‹ Lettres de Saint-James (volume 2)Chapitre 4 sur 13 · SEIZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LETTRE

V/N n'improvise ni des situatiotts^ ni des systèmes politiques. Le présent lesi hérite du passé et la situation qui finiD reproduit d'elle - même celle qui corn-* menace. C'est pourquoi^ Monsieur, le changement de direction politique que les événeraens préparent en Angleterre^ n'est que la suite inattendue, mais im^ portante de la crise oit les Ministres

viennent de' la plonger*

La majorité parlementaire s'était aocou-»

tumée depuis long-temps à laisser exer-^ cer l'influence politique par un ministère choisi dans ses rangs. Habituée à voir les intérêts généraux de l'Etat et par con^ séquent les siens, conduits par ces Ministres vers une grande prospérité; cette majorité leur avait laissé sa confiance et

( il ) ktiivait ëti aVêtigle la toute (|u'ils traçaient devant elle.

Ude si longue abnégation d'elle-thémè avait prive cette majorité d'un ascendant politique dont elle paraissait faire sans regret le sacrifice, La minorité de ce même Parlement^ c'est-- à -dire les Wigîis, are plaignait en revanche depuis le même temps de la ^erte d'un ascendant^ à la-^ quelle ils attribuaient tout ce qui ne réûsi^ èissait pas*

< Mais le parti des Badlcaux^ que la paix semble avoir enfanté, ne se borne jpas k se plaindre de la marche politique de l'Etat. Il en attaque les institutions^ parce qu'en effet il n'a plus rien à attendre d'elles j il n'espère qu'en leur destruction.

• Trois partis divisent donc aujourd'hui TAngleterre. Les Torys, les Wighs et les Radicaux* Partis qu'il importe de ne pas confondre, quelque soit la peine qu'on paraisse y prendre-

Les Torys veulent conserver dans son

(i8) iategritë le système politique et social; mais avec la condition d'en confier la Garde à Fëlëment monarchique de la Constitution.

Les Wighs veulent également conserver ces systèmes , pourvu que la garde en soit remise à Fëlëment rëpublicain de cette même constitution.

Lesk Radicaux demandent d'autres ins^ titutions et un autre sytème social.

Ces derniers marchent ainsi à part et leur but les sëpare des deux autres partis.

Les Wighs et les Torys sont divises par leurs opinions^ et rapproches par leurs intër^éts. Ces intëréts seraient anëantis par les succès des Radicaux^ et ce danger capital pour tous rend maigre eux la cause des Wighs commune à celle des Torys. Le secret politique du moment consiste k dëvoiler cette communauté et à produire entre ces deux Partis un rapprochement, tel qu'il n'en fasse .

plus qu'un contre Les Radicaux, Car ce

(>9) n^est pas trop de leurs forces reunîeâ pour résister à celles de ce dernier Parti»

Le procès de la Reine avait fait pré* cisëmenl le contraire» En offensant' les opinions dès Wighs , il les avait rapprochés des Radicaux; mais la majorité parlementaire^ c'est -k -dire les Tarys, ea ajournant ce procès ont été ramenés vers les Wighs, et les suites de cette détermination, en rendant la prépondérance à l'élément républicain de la Coiistîtu* tion , peut achever ce rapprochement.

Cet. acte ne coûtera de la sorte à aucun des deux Partis ni d-abjuration solennelle de leurs opinions , ni de sacrifices, mu-* tuels. Il ne sera que l'effet naturel d'événemens qu'aucun des deux n'a prévus*

Les Ministres seuls en auront été cause en compromettant les intérêts? généraux de l'Etat en faveur de leurs intérêts, mal entendus sans doute, mais personnels.

Ce jugement n'est pas douteux ; puisqu'il a été rendu par le Parlement lui-même, il était en effet évident que le procès de

laReioe^ quelque fut son issue ne poù* vail servir en rien du tout aux intérêts généraux de l'Angleterre; tandis qu'il pouvait leur nuire étrangement.

Le Parlement , en ajournant ce procès a sauvé les intérêts généraux de l'Etat aux dépends des intérêts ministériels ^ et par cet acte seul^ il a repris sans le sa^ voir Tascendant politique sur le ministère.

Cet acte est une révolution dans l'équilibre politique de l'Angleterre; parce qu'il s'est passé dans une occasion marquante , où tous ses pouvoirs étaient en-* gagés. L^élément républicain de la constitution a regagné subitement ainsi la place qu'il y occupait à son origine.

Il peut sans doute la perdre de nouveau en retombant dans son apathie ; mais il n'aura pas le temps de s'assoupir; car l'état critique du Royaume appelle le Parlement à y exercer l'influence politique. C'est dans la lutte des factions^ que de tels corps montrent la force dont

. ( Si )

ils sont doues. Ils peuvent se mesurer d'égal a égal avec elles , et doivent leur survivre; parce qu'ils ont, comme le Se-?

tïâi romain ,■ trop de tétës pour qu'on puisse les abattre d'un seul coup.

