‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 81 sur 759 · LIVRE I. —LETTRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE I. —LETTRE TROISIÈME

devoirs, si fréquemment et en si grand nombre, que nous, qui pouvions aisément suffire à leur empressement pendant le voyage , nous avions peine à les satisfaire dans les hôtelleries, à cause du défaut d'espace et de temps, et j'étais dans la nécessité, pour me prêter à leurs pieux désirs, de quitter le chemin par intervalles , et de mettre pied à terre pour choisir un lieu favorable et avancer notre œuvre spirituelle en entendant, comme à la dérobée, la confession d'une partie des gens de l'ambassadeur.

Nous voyagions encore en Italie lorsque Notre-Seigneur daigna manifester sa Providence d'une façon toute miraculeuse en la personne d'un serviteur du seigneur ambassadeur qui était avec nous : c'était celui-là même que vous avez vu à Rome différer d'abord par faiblesse et lâcheté le dessein qu'il avait conçu d'embrasser la vie religieuse , et qui finit par l'abandonner tout à fait. Nous étions arrivés sur les bords d'une rivière très-large et à peine guéable : ce malheureux ne put résister au désir de s'y aventurer; et en vain nous nous opposâmes à son entreprise. Nous le vîmes s'avancer à cheval dans le lit inconnu du torrent. A peine était-il entré , que la violence et la rapidité des flots devenant supérieures à ses forces , l'entraînèrent avec sa monture , sous nos yeux et à notre vive émotion : en un instant il fut] emporté de toute la distance qui sépare votre demeure à Rome d'avec l'église de Saint-Louis. A ce moment, Dieu Notre-Seigneur daigna se montrer favorable aux ardentes prières que lui adressait son fidèle serviteur le seigneur ambassadeur, qui l'implorait avec tous les siens, non sans d'abondantes larmes, pour le sort de ce malheureux, humainement désespéré. Dieu l'exauça, et, par un miracle évident, délivra de la mort celui qui était déjà visiblement perdu. Cet homme occupait dans la suite de l'ambassadeur l'emploi de chef des écuries ; et sans contredit, pendant que les courants l'entraînaient à l'aventure, il aurait de beaucoup préféré l'existence du couvent à sa situation présente.

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