‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 735 sur 759 · XI IL · texte numérisé non relu

XI IL

Lettre du r. Luis de Aluielda (1). ',

Sur les miracles opérés par un livre et ime discipline laissés par le Saint

à des chrétiens japonais.

. . . . • En nous dirigeant sur Tanarim, OÙ se trouvait à l'ancre le navire de Manoël de Mendoza, nous rencontrâmes le château d'un seigneur appelé Hexandono. Ce ciiâteau se trouvait placé sur une haute colline, et m'a paru la plus forte citadelle, par ses défenses naturelles et par les ouvrages d'art, que j 'aie vue en ma vie

Dans cette place, il y a de longues années, François Xavier avait converti à Dieu réponse d'Hexandono et quatorze autres personnes, et je crus que c'était un devoir pour moi d'aller les consoler et les confirmer dans la foi. Tous me reçurent avec l'affection la plus vive, surtout l'épouse d'Hexandono. On m'adressa de nombreuses questions sur François Xavier, sur les Eglises de Bungo , de IMeaco , et sur toutes les autres qui ont été fondées au Japon, et on me témoigna la joie la plus sincère d'apprendre leur état florissant. Ces chrétiens parurent d'autant plus heureux de ma présence , que depuis longtemps ils n'avaient eu l'occasion de voir aucun membre de notre Compagnie. Pendant ce long intervalle de temps, la divine Providence les avait maintenus dans la foi, grâce au zèle d'un vieillard chrétien qui jouissait parmi eux d'une grande considération, en qualité de maître et de docteur de tous, et aussi par l'efTet de plusieurs miracles. Une femme pieuse conservait avec une vénération profonde , un petit cahier que Xavier lui avait donné, contenant des litanies et d'autres prières copiées de sa maiin, et cette femme avait éprouvé la vertu de ce Uvre. En effet.

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(1) Luis de Alnieida , passé au Japon pour faire le commerce, trouva plus fructueuse l'œuvre de la conversion des âmes. Il fut reçu dans la Compagnie en 1555 par le P. Cosme de Terrez. Étant encore dans le siècle, il avait créé dans Bungo un asile d'orphelins et un hospice de lépreux. Dans la Compagnie, il accomplit de nombreuses missions avec un succès infini. 11 excellait surtout dans l'établissement de chrétientés nouvelles. Il fut le principal fondateur des églises deVocoxima, de Goto, d'Amacusa, deCochinotzu , de Chimabara, de Funai. Il mourut saintement à Amacusa , dans le courant de l'année 1583.

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placé sur la personne de plusieurs malades, parmi lesquels se trouvait Hexandono , le livre du Père les avait guéris à l'heure même. Le vieillard conservait, avec une dévotion pareille, une discipline que le Père lui avait remise , et dont les chrétiens se frappaient dans de rares occasions : car le vieillard ne permettait point qu'on s'en servît souvent, de peur qu'elle ne vînt à s'user. On avait reconnu que cette discipUne était non-seulement salutaire aux âmes, mais aussi aux corps, par une grâce toute spéciale de Dieu. La femme dont nous avons parlé, se voyant affligée d'une maladie grave, et ayant vainement eu recours à tous les remèdes, eut la pensée d'employer la discipline du Père, et, par les mérites de François Xavier, à ce que l'on peut croire, elle recouvra sa santé primitive. Je m'entretins avec tous ces fidèles sur les matières de la reUgion , et, ayant fait dresser un autel , et placer sur cet autel une magnifique image de la Très-Sainte- Vierge, que j'avais apportée avec moi, je conférai le baptême à neuf enfants, parmi lesquels étaient deux fils d'Hexandono, que le vieillard initie déjà aux éléments de la doctrine chrétienne. Je me séparai d'eux le lendemain matin, à leur profond regret, abondamment pourvu par leurs soins de tout ce qui était nécessaire pour ma route, et leur ayant promis de les visiter à mon retour, et de demeurer quinze jours au milieu d'eux. ...

Novembre, 1562.

Lettre du P. Alcj^sandro Valignani (1).

Sur la réforme des mœurs portugaises opérée par le P. Xavier et se^ .

premiers disciples.

