‹ Lettres de Saint-James (volume 3)Chapitre 8 sur 14 · HUITIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME LETTRE

Da i»** Décembre.

J £ passe ici ^ Monsieur y à Texameti de 1^ seconde question. Uaristocratie doit -elle comprimer ' par la force ^ le peuple qui demande son abdication ?

Je ne connais qu'une espèce de compression sur laquelle on puisse compter:

savoir^ celle des Spartiates sur les Ilotes, et celle des Blancs sur les Nègres. C'està-dire ^ la compression d'une population armée sur une population désarmée ^ d'une population libre y sur une po-* pulation enchaînée. Parce qu'alors les forces physiques répondent des forces morales et la population armée ^ lorsqu'elle a posé ses sentinelles peut dormir en paix. Toutes les autres compressions me paraissent impuissantes.

' le ne croîs pas que Paristocratie anglaise puisse comprimer le peuple à la manière que j'indique : parce que les mceurs et les forces Fempéchent ; et toute autre compression Firriterait sans le contenir. Il me semble donc que IV ristocratie doit se borner a être forte ^ pour n'être pas comprimée; c'est-à-dire ^ qu'elle doit prendre ses mesures afin d'assurer sa légitime défense.

Cette légitime défense s'accomplit par l'exécution des lois qui la garan-* tissent et par l'appareil d'une force cà^ pable d'assurer cette exécution.

Les lois qui ont fondé et garantissent Tordre social qui existe présentement en Angleterre sont faîtes depuis longtemps* Elles ont donc suffi pour établir ce qui est , et pour le maintenir. Elles ont assigné à chacun la place et les droits qu'il exerce. L'aristocratie existe ps^v la vertu de ces loîs< Sa défense est donc légitime» tant qu'elle se borne a assurer leur exécution^ Mais si cette aristocratie

( 55 ) use du pouvoir législatif dont elle est revêtue^ pour faire en sa faveur de nou; velles lois ^ soit d'exception ^ soit de circonstances ; il n'y a plus rien de légitime dans sa défen$îe; car elle dénatur<( le pacte scicial et emploie les forces qu'il à mis à sa disposition pour protéger de nouveaux droits et de nouvelles institutions.

De telles lois faites au moment du danger seraient impolitiques , puisqu'elles donneraient au peuple lé prétexté qui lui manque pour aocùser ses institutions. Ce serait^ au contraire^ une .belle attitude poi^r l'aristocratie que celle de rester impassible sous l'abri des lois« Elle pouvrait aloDS laf invo^ quer pour elle , parce qu'elle y serait restée fidèle. Elle pourrait en exiger l'exécution avec un appareil aussi sé^i^èce que redoutable.

Il n'y a nul doute ,, Monsieur , que les lois suffisantes pour maintenir l'ordre social existcint depuis long- temps ^ pa£

, (56) la raison que cet ordre s'est réalise y et parce que cette espèce de lois est toujours la première qu'on fait en tout

pays.

Ce n'est jamais faute dç. cçs lois que les Gouyernemens périssent : ce n'est que fauté de la force politique necesr saire pour les faire exécuter.

Or y cette force ne manque pas en .Angleterre ; elle y surabonde ^ au con* traire y et l'aristocratie n'a qu'à en faire montre pour être la plus forte.

Le Gouvernemeat a fait jusqu'ici le

contraire de ce qiie je viens y Monsieur^

. de vous exposer» Il a demandé des lois

d'exceptioa et n'a pas fait montre de sesr

forces. -

C'est une faute , au reste , qui n'est pas grave, parce qu'on peut en revenir.

Les lois de circonstances dont il a fait jusqu'ici la demande, demande qui équivaut à une obtention. Ces lois, ne dénaturent pas la constitution d'une ma--

. (57) nière ineffaçable. S'il s'arrête à ce; terme « le mal pourra se re'parer.

Mais le Gouvernement a oublie de s'entourer des forces que la Loi met a sa dispositio n > et il n'a pas de temps à perdre pour en faire usage.

11 s'est borné ^ en effet y à mettre sur pied dix ou douze mille fantassins , au lieu des deux cent mille volontaires qui sont a ses ordres» Or y dans le débat qui se prépare^ les milices seules en s'armant pour leur propre cause peuvent en* noblir leur victoire ou leur défaite.

Le Gouvernement anglais a pour associé dans sa cause deux millions d'individqs. Une telle' population peut facilement mettre sous les armes deux cent mille volontaires : puisque ce nombre n'est que le dix pour cent de cette population^ L'armée de ligne leur servira d'auxiliaires et cette force nationale imprimera un grand caractère au parti qui la déploiera : car elle ne

sera pas seulemeat matérielle;. mais cjje sera a la fois morale et politique.

La réorganisation des milices volon^ taires ne peut tarder : car si le Gouvernement ne la provoque pas^ elle se fera d^elle-méme y parce qûHl y a des choses que le bon sens enfante sans secours étranger.

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