‹ Lettres de Saint-James (volume 2)Chapitre 5 sur 13 · DIX-NEUVIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME LETTRE

l^^ÀNôLEtEiitiË en faisant la guerre à

la Rëvolutîon française, voulait à-la-Fois

détruire la puissance maritime de la Fran-*

ce^ et s'opposera la contagion révolution»

naire^

, Le premier de ces motifs à seul rendu la guerre nationale en Angleterre > et le succès complet qu'il a obtenu lui a valu d'une part, une grande supériorité sur ses.

alliés; de l'autre > Un ascendant ministériel prodigieux.

tJn Ministère caressé pendant à longtemps par une fortune constante , dans une guerre populaire > ne peut manque^ d'acquérir cet aacendant j parce qu*il brille du reflet de ces succès > et c^cup.ç

la nation en ajoutant sans cesse à ses do'-

maines et a son orgueih

liors, au contraire^ qu^uU Etat s^anaisse^

le Gouverrement se dëconsidëre aux yeux du peuple^ parce qu'il attribue sa décadence à son incapacité y et ne craint plus de se jouer à sa faiblesse.

Le I^Jinistère anglais sent baisser ajnst son influence politique, à mesure qu'il perd le rang qu'il occupait entre les Etats de l'Europe.

Les Alliés de l'Angleterre sur le con-f tlnent n'ont fait la dernière. guerre que dans l'unique but de se préserver des atr taques de la Révolution; mais quelque malheureuse qu'ait été pendant longtemps leur résistance^ elle était nécessaire pour occuper la France sur le sol de rEucope., €t laisser les Anglais disposer de l'Ocçan. C'est pourquoi ils ont alî^ mente de leurs subsides la guerre continentale.

Ces moyens pécuniaires fournis par l'Andeterre à ses Alliés, les ont mis dans sa dépendance, et grâce à cette dépendance et à ses propres succès , elle a occupé le premier rang dans leur alliance.

Cette coalition ayant fini par trîompliet^ TAngleterre s'est trouve par une <:onscqiiencé naturelle être le premier àeB Ëtats de TEurope.

Cette place lui a perniîs de dicter les Traites auxquels on a dû la paix. Elle a choisi pour sa part , tout ce qui était k sa convenance sur le globe , et a gaghe ainsi en retour de ses subsides et de sOil sang > la possession paisible de ce qu*a** vaient les Hollandais et de ce que la Fiance aurait pu lui disputer. Elle a con-»

<îuîs rOcdan> avec la certitude d'en res-ter maîtresse ; puisqu'avec la sÀpériorîtë' que sa marine a acquise , elle est en me* sure de détruire toutes les marines naissantes^ avant quMles puissent faire om* brage à la sienne.

L'Angleterre a réalise a la paix, tout cfe que lui avait promis la marché poli-^ tique adoptée par M. Pitt. Elle n'a plus rien à attendre en fait de conquêtes et de puissance : car si elle en avait voulu davantage pour elle ., personne au mo-

meut de la paix n'était en mesure de le lui disputer.

Que s'esl-il donc passé depuis la signature d'une paix , qui semblait avoir mis le sceau sur la grandeur de FAnglererre? Elle n'a été frappée d'aucune perte, d'aucun revers et cependant des symptômes irrécusables annoncent qu'elle a cessé d'occuper la place qu'elle avait acquise dan$ l'équilibre de l'Europe.

La plupart des Puissances ont fermé depuis la pai)^ leurs frontières aux produits de son industrie. Les grands Etats ont seuls osé d'abord établir ces prohibitions; mais ^ dès que les autres ont vu que l'Angleterre les souffraient sans se plaindre, elles ont pté réclamées de toutes parts et l'Allemagne travaille pour les

obtenir.

Le système prohibitif à survécu ainsi à son auteur, parce que l'Angleterre en a toléré les premières tentatives et l'effet de ces tentatives a fini par lui faire perdre . le pouvoir de $'y opposer.

Lc^ petit Royaume de Portugal vienl, en dernier lieu, de se déclarer iadépei»dant de PA!>gleteiîre. H lui^a renvoyé le demi Roi qu'elle lui- avait prêté et ne reconnaît plus sa supiématie.