Les Pères et les Frères de la Compagnie que le P. IVP François avait choisis pour faire avancer les œuvres entreprises par lui, donnaient dans leur vie de merveilleux exemples, et continuaient

(1) Le P. Valignani fut visiteur delà Compagnie au Japon de 1674 à 1592. Il y rendit d'éminents services à la religion. 11 fut ambassadeur de Portugal au Japon , et s'acquitta sagement de cette mission politique. 11 fit le voyage

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ces œuvres avec tant de ferveur, qu'il était évident pour tous que ces religieux étaient bien les fils aînés d'un tel père. Il en est résulté que sa doctrine et ses actes ont ouvert les yeux des Portugais, dans toute l'étendue des Indes , et qu'ainsi cette nation est venue des ténèbres à la lumière , et qu'elle a renouvelé et transformé son existence, discernant l'or pur d'avec le fumier; les péchés publics ont disparu, tandis qu'auparavant on les commettait sans scrupule, en matière de mœurs comme en matière de commerce ; l'on a abandonné toutes sortes de trafics et opéré de grandes restitutions. Les sacrements se sont vus fréquentés ; la honte qui, pour la plupart des hommes, consistait naguère à paraître dévots, s'est changéè'en la crainte d'occasionner du scandale. Et comme la nation portugaise a naturellement d'excellentes inclinations, ces saints travaux, avec la grâce de Dieu Notre-Seigneur, étant secondés par la bonne administration et par la sagesse des prélats et de tous les autres ecclésiastiques, ont fait que l'estime et la considération accordées à la vertu ont bientôt pris un merveilleux accroissement, et depuis longtemps déjà dans les Indes, c'est une honte insigne pour un homme que de passer pour vivre d'une manière déshonuête. Et bien qu'il soit avéré qu'il se commet des péchés, puisqu'il est nécessaire qu'il y ait des scandales en ce monde, — iiBr, de luimême, le monde ne saurait produire que ces épines mauvaises, ainsi que le fait la terre depuis la malédiction divine : — néanmoins, en considérant la nature des choses, et les excès de licence auxquels naguère on vivait abandonné, on doit éprouver une sincère admiration de la modestie, et des sentiments religieux des soldats portugais dans les Indes. Le respect qu'ils observent et pratiquent à l'égard des choses saintes , des prélats, des religieux et de tous les ecclésiastiques ; le fréquent usage qu'ils font durant l'année des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, leur scrupuleuse exactitude à remplir leurs devoirs avant de s'embarquer pour aller faire campagne, paraît être plutôt le fait de personnes vivant en religion, que de gens de guerre qui combattent avec Tintrépidité et avec la constance dont ils donnent sans cesse les preuves. Dans ce changement, qui a été réellement l'œuvre du Seigneur

d'Europe en 1592 afin d'aller rendre compte au souveraîi^%Dniife et au P. général de l'état religieux de sa province. Le P. Valîgnani revint dans les Indes, et termina sa sainte vie à Macao, en 1606.

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.et l'effet de son bras , s'il est vrai de dire que les prélats s'y sont puissamment employés ainsi que les autres ecclésiastiques'; néanmoins le principal honneur doit être rapporté aux glorieux souverains, le roi Jean III et Madame Catherine, son épouse, qui ont gouverné leurs Etats avec un si admirable zèle et une sagesse si parfaite, et qui ont commencé la réforme et l'extirpation des anciens désordres, qui ont secondé les Ordres religieux, qui ont mis et laissé leurs sujets dans une forme nouvelle d'existence, et dans des mœurs véritablement chrétiennes.

L'exemple de ces souverains a été merveilleusement suivi par

* leur petit-fils, le sérénissime roi D. Sébastien, que le mondes a snjjet de pleurer, après l'avoir perdu si prématurément et wis la fleur de son âge. On ne doit pas une moindre reconnaissance, pour ces rares bienfaits , au catholique et très-dévot roi et cardinal D. Henri, présentement vivant, pour toute la durée écoulée de son règne, et pour le temps de sa domination sur cet empire des Indes. En effet, il gouverne ses deux empires avec une conscience si pure, et avec un zèle si passionné pour le service de Dieu et pour la réformation des mœurs de ses sujets, que les rois peuvent le prendre pour modèle et les prélats pour exemple.

