de soi-même, l'obéissance, la pauvreté, la chasteté, la charité sans bornes ; et ces vertus devront croître incessamment dans les Indes. L'humiUté, c'est la connaissance de Dieu qui provient de la connaissance de nous-mêmes. L'obéissance, c'est l'asservissement de notre Uberté. Qui est Ubre, si ce n'est celui qui obéit véritablement? La pauvreté, c'est la véritable richesse. Qui est riche, si ce n'est celui qui est pauvre d'esprit dans le sens le plus vrai ? La chasteté, c'est un miroir où Dieu lui-même se mire en sa créature. Que vous êtes belle, ô ma fiancée, que vqu§ êtes

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admirable ! Vos yeux sont ceux d'une colombe, vous êtes pure de cœur et d'intelligence. Et cet époux, rempli d'admiration, s'écrie : Vous avez, ô ma sœur, blessé profondément mon âme : car il appelle ses sœurs les vertus les plus pures. La dernière vertu, la charité, c'est le manteau glorieux de la Majesté divine qui s'étend, comme un voile, sur la multitude infime des péchés.

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