‹ Lettres de Saint-James (volume 3)Chapitre 13 sur 14 · TREIZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LETTRE

Du 5i Décembre.

Jmes patriciens de Rome menaient le peuple à la guerre , lorsque ses prétentions devenaient trop pressantes. La guerre est en effet le. plus grand des spectacles qu'on puisse donner aiy:

peuples*.

Les propriétaires dont les intérêts peuvent en être froissés en balancent les avantages et les risques ; mais la multitude^ qui n^a point d'intérêts a calculer, reçoit sans mélange les émotions qui lui donnent les chances de la guerre ; car ces émotions sont à peu près le seul bien que lui départit, la patrie.

, La guerre est donc le meilleur des ressorts politiques , puisqu'elle met en jeu les deux plus grandes passions des peuples, la justice et la gloire.

Mais pour exalter ces passions ^ il faut qu'elles soient blessées; les guerres sans cela ne sont jamais populaires et le ressort national laisse en se relâchant les Gouvernemens en défaut. ' Or y le peuple anglais s'est rassasié dç gloire , après avoir vaincu a Waterloo le pren^ier des guerriers ; et s'est nus à l'abri de l'injustice en gardamt ppui lui le droit du plus fort.

Il n'a donc plus de rivaux àujçur^

t lOO )

d'huî en îlurope capables d'excîter en lui les passions qui servent de mobiles de la guerre.

£n effet , Monsieur , VEspagne dans son agonie ne peut plus faire d^ombrage k personne. L'Autriche a des intérêts trop étrangers à c^x de l'Angleterre pour qu'il puisse y avoir jamais un motif populaire de guerre entr'eux^ La

Hollande^ la Suède ni le Danemarck

lie peuvent aspirer à cet honneur. Le nord de TAIlemagne a sans doute quel**ques intérêts maritimes ; mais ces ré^ gions vont être eq proie a des révolutions 9 dg0t les chances les rendront pour long- temps étrangères a la politi-que extérieure.

La France a bu de la gloire jusqu'à son calice ; le monde entier respecte son repos et redoute son réveil.

Il n'y a donc que la Russie qui puisse

avec le temps donner de. l'ombrage à

l'Angleterre. Cette époque arrivera sans

. doute I sans qu'on puisse en assij^uer 1er

Page 1