LIVRE I. — LETTRE TROISIÈME
dans les Indes. Ceux qui parlent ainsi sont autorisés dans leurs discours, étant demeurés plusieurs années dans ces contrées. Ils affirment d'expérience que les nations indigènes sont merveilleusement disposées pour accueillir la religion de N.-S. J.-G. , s'ils la reçoivent d'interprètes et de maîtres tels que nous, c'est-à-dire de qui la méthode et les œuvres éloignent tout soupçon d'avarice. Si nous conservons dans les Indes la même vie frugale, le même désintéressement au point de vue des avantages terrestres, de la richesse et du gain , ces personnes croient pouvoir nous garantir qu'avant peu d'années nous aurons converti deux ou trois royaumes à la foi de N.-S. J.-G. Les peuples n'hésiteront pas à croire en nos paroles , lorsqu'ils se seront convaincus que nous ne cherchons rien autre chose que le salut des âmes. Ces assurances, qui nous sont données par des gens qui ont par devers eux leur expérience, et qui ont, comme je vous l'ai dit, fait un séjour de plusieurs années dans les Indes , nous inspirent une extrême confiance en l'abondance des fruits que nous y recueillerons, pour le service de Dieu Notre-Seigneur.
Nous nous occupons avec un grand soin de chercher ici des prêtres qui se proposent uniquement pour récompense le service de Dieu et le salut des âmes, et qui veuillent bien nous accompagner dans les Indes : c'est présentement à nos yeux la manière la plus utile dont nous pouvons servir Notre-Seigneur et procurer sa gloire, que de nous associer des compagnons de ce caractère. Car si nous pouvions réunir une petite compagnie de douze prêtres qui voulussent entrer dans toutes nos vues et conspirer avec nous pour un pareil dessein , il est très-indubitable que nous accomplirions des œuvres merveilleuses ; et déjà quelques-uns se proposent ici pour s'unir à nous. Nous avons fait la rencontre d'un prêtre que nous avions autrefois connu dans Paris, et qui a promis de venir avec nous, et de persister jusqu'à la mort dans le genre d'existence et dans toutes les voies de notre compagnie : nous avons confiance en la sta-