ONZIÈME LETTRE
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Du 19 D<^cembre.
Je ne vetraîs. Monsieur^ que de l'a* ' vaûtage à ce que le Gouvernement offrît un travail au peuple, fut-il même improductif; pourvu qu'il fût instantané
et qu'il put employer jusqu'à cent mille ouvriers , s'il était possible d'aller jus* ques-lk.
Ces sortes de travaux sont le luxe nécessaire des populations surabondantes.
L'Angleterre n'eSt qu'à l'entrée de cette condition sociale; elle n'en a épuisé ni les ressources^ ni les effets. Elle n'est pas encore appelée à construire des pyramides comme en Egypte. £lle doit trouver sur la surface des trois Royaumes ; des travaux a faire , gigantesques, sans doute : car il faut qu'ils soient tels; mais plus utiles qu'un simple entassement de pierres. Ces travaux peuventétre de divers genres ; tels que des défrichemens de terres incultes. Des dessèchemens ^ des canaux^ des aplanissemens de routes. Je ne peux pas entrer ici , Monsieur , dans des détails que les économistes anglais sauront découvrir , s'ils adoptent ce projet. Je ne veux que vous en montrer les conséquences.
Des ateliers subitement monti^s^ poué des travaux qui n'exigent auctm apprentissage et où Ton reçoit eiptës tous ceux qui se présentent ^ afbsofbent surle-champ les ouvriers les plus dëlaisséSé J'ai vu , en 1817, pendant la faminfe qui a désolé le continent, un grand nombre de ces ateliers formés sans aiitrè règle que celle de faire gagner du pain:
j'ai vu des artisans , des vieilla:rds , des enfans remuer des bâches qu'ils tenaient pour la première fois dans leurs mains. Et ces salaires offerts a l'itnpro^ yiste ont rassuré non - seulement ceux qui les obtenaient , maïs aussi ceux qui n'y ont vu que cette possibilité»
Ce travail inattendu a fait une cbil* currence inattendue aussi k tous les autres travaux, et a f élevé leurs salaires fort au- delà de faliquote réel de cette fraction de travaiL
Une mesuré de ce genre est la pré-
miière que doit prendre le Gouvérne-
meùt anglais ^ parce qu'elle est la plu&
(80 lirompte: elle est aussi la plus facile; car il peut entrepreodre ce qu'il voudra; pourvu que ces entreprises n'ayeut d'analogie avec aucune des industries que; des particuliers peuvent exercer, il a le choix de tout le reste. Il vaudrait mieux qu'il élevât des pyramides que de faire , comme dans les maisons de travail du continent , des fabriques con-?
'Sacrées à travailler à perte; car la con* currence de ces fabriques philantropiques n'a d'autre effet que celui d'anéantir le libre travail de la nation.
Mais encore une fois , Monsieur ^ l'Angleterrç a bien des entreprises k tenter , qui laisseraient un résultat, après avoir servi d'emploi momentané à sa ^population ; car le. terme des améliorations est partout inconnu.'
Il est. Monsieur, une seconde meiBure , dont l'effet ne peut être aussi prompt, mais serait plus grand et sans cloute aussi plus permanent. Cette mesure ne peut être prise ni par la vo-
lanté du Gouvernetnent , ni par celle des lois ; car elle a besoin d'un cou^ sentetiaent mutuel des ouvriers et dei^ fâbricans.
Ce consentement tie peut être obtenu que de leurs intérêts Técîproques et de leur conviction ; mais je croîs que la rëâexion doit les amener a le donner.
Cette mesure consiste a procurer des parcelles ,de terre auK artisans dans le voisinage de leurs ateliers* Ils cultivent ^es parcelles dans les jours où les trar vaux sont moins actifs* Ils y occupent leurs femmes et leurs enfans. ils en ôh^ tiennent des patates et des légumes. Ce supplément n'est , sans douté , pas ca-r pital ; mais l'occupatioa qu'il demanda rend du moins l'artisan pendant quelques heures à la vie naturelle de l'homme , il se retrouve de loin en loin sous l'azut lîu ciel. Il contemple des fruits que ses^ soins ont fait croître et qui sont à lui^ Ils lui font éprouver l'ëmotion de Isi propriété j émotions qu'a coadamnéesi
(84) le plus bloquent des hamains ; et qui sont pourtant le premier éveil de la mo-' ralité dans les soeiétës où rhomme à enlevé à la< nature la totalité de son appanage.
