VINGT-UNIÈME LETTRE
J-J*EUROPB entière ëtaît liée au Congrè$ devienne contre la France ; parce que la Re'volution de France Savait seule menacée. Cel|;e Révolution^ fixée dans ses bases par les institutions qu'elle a re^* eues de la dynastie légitime, a été acceptée à ces conditions par les Souverains li^ gués, contre elle. L'équilibre enlr'eux semblait être arrêté , lorsque de nouvelle»
Révolutions sont venues défaire cet équilibre et montrer ce qu'on avait k craindre d'elles.
La défection des pays dont elles se sont emparés divise l'Europe en deux parts et la range sous deux bannières. Quoique opposées entr'elles par les principes et l'esprit dix système politique qu'elles professent , elles n'ont pas encore rompu la
paix; parce qùMles h^ont pa$ là méâûte de leurs forces ^ et redoutent l'issue que cette rupture pourrait avoir»
Il est donc essentiel > avant d'examiner le parti qu'il leur convient de prendre^ de connaître Petat des forces réelles qui constituent l'équilibre VrUê l'Europe vient de recevoir par les évënemens dont elle a été le théâtre. Je vais vous en présenter le tableau ; après quoi nous ferons l'examen des forces morales qui leur servent de mobiles*
Tableau
. M* « I * r «■^^■^Mfc,
^uUibredeï Europe, ce 26 JJécemhre 1829.
Population des Etais rispréseniâttifi*
Nom 9SS BTATa. *0?Vl4AT. TWA^TX.
La France . * 29,000,004^
L'Espagne el le Portugal 1 5,ooo,ooo Naples , y compris la
Sicile 7,600^000
La Hollande. . . • • • 5,5oo,ooo / 70,100,000
La Suède el b Norwège 5,ooo,aoo L^Sk Etals repjrësentalifs
de l'Allemagne. . . • ' 8,000,000
Population des Etats non repré'-
La Russie, y compris la Pologne, dont la marche politique est liée à celle de la Russie • . 62,000,000
celle de la Kussie • . 02,000,000 \ r'-^M/ric/ie , non cora- \ 74,000,
pris ses Etats d'Italie • 22,000,000 |
Populations des Etats qu^il faut
surveiller.
La Prusse et les Etals ad* jacens de l'Allemagne 17,000,000
iY/a«^ , non compris } 29,000,000
JufrH^Q^aume de Naples is,ooo,ooo ■
Pop^laiion9 d^s Etais neutres* Le Danemark 5^5oo,ooo 1 ^
Te* ri 0,000,000
La Suisse^ •....., 2,5oo,ooo > * vv,vw
Total . . . 179,100,000
( Je n'ai pas compris rAngleterre dens ce Tableau , puisque la
Suestion que n%us agitons est précisément de savoir àsuis laquelle e ces deux masses il lui convient da se ranger ).
Tel est a-peu-près , Monsieur , Tetfit dej^ forces numériqueSi que Fesprit da 9^iècle met aujourd'hui eti présence ea Europe. Ces forces se balancent , et ce Tableau marque le point où celles déjà Bévolution sont parvenues. C'est ua maximum qu'elle n'avait pas obtenu, dans le temps même de ses plus grands succès.
Si CCS forces révolutionnaires étai^ut réunies 1 elles seraient effrayantes; mais les États représentatifs de TEurope sont encore loin d'être ligués ensemble : la plupart d'entr'eux se connaissent à peine, et il faut qu'un danger commun les xapproche^ pour y faire naître,une commotion spontanée. Le danger d'une telle réaction est à peine entrevu; et cepencjant quelques symptômes indiquent déjà qu'il y a une communauté secrète entre les craintes çt les espérances que ces révolutions conçoivent.
La position des Empires de Russie.et d'Autriche, est encore la meilleure ; puis-
qu'ails sont les plus forts. Lçur politique consiste à la conserver. Ils ne peuvent y
parvenir qa^én se préservant de la con-* ^ tagrbiï révolutionnaire, en prévenant une
réaction contre eux de la part de ces , révolutions, et en conservant sous leur • bannièie les pays limitrophes qu'ils ont à surveiller : car si la Prusse et Tltalie passaient, par TefFet d'une révolution, dans la masse opposée, ils lui donneraient une prépondérance décidée.
Quelle est de la guerre ou delà paix, 'la plus propre à mettre Talliance des deux Empires a Fabri de ces trois dangers ?
Je sens toute la difficulté de répondre à une telle question , et la politique des
' Souverains semble n'avoir plus à choisir qu'entre des dangers presque égaux. Toutefois cette politique est devenue plus simple ; en ce qu'elle ne concerne guère aujourd'hui que les deux Empires dans lesquels la force de la coalition s'est cou-
' centrée presque en totalité.
« L'bomme n'est que ee qu'il sait» ^ a. dix Bacofl^ Qr ,, la masse des peuples qjue renFerriieat ces deux Ërapires ne sa* vent pas. U^ lëvolulioD , parce qu,e leur [ èiviliSârticHi'yiy leur, langage nie U, leur ont point a^pprise 5^ ils n'en ont pas. le germe ^ et ,ne peuvent en recevoir la çontagjon. , Ainsi ce danger est encare loin de les menacer ,^ et ils n'ont pas besoin de s'armer contre lui pour s'en mettre a l'abri..
Mais celui d'une reaction çî^s .Etats tev.olutionnaires contre leuc agressiop existe en entier,. Cette réfaction- pourrai t> âtre-
yâolente;. et l'experienca nous a. montré.
ce qu'elle savait £aire4 Soi> premier effet serait d'entraîner l'ttalie et. la Prusse..
,De telles. chances méritent d'être pesées :. car^ le danger est ici trop g.ra«d ptQur s'en jpuer. On Uja voit pas sans fré-^ miv l'approche d'une guerre d'auiant.plas»
terribk^^ que les. forces en set'aieat pluSi égales et les factions plus acharnées^
Cette guerre est-ellè donc nécessaire ?
Ëst^eile indique'^e par l'état de l'Europe?
Doît-elle être une suite liecessaire de la crise où elle ^st ? Je sais bien que la guerre semble être un repos, lorsqu'on a ëpuisë toutes les ressources de la politique , en ceb seul qu'elle décide les questions que les' efforts de la société n'ont pu résoudre; mais une guerre même ne pourrait-elle. pas résoudre ces questions, coritte ceux qui sont aujourd'hui les plus forts?
L'^eSprrt de ces Révolutions exîge-t-il aussi itidpérieusement que celui de là'
Hévôlùtioû Française, qu^on leur fasse la gu«ri*e pôtii* s'en préserver ? Sont-elles
Wienacailtes , comme elle l'a été? Et joy a'-t-il |>âd d'autres voies pour les contenir ? car celle des armes n'a pas suffi. ' Avant de chercher ces voies , il est nécessaire d'étudier l'esprit et les mobiles de lîesi Révdlbtibfife , afin de savoir ce ^tt^0n petit en espérer ou en craindre.
< Sfi )