Le Parlement peut rallier autour de lui la totalité des forces qui coniballent pour la défense de Tordre social : en ce qu'il donne à ces forces d^s garïmties qu'un ministère ite saurait leur olTrin fl rassure tous les intérêts; parce qu'ils en est lui*méme le plus grand possesseui^ et que les intérêts généraux ne sont jamais en parfaite sûreté^ que lorsqu'ils sont gardés par ceu^' qui n'ea oat point d'autres*

L'ascendant qu« lesévéhem^os rendent^ inopinément au Parlement^ est un levier nouveau , prêt à se mouvoir àavs le sys^ tème politiqae de l'Angleterre. Levier dont la génération présente coanaît at fJeine la fbrce , parée qu'il était en repos depuis^long-temps; et son mouvemeot,' ^Ud^ué grand qu'il sojt^ qe s'âtmonoera^

par aucun éclat : on ne le verra pas s'o-* peter ; on ne le sentira que par le cours que prendront les choses.

Il n'y a d'ailleurs rien de surpre&aoiC dans ce passage de Finfluence politique de l'un des Pouvoirs de l'Etat dans un autre.

La Constitution a prévu ces passages eu instituant ces Pouvoirs, Us ont été placés dans le système représentatif pour s^ob*^ server, se balancer, et pour se prêter de mutuels secours. Le système représentatif n'a pas été fait , sans qu'on ait bien compris que dans l'équilibre qu'il établit entre ces Pouvoirs , celui qui se trouvait être momentanément le plus fort devait dominer tout le reste, soit que cette force lui vînt des circonstances ou de lui-même.

Le Pouvoir ministériel a régi tous les autres, pendant la vie d^ M. Pitt, et le Pouvoir parlementaire doit s'élever sur sa tombe.

Ce dernier Pouvoir ne peut plus faire usage de ^ascendant que les circonstances

lui rendent^ tjuç pour le salut même du^

Gouvernement : car leur cause est devenue inséparable. Ils périraient du même coup ; et à moins d'être insensés, îk he peuvent se défier Tun de TaDlre;.

Cet échange , au moyen duquel le sort de la Sociélë peut se confier au besoin et sans rompre Vuaité politique , au plus, fort de ses Pouvoirs , est l'une des plus belles conditions du système "^ représentatif, et l'Angleterre en fait une expérience solennelle.

Lorsqu'au début de la Révolution firai>- "çaise , le Gouvernement fut conduit sur le bord de Tfibîme^ il ne trouva dans les Pouvoirs de l'Etat ni d'allie^is y ni d'auxiliaires pour venir k son secours.

Il appela du dehors des^ Institutions un Corps qui, depui&long-temps,. avait cessé d'en faire partie, et cet appel consomma la Révolution^ parce que lui-même eu était une.

L'Angleterre a depuis long-temps ac- i

compli une Révolution semblable, et le système politique qu'elle a produit^ lui

>! ^I^IJUjÎ^^^^^,^

procuré sans commotioa le éecours dont elle a besoiû, Ce secours lui vieui d^ua FouvDJr compris dans ses Instilu|:ions ^ et plus propre que tout autre à les de* fendrje j parce que sa nature est Rëpublîcaîne et se ppmpe dans Ip Corps social lui-piénjLe.

Nous soH)[me& aiosi , Monsieur , appe^ les à voir ce vieux. Parlement grandir el décroîtra , pour gra/idir de nouveau; suit vaut la trempé des Bidgnes et des Mioia^ tèrea auxquels il a&urvéou«

DIX-SEPTIEISIE LETTRE,

JL

ES, Pouvoirs ppjitiqjLi^s de rAoglet^i-r'Cj se suivaient dans cet ordre: sa^voir, le) Mîaistèc^(, la Cb£(inbre des Conûimtti:ie& et celle df9S Paiis^ Juà Hévolutioa qui s'o^ père entr'ieux les rangera daiois Yot^ve s.aw vant; saiVoijT^ la Cà^n^bre des Çommune$^ celle des Pairs et le Ministère.

Cette transposition . du rang qu'occupaient les trois. Pouvoirs de l'Etat , n'esj; pas le fruit d'unie conspiration tramée dans le seiadu Parlement pour enlever; an Ministère l'ascendaat dont il jouissait..

Gel; enlèvement n'est que le résultat de circonstances^ impérieuses. La pr^euv^e eriv est, c'est que personne ne l'a prévu, et: qu'une partie méI^e du Parlement l'i^ore encore.

Le procès Àe la freine a'a'. été que l'une

tfâl^^M^^iHM^b^Hl

dé ces circonstances ; mais elle a servi à de'voiler toutes les autres.

Elle a montre à découvert les forces et les intentions dés difFérens Partis-

Elle a fait voir que celles des adversaires du Gouvernement étaient puissant* tes; puisque le Parlement n'a pas osé les heurter de front.

Cette circonstance a donc appris à toiis^ ceux qui possèdent des intérêts dans FEtat , quMls devaient rassembler la totalité de leurs forces pour résister a sa disso-*' lution. >

Ce procès a révèle ce qu'étaient dans leur réalité le Pouvoir ministériel et le:

PouVôir parlementaire. Il en a Fait voir la»

différence^ et c'est la seule chose en quoi il pouvait être utile.