IVotice Hur la cbupelle basse de l'abbaye de Montmartre ,

Où saint Ignace et ses compagnons émirent leurs premiers vœux.

Le mont des Martyrs qui, par les altérations de la langue, est devenu Montmartre, a reçu son nom des martyrs Denis, premier évêque de Paris, Rustique etEleuthère, ses compagnons, et de plusieurs autres saints personnages, qui vivaient retirés dans les carrières ou catacombë^j et qui rendirent témoignage à la foi vers le même temps. Une église y fut élevée par la piété des fidèles, et les premiers actes relatifs à ce lieu vénérable remontent au xi'= siècle : on y lit la donation qui fut faite de l'église au monastère bénédictin de Saint-3Iartin-des-Champs. Au penchant de la colline, à 600 pieds environ de distance, était une crypte où^ suivant la tradition,

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saint Denis célébrait les saints mystères pendant la persécutionit Une autre tradition y place le lieu de son martyre. Il existait là deux oratoires : l'un inférieur, dans la crypte, et l'autre construit au-dessus. • • *\ .

En 11 3i, Louis-le-Gros fonda, dans le lieu de Montmarti*e,- un couvent de religieuses bénédictines, duquel il fit dépendre l'église et la chapelle. Les moines de Saint-Martin reçurent une autre église en la place. La nouvelle basilique de Montmafrtre, qui fut édifiée sur les fondements de l'ancienne, fut consacrée par le pape Eugène III en 1147. Elle formait deux églises : l'une, dans la partie inférieure de la nef, était l'église paroissiale, dédiée à la Très-Sainte- Vierge et à saint Denis, évêque et martyr ; l'autre, qui comprenait la partie supérieure de la nef et l'abside, était la chapelle des religieuses, sous le vocable de saint Pierre, apôtre. Cette basilique est la paroisse actuelle de Montmartre.

La petite chapelle, au penchant de la colline, était dédiée à saint Denis et à ses compagnons martyrs. On l'appelait la chapelle du Martyre. L'oratoire sous cette chapelle, fut de tout temps l'objet de nombreux pèlerinages. Saint Bernard, qui la visita en 1147, y avait une dévotion spéciale, et il y laissa sa chasuble brodée eu argent On y conserva cette relique jusqu'à l'incendie de 1559, où la sacristie de l'église et une partie du couvent furent consumées par les flammes.

Les maîtres orfèvres de Paris avaient leur confrérie dans la chapelle basse. #

Ce fut dans cette crypte que saint Ignace et ses compagnons firent la première profession de leurs vœux, ainsi que le constatait une inscription gravée sur une lame de bronze dorée, et fixée dans un marbre auprès d'un des piUers, ainsi conçue :

D. O. iM. SiSTE, SPEGTAïOR, ATQUE in hoc MArxTYRUM SE- PULCHRO, PROBATI ORDINIS CUNAS LEGE, SOGIETAÏIS JESU, QUiE S. IGNATIUM LOYOLAM PAÏREM AGNOSCIT, LUTETIAM MA- TREM. ANNO SaLUTIS MDXXXIV, AUGUSTI XV, HIC NATA EST : CUM ÎGNÀTIUS ET SOCII, VOTIS SUB SaCRAM*SYNAX1M RELIGIOSÈ r.ONCEPTIS, SE DEO IN PERPETUUM GONSECRARUNT. AD MAJOREM Dei GLORIAM. ^

« A la gloire de Dieu. Arrêtez-vous, spectateur, et lisez, dans cette sépulture des martyrs, l'origine d'un ordre révéré, de la

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COMPAGNIE DE JÉSUS, qui reconnaît saint Ignace pour son père, et la Ville de Paris pour sa mère : Elle a pris naissance en ce sanctuaire, le 15 août 1534, lorsque Ignace et ses compagnons y ont prononcé leurs vœux de religion, après avoir participé au banquet eucharistique, et se sont à jamais consacrés à Dieu, pour sa plus grande gloire. »

Sur le haut d'une petite colonne à l'entrée de la chapelle ou lisait cette inscription :

Sacra et pia Societatis Jesu incunabula : parentibus op-

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TIMIS FILII POSUERE.

