‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 82 sur 759 · LIVRE I. — LETTRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE I. — LETTRE TROISIÈME

Le tourment le plus vif pour sa conscience était cette pensée qui lui revenait alors, d'avoir laissé échapper une occasion qu'en ce moment il aurait voulu racheter à tout prix. Plus tard il m'en fit lui-même l'aveu , confessant que, dans un état si critique , il avait été moins consterné, moins glacé, par le danger présent, que par l'action de sa propre conscience, qui lui reprochait énei^iquement une vie pleine d'imprçvoyance et dans laquelle aucune part n'avait été faite à la préparation à la mort. Il ajoutait que ce qui l'avait troublé le plus en ce cas extrême, c'était le regret tardif d'avoir différé d'entrer en religion, où sa vocation de la part de Dieu lui avait été très-évidente et très-sensible. Enfin il nous fut rendu, tellement rempli de ces sortes de pensées, qu'il ne cessait d'exhorter les autres à nejamais tomber en un péché pareil ausien. Son langage acquérait une grande valeur par l'apparence et le visage de celui qui parlait : car sa pâleur tout extraordinaire et la conscience du danger passé faisaient ressembler cet homme à quelqu'un qui revient des enfers. Il discourait de même avec abondance et d'une façon vraiment pathétique sur les peines des réprouvés, comme s'il les avait effectivement subies; et, souvent il ajoutait qu'il avait ressenti le sort de l'homme qui, pendant la vie, n'a point songé à se disposer à la mort, et qui, dans l'immédiate nécessité de mourir, n'a plus le temps de diriger sa pensée vers Dieu. Les discours de cet excellent homme n'étaient pas le firuit des lectures, de la science ou d'une méditation assidue ; ils étaient le résultat d'une expérience effective et toute personnelle. Lorsque j'y arrête ma pensée, je ne puis m'empêcher d'être ému de l'incurie d'un grand nombre de personnes de notre connaissance, et même de nos amis, que je vois différer de même la réalisation des bonnes pensées, et des saints désirs de servir Dieu, qu'ils confessent avoir ressentis : je crains, hélas! qu'il ne survienne aussi pour eux l'un de ces moments où par aucun effort ils ne seront en état de réaliser ce

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LIVRÉ ï.— LETTRÉ TROISIÈME.

qu'ils désireraient alors aVec le plus d'afflëUf de pôùToir accomplir.

Le jour de notre arrivée à Lisbonne , je tfOUYai maître Simon, qui s'attendaitàunretoiir delà fièvre (juartë: à cette heure même, on pensait que la crise allait reveflif , nlâîs notre âlrivëe lui causa tant de joie, non moin§ en tërité (jue je n'en éprouvai moi-même de le voir, et de le serrer entre mes bras, que tout son mal s'évanouitj et dès ce jour-là même il n'en éprouva plus de resséniiîïiént. Un mois s'est écoulé deptlîs'qUe nous sotnmes en cette Ville : Simon a recouvré la Santé la plus pâffaite , et travaille avec zèle à la vigùe du Seigneur, où il ne laisse pas que d'opérer de grands iruits. ?%^ .

Ici se trouvent lin grand notobre dfe petsoîines remplies de bienveillance et d'amitié pour nous, et leur nombre est si grand, que j'éprouve du regret en voyant qu'il est impossible, à cause de leur quantité même, de rendre à tous en particulier les detoirs de visites et d'iiommàgës que nous leur devrions rendre, à cause du rang et de là dignité de ces personnes, si le temps nous en laissait libres. J'en ai distingué plusieurs qui ont de l'inclination pouf le bien,etquisonttrês-désireuse&de se donnet au service de Dieu Notre-Seigneur : il serait infiniment Utile de les assister en leurs voies , par quelques exercices spirituels, afin de leur inspirer la résolution d'accomplir dès â présent l'œuvre qu'ils diffèrent de jour en jour ; en effet. Si gi'and qtie soit l'empressement des hommes {lioiit accomplir ce qu'ils savent être leur devoir, ils auront peine à éviter le compte qui leur sera demandé de tous leurs retards ; aussi devient-il nécessaire d'apporter une extrême sollicitude àfaire disparaître chez eul toutes les causes d'hésitatibn. La connaissance approfondie de leur devoir est à bien des personnes un aiguillon salutaire qui les réveille, pour ainsi dire, de leur langueur, et leur fait sentir qu'ils n'ont pas à trouver la paix où la paix n'existe pas. Ceux surtout qui font violence à leur raison, afin d'attirer Dieu où ils le dé-

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