Il y à des fabriques en Alsace où les ouvriers reçoivent ainsi en propre des jardins à cultiver. Ils participent par ce petit avoir aiix intérêts de la propriété. C'est uû gage bien restreint ^ sans doute ^ qu'ils donnent pâr-là à là société ; mais enfin c'en est un ^ et eti fait dé gage il y a l'infini entre peu oU TÎèn.,
Les éheFs d'ateliers louent des terres toîsineà, s'ils n'en ont point à eux , pour les remettre à leurs ouvriers en boni-
pensatîon de leur travail. Cette mé-^ Chode a remplacé les avantages locaui que présentaient les fabrications a do^ micifes; que l'appareil des grandes ma- )chines a fait disparaître. On a fixé ainsi TintérêÉ et le bien-être de' l'artisan , en lui donnant dans sa patrie un avoir
assez grand pour Vy attacher , mais trop petit pour le détourner de ses travaux; ViécaDÎques.
Il serait a désirer que les fabricans anglais missent ce système en pratique le jour même où ils viennent se faire inscrire dans la milice.
Les journaliers déterre qu'on emploie auprès de Turin , dans le bel établissement rustique de la Mandria de ChU vas y reçoivent également un jardin en partage , et cet intérêt forme i^n lieu de bienveillance entre le propriétaire et l'ouvrier, entre l'ouvrier et la patrie.
Il serait très-facile , soit aux propriétaires, soit à leur fermiers, de disposer ainsi en faveur des journaliers de leurs alentours de quelques acres de leurs domaines. Ces terres livrées pendant quelques saisons à la culture maréchère , acquièrent sans aucune avance de culture la fertilité des jardins » et le propriétaire est dédommagé de sa com-« plaisance par Famélioratibn graduelle
que cet assolement apporte à ses terres en les parcourant successivement.
Mais, quel que soit Favantage prochain que trouverait l'Angleterre à donner un supplément à ses journaliers , par cette ^ëgère participation a la culture comme Il la propriété ; il ne suffirait pas pour détacher de la ligue des prolétaires le trop plein y qui lui fait déborder aujour^ d'hui le bord du vase qui la contient..
- Il faut rattacher plus fortement ce surplus des prolétaires à l'ordre social ,.
en lui donnant une plus grande part aux intérêts de la propriété. Il faut diminuer celle multitude d'artisans qui, par la nature de leur existence, mettent sans cesse en péril un ordre social auquel ils ne donnent aucun gage et qui ne peut rien leur promettre , parce qu'il ixe peut rien leur tenir; puisque le travail qui les alimente est au pouvoir du hasard et non pas au sien< * Il faut que l'Angleterre change U condition sociale de six cent mille pron
lëtaires , et jusqu'alors elle n'aura poînti^ de repos. Ua tel deplacemeat ne peut avoir liei^ que par la restauration de la classe des petits fermiers que la grande division territoriale avait anéantie.
Je prie les grands propriétaires â& faire une sérieuse attention à ce plan :
car il est à leur avantage politique, s^il n'est pas k celui de leur revenu. Je les prie de remarquer qu'il leur offre le seul moyen d'augmenter leur clîentelle aux dépens de la ligue opposée. Je les prie d'observer que c'est le seul expédient qui puisse procurer à l'État une population que ses intérêts associent à l'ordre social , que c'est le seul enfia qui puisse aider à prévenir le partage de la propriété ; parce qu'yen divisant l'exploitation de ces terres il produit dans la population un effet équivalent..
L'Italie en montre un exemple frap* pant , les fermages parcellai>es y ont intéressé à la propriété les deux tiers de la population :^ et dan$ les phases da
leVolulion qu'elle vient de parcourir, il n'y a pas ëte prononcé un mot , il n'y a pas même été conçu tlne pensée qui offensât le droit de la propriété.