Certes , une telle résolution n'a pu se prendre^ que par la conviction où ont été les Portugais ^ que les Anglais ne viendraient pas y mettre ordre. Sans cela , ils auraient compris qu'ils ne |K>uvaient feur échapper qu^en se réunbsant à l'Espagne. Réunion pour laquelle on dît qu'ils ' montrent beaucoup de répugnance.

On est enfm surpris de l'attitude que garde l'Angleterre dans la crke actuelle de l'Ettrope. Trois Souverains se sont réunis pour traiter du sort qui l'attend j et l'Ambassadeur d'Angleterre est vena pour écouter ces débats au lieu de les dicter et les prendre ad référendum comme un Député de la Diète Germanique. SI l'Ambassadeur de France a gardé la même attitude ; il n'y a rien d'étonnant.

Les Alliés ont craint pendant long-temj^

/ ( 58 ) la France et peuvent s'en àéûèx encore; mais s'ils négligent l'Angleterre ce n'est pas qu'ils s'en défient , c'est qu'ils n'ont plus rien à en attendre. Ainsi la France et l'Angleterre , dont la rivalité a seule rempli le monde pendant deux siècles, qui en ont été pendant si long —temps les arbitres , qui l'étaiept encore il y a six ans> moins de six ans ^ restaat aujour* d'hui à l'écart.

Résultat bien imprévu de tant de gran* deur et de prospérité.

Il est évident que l'Angleterre a été déplacée du rang qu'elle occupait et qu'elle n'exerce plus d'ascendant en Eu-* rope: Cette chute provient de ce qu'elle a rempli le but que lui avait offert la précédente guerre. Elle n'a plus de dépouilles à offrir en hommages a son Peuple; aucun motif ne rendrait une guerre con-tinenlale populaire, £t dès-lais elle ne pourrait y trouver le crédit financier dont t^lle aurait besoin.

Uqe telle ûnpuissaace frappe ropiniûa

générale ^ car celte opinion apprécie let Nations, moins encore par Tusage qu'elle^ font de leur forces ,, que par celui qu'elles en pourraient fôire*

Les ttroubles intérieurs de FAnglelerre et le dëûcit annuel que présente son Budjet ont confirmé cette opinion. Sa décadence poUtiqv^e tient donc à la fois aux circonstances inléf ieures de PÈlaf comme à celle de l'extérieur. Placée dsins une Alliance; elle y a baissé de tout ce que ses Alliés se sont élevés ; eo sorte que toutes les proportions précé*i> dentés ont élé rompues entr'eux.

L'aseendanft politique de cette Alliance a passé aux Empires de Russie et d^Vù^r triche; par les suites. mêmes de ^. guerre qu'ils ont fai^tes aux frais à^ l'Angleterreik Les capitaux qu'elle y a versé ^ l'emulaf tion qu'elle y a excitée^ les succès- qui Font couroûnee oat vivifié ces l^tats.

For(s de leur unité ^ de leur espace, deleur populaliou ^ ces Empires en sont irenus au Bokit de se suiBfe à eiix-n^men^

( 4o ) |)our exercer leur prépondérance. Ils peu^ vent se passer des ressources que FAn^ gletcrre leur a fourni pendant si^ longtemps , et dès - lors ils ont secoue la dépendance où ils étaient vîs-k-vis d'elle.

Le crédit naissant de ces Etats se fonde sur Timnaense capital que la civilisation commence à mettre en œuvre dans ces régions lointaines. Ce capital esta lui seul aussi grand que celui du reste de FEu-^ yope. Il ne s^agît que le faire sortir du néant p^r les secrets de la civilisation , €t ils empruntent déjà sur cette richesse future.

L'action politique de ces deux Empires ^^ n'est pas encore susceptible d'être dérangée par celle de Fopinion publique j parce qu'ils renferment des peuples qui n'ont encore reçu de la civilisation qu^

son matérieL

La situation respective des Etats de l'Europe est donc changée depuis un an , et ce n'est qu'en dernier lieu qu'on a reconnu les indices de ce fait«

Les rapports de l'Angleterre avec eux, ont ëtë changes comme les autres; attendu que rien ne peut se faire à part, dans l'ëtat où la civilisation a mis les relations, politiques. Ce déplacement était probable, et je vous l'annonçais l'année dernière ; mais je ne le croyais pas si prochain.

Il importe de connaître les rapports qui en résultent: afin d'apprécier la réaction qu'ils peuvent avoir a l'intérieur de l'Angleterre.

sffÊm-

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