‹ Lettres de Saint-James (volume 2)Chapitre 9 sur 13 · VINGT-CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME LETTRE

JLj A reYolulJoii de Naples a d'autres mobiles que celles de TËspagne et du Portugal. Elle est plus importante par ses suites ^ et se lie par sa position gëo* graphique au reste de l'Europe. Aussi lui a-t*OQ lëmoigné bien plus d'animad^ version.

Cette révolution à des caractères pro* près à intéresser et a séduire les peuples voisins : savoir ^ Fénergie et la témérité*

Elle a été produite^ comme celle d^£s* pagne, par une conjuration ; fruit d'une association secrète. Descendans des Guelfes, les membres de cette société partagent a la fois l'amour de l'indépendance nationale , et celui de la liberté publique.

Ces deux forces se servent de garantie mutuelle dans leur opinion , comme dans

ia réalité et Falliance que ces nouveaux Giielfes en ont faite, rapproche leur cause de celfë qu'ont soutenu jadis avec tant d'honneur les Suisses et les habitant de la Hollande.

L'association secrète dont la révolution de Naples est l'ôuvrâge ne veut point attenter à l'ordre social. Ëlk a un autre but c'est celui de retremper le caractère national en lui donnant d'autres institutions et une meilleure école morale, dont il avait en effet un urgent besoin. Elle veut remplir le but des sociétés, qui n'est pas précisément celui de créer des' Lazzaronis; mais des hommes capables de res^ sentir l'influence du bonheur et de la vertli.

Savez-vous, Monsieur, ce que sont ces Caibonaii , qu'on vous a si diversement dépeints ? Leur secte est le Tugend-bund que le Cardinal Ruffo avait fondé lurméme pour délivrer l'Italie du joug des Français : ils ont reçu alors de la coalition les armes qu'ils ont gardées, et avec lesquelles peut-être ils seront appelés à la con^battre de nouveau.

( 77 ) . Toutes les classes de la Société sont responsables envers l'ordre public deà décrets de la Révolutioa qu'a produit cette secte : car toutes ces classes ont été également admises da/is son sein.

La Noblesse , le Clergé , le Peuple, les ]^ay]!|aQS| ont prêté, les jBemes se,rmens; Leurs chefs peuvent, mieux que d'autres accomplir leurs plans sans les outre-^ passer ; parce que la confiance dont iU sont investis ue leur vient pas d^une popularité toujours douteuse , mais de la foi sectaire , le plixs fort des liens dont on pj{jii$se envelopper le cœur; humain,

La Révolution de Naples peut donc être refoulée p^ir M^e force majeure.; mais ne. peut pas être détruite par cette. force > attendu qu'elle repose dans une puis* sançe mystérieusç , qui , comme toutes ses pareilles, s'accroît dans l'ombre et ré?

sis te aux revers. . »

Les mobiles, de cette Révolution ont un^ caractère Iqcal et particulier , dont l'exemple n'est inquiétant que potir \e$

(78) Etats dont les peuples oot avec deux de Naples uoe commuoautë de situation^ de langage et de sentimeas politiques ^ c'ëst^ à-dire» pour les Etats qui sont renfermés par les Alpes.

L'Autriche y est donc vivement întéressëe, a raison des Provinces qu'elle possède en Itârlie« Aussi serais-je tente de croire qu'il aurait été de sa politique d'étouflPer cette Révolution par la force militaire dans le premier moment^ et lorsqu'elle n'avait encore d'autre caractère que celui d'une sédition de factieux*

Mais l'Autriche a, comme toujours^ laissé passer ce moment. Elle a appelé ses Alliés en conseil ^ et a fini par mettrie toute l'Europe en présence de Naples.

Cette affaire est devenue si grande^ qu'elle va décider toutes les questions qui étaient restées en suspens ^ et donner à cette Europe l'équilibre qu'elle attend.

Peut*-âtre sera-ce un bien , peut-^tre

Im mal ; le hazard joue un si grand rôle

dans les affaires présentes ^ qu'on ne peut

(79l guère ^confier ses espérances k d^autrâs qu'à lui.

