LIVRE I. — LETTRE PREMIÈRE
substance, ma pensée prévenait ses paroles, et je comprenais intérieurement, connaissant toute la vivacité de votre tendresse envers moi , qu'il était impossible que ces calomnieux rapports n'eussent point atteint votre cœur d'une blessure infiniment vive.
Mais, comme les mêmes détestables hypocrites n'ont pas craint d'envelopper avec moi, dans leur commune calomnie, l'homme le plus parfait et le plus vénérable qui soit au monde, c'est-à-dire, dom maître Ignace, vous verrez une première preuve de l'innocence de sa conduite, et de la pureté de ses intentions, dans sa démarche spontanée, lorsqu'il n'hésite pas à vous aller visiter en votre résidence , et à vous remettre , en mains propres et en particulier, cette lettre que je l'ai chargé de vous rendre : en effet, s'il était celui que vous a tracé l'infidèle pinceau de la calomnie ,' et s'il n'était pas , au contraire , rempli d'assurance par le sentiment d'une conscience irréprochable, oserait-il jamais se remettre , sans protection et sans défense, en la puissance des personnes qu'il se souviendrait d'avoir offensées grièvement, et dont il saurait que sa conduite est parfaitement connue ?
Du reste, oubliant les calomnies des gens pervers, vous concevrez avec évidence, mon seigneur et frère aîné, vous si digne de mes respects les plus tendres, quelle grâce insigne de Dieu Notre-Seigneur ce fut pour moi de connaître et d'avoir pour ami cet homme si parfait, dom maître Ignace, lorsque vous aurez lu l'expression solennelle, et consignée ici sous la foi du serment, de ma pensée tout entière : les services dont m'a comblé cet ami surpassent infiniment tout ce que ma reconnaissance la plus dévouée lui pourrait jamais rendre dans le cours de mon existence entière , ou que je pourrais essayer d'acquitter même en partie. En effet, dans les graves embarras domestiques , que la distance qui me sépare de vous m'a souvent occasionnés, il est toujours venu me secourir utilement, tant en mettant à ma disposition les fonds qui