‹ Lettres de Saint-James (volume 3)Chapitre 12 sur 14 · DOUZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LETTRE

Du »2 Décembre*

IVIais bien que la classe des petits fermiers augmente le nombre des bras que l'agriculture emploie , parce que les exploitations de fanpiiUe produisei^t

tooms d'œuvre que les grands fermage»^ cette augmentation ne peut être cependant que d'un cinquième , et ne peut pas débarrasser la ligue des prolétaires de tout son superflu ; même en admet* tant que ce vide produise^ par la magie dé la concurrence , un effet plus grand que sa cause.

Il faut donc chercher encore d'autres éxpëdiens propres à agir a la fois suc le peuple par leur réalité et par leuc apparence.

' Les émigrations ont ce double carac^ tère^ et sont plus faciles à proposer chel un peuple marid à qui les Voyages d'outretner sont devenus familiers.

Il y a long-temps que TAngleterre Envoie chaqite année des colons en Amérique , et des condamnés à Botany-Bay*.

Mais tels émigrations libres ou forcées fie peuvent pas venir atr secours de la sifûatidn présente , parce qu'elles avaient précédé cette situation. Il û'y a donc que de nouvelles émigratioûs tfui puiç^ sent être e^Scaces.

(94) ^ Le Gouvernement a déjà tente ce moyen y en préparant un départ de colons pour le Cap de Bonne-Espérance.

Ce point a été bien choisi : parce qu^il offre déjà les rudimens d'une colonie. Les Anglais savent, au reste, bien mieux que les autres nations en pré*^ parer les élémens. Aussi est-il probable que si l'on suit ce projet , il aura ua heureux succès.

La fondation des colonies est le meilleur expédient que puisse mettre en jeu le Gouvernement anglais ; puisqu'elle transforme subitement le pro« ducteur de la métropole en consom-r mateur exotique» Cet expédient emploie ainsi deux hommes à la fois ; l'un, dont il débarrasse l'industrie , et l'autre qu'il lui donne pour consommateur.

S'il était possible d'employer l'émigration assez en grand , elle suffirait à tout : mais ce levier ne peut pas agic en proportion du besoin, parce que sa portée est limitée. Le transport d'une

( 95 ) icolonîe exige un appareil immense. Dix, mille individus sont le maximum de ce que les moyens d'un Gouvernement permettent annuellement dVconduire et d'établir au loin.

Ce nombre ^ sans doute y Monsieur »

jest déjà quelque chose ^ surtout si son transport peut se répéter annuellement.

Car alors il se présente à Fimaginatioa du peuple ^ conime une ressource toujours ouverte devant lui. Il finit enfin par provoquer une émigratioa gratuite. Lorsque rétablissement colo-* niai est parvenu à exciter l'espoir des^ liommes entreprenans.

* C'est à ce degré qu'il importe à l'An* gleterre , sous un point de vue plus étendu y d'amener ses colonies du Cap et de la Nouvelle Galle.

Il lui importe d'en faire dès États capables de jse rendre indépendans ^ afia d'avoir dans la suite des rivaux à opposer aui;; %ats-Um$; puissance qui.

(96) sans cela finirait par se trouver seule avec elle sur les mers.

C'est dans ce but que l'Angleterre a mis une prudente politique en retenant au Brésil la cour de Portugal. Ce n'est pas seulement par la jouissance 4lu royaume que cette cour lui a laissé ^n Europe , que son absence est utile à l'Angleterre. Cet en lui formant un État nouveau ^ immense, et fécond , dont les forces accrues avec le temps ^ donneront à l'Angleterre un allié naturel contre l'Amérique du nord.

Il en sera de ménîe un joiir des colonies espagnoles : ce jour peut être plus où moins reculé ; mais il aura sou accomplissement^ parce que la force des choses l'appelle.

Cependant ^ Monsieur ^ les peuples issus des migrations de l'Espagne et du Portugal ne rempliront qu'à demi le but de l'Angleterre ; parce qu'ils sont sortis d'une mauvaise école. Il faut des peuples élevés par la civilisation mo*

derne pour devenir des rivaux dîgncô des Américains, et de tels peuples ne peuvent être Vénus que d'Angleterre.

Il faut djonc qu'elle en jette dès à présent les germes : car les États- Unis ont déjà dix millions d'habitans et chaque vingt, années doublent ce nombre.

Tant cjue' cette population reste inférieure à celle de' FAngleterre , tant qu^il lui manque les capitaux ^ le rapprochement et l'organisation des vieilles nations^ elle ne peut lutter avec elles qu'en espérances et en intrépidité. Mais lorsque cette population sera plus nombreuse que celle de l'Angleterre , lorsqu'elle aura acquis ce qui lui manque encore j c'est alors qu'une sanglante, émuration ramènera sur le théâtre dai l'histoite ïâ véritable image de Carthage et de Rome.

Image faussement appliquée a la longue rivalité dé l'AngTéterre et de la France : car cette rivalité avait pour

C98) mobile la fierté de ces deux nations plus que leurs intérêts ; pirisque leur animosité s^ést éteinte par reffet de leurs doubles victoires.

Mais le monopole des mers divisera sans fin FÂmérique et l'Angleterre ^ parce qu'il attaque leurs intérêts.

Il faut donc que l'Angleterre se résigne à soutenir dorénavant une lutte perpétuelle avec l'Amérique > et qu'elle se prépare des auxiliaires.

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