« Saint et pieux berceau de la Compagnie de Jésus : érigé par les fds à leurs vénérables pères. »

Sur Tau tel de la chapelle, était un tableau représentant le P. Lefèvre administrant la très-sainte Eucharistie h ses compagnons, dont le premier lit la formule des vœux.

En 160Zi, le cardinal de BéruUe, et la sainte fondatrice des Carmélites en France, la mère Marie de l'Incarnation, vinrent, en la chapelle du Martyre, implorer les grâces de Dieu pour leur Institut.

En 1612, le même cardinal de Bérulle y offrit à Dieu les prémices de l'Oratoire.

Saint Vincent de Paul et saint François de Sales firent aussi des pèlerinages à Montmartre.

M. Olier et ses compagnons s'y rendirent, en 1642, pour consacrer, par un engagement solennel, la fondation de la communauté de Saint- Sulpice. *

Sous le règne de Louis XIV, de 1681 à 1685, la chapelle du Martyre fut magnifiquement reconstruite et décorée, et devint la chapelle ordinaire des religieuses.

En 1790, l'abbaye fut supprimée par un décret de l'Assemblée nationale, et bientôt le domaine entier fut vendu commue propriété de l'État (1). A cette heure, la chapelle et les bâtiments ont disparu, et leur sol même a été profondément creusé par des carrières : les terrains, divisés en parcelles, se sont couverts de bâtiments ; et nous pouvons seulement indiquer l'emplacement ancien de la vénérable chapelle : c'est à l'angle formé par la chaussée des Mar-

(i) M. l'abbé Ottin, ancien curé de Montmartre, possesseur d'un plan de l'abbaye, dressé dans le temps de la révolution, a bien voulu nous com-

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jCOMPAGNIE DE JÉSUS, qui reconnaît saint Ignace pour son * père, et la Ville de Paris pour sa mère : Elle a pris naissance en ce sanctuaire, le 15 août 1534, lorsque Ignace et ses compagnons y ont prononcé leurs vœux de religion, après avoir participé au banquet eucharistique, et se sont à jamais consacrés à Dieu, pour sa plus grande gloire, »

Sur le haut d'une petite colonne à l'entrée de la chapelle ou lis^t cette inscription :

/Sacra et pia Societatis Jesu incunabula : parentibus optimis filii posuere.

« Saint et pieux berceau de la Compagnie de Jésus : érigé par les fils à leurs vénérables pères. »

Sur l'autel de la chapelle , était un tableau représentant le P. Lefèvre administrant la très-sainte Eucharistie à ses compagnons, dont le premier lit la formule des vœux.

En 160Zi, le cardinal de Bérullc, et la sainte fondatrice des Carmélites en France, la mère Marie de l'Incarnation, vinrent, en la chapelle du Martyre, implorer les grâces de Dieu pour leur Institut.

En 1612, le même cardinal de Bérulle y offrit à Dieu les prémices de l'Oratoire.

Saint Vincent de Paul et saint François de Sales firent aussi des pèlerinages à Montmartre.

M. OUer et ses compagnons s'y rendirent, en 1642, pour consacrer, par un engagement solennel, la fondation de la communauté de Saint- Sulpice.

Sous le règne de Louis XIV, de 1681 à 1685, la chapelle du Martyre fut magnifiquement reconstruite et décorée, et devint la chapelle ordinaire des rehgieuses.

En 1790, l'abbaye fut supprimée par un décret de l'Assemblée nationale, et bientôt le domaine entier fut vendu comme propriété de l'État (1). A cette heure, la chapelle et les bâtiments ont disparu, et leur sol même a été profondément creusé par des carrières : les terrains, divisés sen parcelles, se sont couverts de bâtiments; et nous pouvons seulement indiquer l'emplacement ancien de la vénérable chapelle : c'est à l'angle formé par la chaussée des Mar-

(l) M. Tabbé Otlin, ancien curé de Montmartre, possesseur d'un plan de l'abbaye, dressé dans le temps de la révolution, a bien voulu nous com-

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