Je ne prétends pas^ Monsieur ^ en proposant de donner a la culture de l'Angleterre un superflu de bras , ajoutei^ par-là aux produits de cette culture:
je sais aussi bien que les économistes que ces bras ne lui soat pas nécessaires^ puisque tous les travaux de cette riche culture s'exécutaient sans eux« Je sens donc que le travail de ces bras peut être considéré comme improductif :
aussi mon plan ne serait ni admissible, ni nécessaire , si l'on devait ôter ces bras à un travail dopt le produit s'élevait à dix-huit millions. C'est parce que cette perte est déjà faite que je propose d'appliquer ces bras oisifs à un travail improductif sans doute pour l'Etat y mais productif pour ceux qui y auront appliqué leurs forces , puisqu'ils obtiendront directement leurs ali- TOeas du sol qu'ils atiront cultivé.
Cette mesure pourvoit a la fois a la ;5ituatioQ e'coqomique et politique de l'Angleterre. Elle est seuk dans ce cas , et cependant, quelque sindple qu'elle paraisse^ je sens. Monsieur, que son exécution doit éprouver de grandes résistaoceq.
L'économie , en effet , n'est pas du ressort des lois^ mais de celui des mœurs ; elle n'a d'autre mobile que celui du xùeilleûr emploi que ces mœurs peuvent offrir au travail et aux capitaux. Or , l'em^ ploi que je leur propose ici ne remplit que de loin les conditions que l'économie exige.
Je propose donc. Monsieur ^ de détourner ce travail et ces capitaux du cours qu'ils avaient pris ; non , pour qu'ils aillent comme un canal dérivé d'un beau fleuve fertiliser des campagnes en les arrosant ; mais je propose d'ouvrir un canal , parce que le fleuve est refoulé par la barre et va submerger ces cam-pagnes.
C'est un contrat de grë à gré qne je propose de former entre les proprië^ taires , les prolétaires et Tordre social :
parce que je crois que tous les trois sont également intéressés à le conclure ; non en vertu des intérêts de la reproduction , mais de ceux de leur situation^
Il faudrait pour y réussir que les grands propriétaires pussent en acquérir la conviction ; afin de prendre sur leurs convenances et leurs loisirs la peine né^ cessaire pour changer en partie le système qu^ils avaient adopté pour Yex-^ ploitation de leurs terres.
Il leur suffirait, pour produire un grand effet , de retirer , soit de leurs réserves , soit de leurs fermages, deux millions diacres au plus sur les quarante sept millions que comprend la surface de FAnglélerre : c'est-à-dire , un vingttroisième de cette surface. Il en resterait assez pour l'exploitation des grands fermages.
Ces deux millions d'acres suffiraient^
C90 pour former Fapandge de cent ïnille familles de petits fermiers : car dépourvues de capitaux^ comme le sont ces familles^ une exploitation de vingt acres serait assez forte pour leur début.
Je doute même qu'elles pussent ^ ni * qu'il leur convint d'en payer une rente fixe. Elles ne pourraient guère entreprendre ces exploitations qu'à moitié fruits en recevant du propriétaire l'avance du capital des bestiaux et des bâtimeps.
Il y aurait ainsi de la part du propriétaire quelques avances k faire et des soins à prendre : mais les grands propriétaires anglais répugneraient-ils plus que les seigneurs italiens à se donner quelque peine pour l'administration de leurs biens ? Je ne leur fais pas la honte de le croire.
Une telle entreprise ne peut avoir que l'exemple pour mobile : il faut espérer qu'à l'aide de cet exemple on verra se former dans le smn mém^ de
(90 rAiigleterre cette colonie rustique , doni les coloDS , détaches de la ligue des prolétaires^ viendront chercher de nouveaux moyens d'existence dans les champs dg leur patrie ; d'autres intérêts leur don-* neront un afutre esprit. Ils deviendront Les^ appuis de l'ordre social^ parce qu'ils au* tout une place et un avoir dans cet ordre.
Nous les vetrons comme les Contadini du Val d'Arno , bénir le nom du propriétaire auquel ils devront une part des dons que la création avait voulu partagej: entre le genre humain.