Nous Toyons seulement que par ces délais et ces consul tations.la Révolution est devenue non-seulement nationale à Na«ples , mais qu'elle y a pris un caractère légal par la Sanction touchante et solen^ nelle qu'elle a reçue du Monarque^ dans un des discours les plus nobles et les plus digues qui soit jamais sorti dé la bouche d'un Roi.

Apràs avoir amené ainsi la coali'^ tion devant Naples , que se propose-t-on de lui faire ? Est-ce la guerre ? Mais il fallait la faire plutôt , et ne pas appeler, tant de secours , afin d'éviter cette espèce de duel ^ toujours vidicule entre un géant et un pygm^e. Et si on lui fait la guerre^ ne se plaindra- t<^elle pas du choix que les Alliés semblent faire de son pays , pour lui appliquer cette grande leçon > tandis qu'ils gardent le silence sur l'Espagne et le Portugal ? Ce choix ne sera-t-il pas lionteux en lui-*méme , puisqu'en effet

6û n^àuxiL séinhlé choisir , j^apiés <{u4 parce qu'il est le plus petit et le plus

abordable d*eatre les RoyaunicfSr révoltes;

Aussi nous devons croire que rinteulion d'attaquer Naples n'a jamais qxistj^ que dans l'Observateur autrichieUi II paT rait> au contraire^ que l'on d déjà ac-t cordé à Naples une Cônstitutic^n :çn prin?

cipei II ne s'agit que dd plusau ipoiils^et IdrsquW eâest là; il serait iosedsé des deux parts d'entreprendrjé ,mje guerre pour des rédactions d'articles constitu*^ tionnelsé *' ..

L'amour-propre des Napolitains est k l'abri de tout dommage» par l'immensité des forces qui pèsent Sur ^\kii lie sentit meut national peut fléchir sa«s retard et sans honte devant cet appareil ^ ,et I4 gloire des Souverains setat ëgalemept sauvée par cej^ arbitrage ^ et ne peut l'être que par cette voie. Les Napolitains auf raient tort d'ailleurs de s'exposer à une perte presque certaine pour • avoir une Constitution plutôt qu'une autre : car ils

(73) Be doivent rien encore à la Constitution d'Espagne., qu'ils ont adoptëe à- peu- près au hazard. Elle ue leur a fait jusqu'ici ni bien ni mal; ils ne lui doivent d'autre reconnaissance que celle d'avoir consacre leur Révolution : mais une autre Constitution la sanctionnerait de même , et si les Souverains mettent à ce prix leur aveu, le salut de leur patrie leur ordonne de la prendre.

On sait d'ailleurs si peu ce qu'on doit attendre d'une Constitution qu'on ne connaît pas ! Il y a si peu de probabilité pour qu'un peuple ne soit pas obligé d'y apporter de grands changemens^ qu'il n'y a pas dans le premier choix d'une Constitution , l'importance qu'y attache l'imagination publique !

Il faut y revenir a plusieurs reprises avant d'avoir arrêté les institutions d'un peuple; parce qu'il n'y a Jamais eu de législateur , si ce n'esf celui dont Moïse a reçu les Tables de la Loi, qui ait pu

embrasser à la fuis, tout ce que demandent ses mœurs et ses intérêts.

L'expérience et le temps changeront la Constitution qu'on offre aux Napolitains, comme ils changeront celle qu'ils ont adoptée de confiance ; et il est probable qu'elles en seront avant dix ans revenues au même point.

L'affaire de. Naples renferme ainsi , Monsieur, deux questions extrêmement importantes. La première concerne directement la Révolution qui s'y est opérée, et sa solution nous apprendra le sort que l'Alliance fédérale de l'Europe iéserve aux Révolutions. La seconde nous in-diqucra ce qui se passe en réalité dans • cette Allirface , par la part que ses différens Etats vont prendre dans cette même affaire.

Nous voyons déjà, à n'en pouvoir douter , que trois Souverains en out seuls pris la responsabilité. Lés autres ont gardé une silencieuse neutralité , et ce.

partage semble contenir le germe d'une

nouvelle balance politique que les ev^nemeus ne tarderont pas a nous révéler.

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