Ce n'est pas la faute des Ministres^ si le Pouvoir qu'ils exercent est d'une nature trop fragile pour résister aux événe-.

mens qui s'approchent ; et s'ils perdent leur ascendant , ils peuvent se dire qua d'autres né l'auraient pas mieux gard^ '^

(37) a moites qu'on ne leë suppose avoir été de ceux dôlît le génie est capable de tracer d'avance le plan des évënemens.

* Les mêmes Ministres pourraient donc à rigueur rester en place ; pourvu qu'ils en aient le courage , et qu'ils se soumetr tent aux conditions que leur imposera le Parlement.

Us sentiront peut-être d'eux --mêmes que la moindre discorde entre les Poutoirs de l'Etat serait l'arrêt final de tous» Us sentiront peut-être que l'accord ne peut s'y maititenir qu'en laissant prendre à chacun d'eux la place naturelle que sou poids Jui donne dans leur équilibre. L'unité et le salut du Gouvernement ne isont

qu a ce prix.

Il est pourtant plus probable que les Ministres actuels ne. se soumettront qu'a* vec humeur à gouverner sous d'autres conditions^ et à recevoir du Parlement l'impulsion qu'ils fui donnaient. La prochaine session en fera la preuve ; mais s'il se retirent^ ils né peuvent être encore

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remplacés par un Ministère choisi parmi les Wighs ; c'est-à-dire, daas la miiiorita pailemeataire: car ce choix serait un aveu»

public du succès qu'ont obtenu le» ad-r Ters^ires du Gouvernemeat; puisque \ei Wighs porteqt encore ce càvactètfe^ .

€e choix $erait un mal&eur pour lesr Wighs eux-mêraes : placés, comme ifei le sont , entra leurs opinions et leurs in* téréts, ils n'auraient de majorité ni dan& le Parlement, ni dans le Peoplè« Dans le Parlement^ parce: que-sa majorité apparu tient depuis soixante ans au Parti Tory y dans le Peuple , parce qu'ils seraient forcés de s'aliier ou^ de rompre avec. lui. Ënr s'alliant avec lui ,. iià- seraient entraînésr dans l'abîme ; en rompant, ils perdraient â l'instant mémo^fleurpopularité : c'est^kdire, leur seule force.

Il faut attendre pour confier le Pouvoir ministériel au^ Parti: des Wighs, que leun ligne politique soit mieux tracée. Il; fauti que de nouvielles ûombinaisons^ se soienit) formées entrelës fractions parlemfentaîies^.

Combinaisons qu'il est facile de prévoir, sans qu'on puisse toutefois les décrire d'avance.

. Il est nécessaire de conserver jusqu'alors le Ministère dans le bord nombreux du Parlement , afin que sa dépendance à son égard n'ait rien d'humiliant, et qu'il soit du Parti dont la marche est la plus ' nettement tracée.

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(3o) . PIX-HUITIÈME LETTRE.

X^B Ranger d'appeler dès à présent les AVighs au Ministère , tient à ce qu'ils flottent encore entre les. deux autres Partis. Il est urgent de les fixer : car leur attitude actuelle est au profit des Radicaux , qui s'en honorent , et au détriment du système social dont elle divise les forces.

Tant que Tëtat des choses a conservé l'influence politique dans le Pouvoir ministériel , les Wighs n'auraient pu s'en rapprocher sans trahir leur opinion. Ils ne seraient arrivés dans ces rangs qu'en qualité de transfuges ^ et n'y auraient apportés pour secours que le volume de leurs personnes y dépouillées des opinions auxquelles ils doivent leur force.

Mais si la marche politique de l'Etat

tentre dans celle que les Wighs n^ODt cesse de professer , ils pourront s'y rallier sans être transfuges ; puisque ce ne seront pas leurs opinions , ce seront Ie$ choses qui auront changé. Cette marche recevra nécessairement le mouvement qui iui sera imprimé par son nouveau caractère. Elle était toute monarchique quand elle recevait son impulsion du Ministère; elle redeviendra républicaine lorsqu'elle la recevra du Pouvoir républicain.

La plupart des points que les Wighs contestaient leur seront accordés , non comme tine concession , mais comme un fait auquel personne n'a pris part , si ce n'est les circonstances. Aucun des deux partis n'en sera blessé; parce qu'ils auront également gardé leur place. C'est le terrain même sur lequel ils stationnaient qui cédera pour les porter l'un vers l'autre. Les Torys resteront tels , de même que les Wighs ; mais leur position respective ne sera plus la même. Leurs Partis auront de nouveaux rôles à jouer ; et de nouvelles combinaisons doivent en résulter.

Là direction politique de PArigletetre demande un tel changement^ non-seule-ment à Tintérieur , mais à Pextërieur de l'Etat : car sa position vis-à-vis de FEtranger n'est plus la même; elle perd chaque |our de sa prépondérance ^ et ne peut la regagner qu'en prenant à son ëgard une autre attitude.

Je suis appelé ainsi à considérer avec Vous , Monsieur , FAogleterre du dehors; car cet examen est nécessaire pour cocu* |>léter celui de tous les faits qui concertient son état présent.

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