‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 10 sur 50 · A NOTRE CHER FILS CHARLES, PRÊTRE-CARDINAL · texte numérisé non relu

A NOTRE CHER FILS CHARLES, PRÊTRE-CARDINAL

DU TITRE DE SAINTE-APOLLINAIRE , DIT DE LOR- RAINE, NOTRE LÉGAT ET CELUI DU SAINT-SIÈGE.

Notre cher fils, salut et bénédiction apostolique.

Dans la guerre abominable que les hérétiques , ennemis de Dieu tout-puissant , de la paix et de la tranquillité de ce royaume, font avec le plus grand acharnement à la foi catholique et au roi très chrétien , vous ne pouvez pas douter que les yeux de tous les princes catholiques, et surtout nos yeux paternels , ne soient fixés sur vous et sur toutes vos actions. C’est là la suite nécessaire de votre prudence reconnue dans la négociation des choses du plus haut intérêt , et de la grande autorité dont vous jouissez à si juste titre auprès du roi , dans le gouvernement des affaires du royaume.

1 Édition Goubau , livre 3 , lettre 5 , p. 1 38. — Sommaire : Saint Pie V exhorte le cardinal Charles de Lorraine à terr miner la guerre contre les hérétiques , et à faire en sorte que leurs biens soient confisqués sans exception.

Pour ce motif, nous, que notre sollicitude pastorale et nos soins paternels pour la France font attendre dans la plus cruelle anxiété et perplexité d’esprit, comme il est naturel, l’événement décisif et la fin de toutes ces choses , nous avons cru que, dans ces circonstances, nous ne devions négliger auprès de vous aucune tentative pour rendre quelques services à la cause de la religion catholique, en faveur de laquelle nous verserions tout notre sang. Et , puisque nous sentons (ce que dans votre sagesse vous sentez aussi vous-même) que la chose principale pour obtenir la victoire dans cette guerre périlleuse , consiste à se procurer et à préparer avec la plus grande activité tout ce qui est nécessaire pour combattre les ennemis , à ne pas perdre l’occasion d’atteindre le but proposé, et à ne pas laisser aux ennemis le temps de rassembler plus de forces qu’ils n’ont maintenant, nous exhortons ardemment et nous excitons Votre Prudence , par cette lettre , à apprêter avec la plus extrême diligence toutes les choses nécessaires pour l’attaque et la défaite des ennemis , afin de montrer à tous que vous n’avez manqué ni de bonne volonté ni de pouvoir, pour porter du secours à la religion catholique , exposée en France aux plus grands périls , et pour empêcher la ruine

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de ce royaume. Ce qui nous cause cependant, à nous et à tout le monde , le plus grand étonnement, c’est qu’un infâme, appelé prince cFOrange 1 , demeure dans le royaume avec ses troupes, tout comme s’il n’étoit pas ennemi, de manière que , sans que personne y mette obstacle , il nourrit une armée composée de la lie de tous les hérétiques , au moyen des rapines et des pillages qu’il exerce dans les champs , et de la ruine de toutes les propriétés.

Nous remarquons aussi avec douleur qu’on n’a pas encore mis à exécution ce qui de voit déjà avoir été fait d’après l’édit du roi , savoir la confiscation des biens des hérétiques : cela eût été très utile pour retenir dans la foi ceux qui chanceloient, et pour éloigner avec effroi tous les au- ■ très , de la société abominable des hérétiques, et de toute amitié avec eux *.

Nous ne demandons pas seulement que vous mettiez le plus grand zèle vous-même à faire ce

1 Nefarius ille vocatus Aurangiæ princeps.

- a Illud etiam quod in edicto regis jamdudum factum esse oportebat, ut scilicet hæreticorum bona publicarentur, quodque valde utile fuisset ad dubios in fide retinendos , cæterosque omnes ab hujusmodi nefaria cum hæreticis societate conjunctionequedeterrendos, non sine dolore miramur factum adhuc non fuisse.

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que nous désirons , mais nous vous prions aussi d’enflammer l’esprit du roi , de la reine , et de tous ceux qu’ils emploient dans cette guerre ; et de les exciter, tant à exécuter avec activité ce qui a été négligé jusqu’à ce moment , qu’à préparer diligemment et sans retard tout ce qui peut contribuer, en faisant vaincre et dompter les ennemis , à mettre fin à cette guerre désastreuse. C’est maintenant qu’en y employant la promptitude et l’ardeur nécessaires à une pareille entreprise, les ennemis pourront facilement être mis en fuite; mais si on néglige plus longtemps de se procurer les choses indispensables au succès, outre que par une guerre prolongée on épuise le trésor royal , à tel point que dans la suite il ne pourra plus suffire aux frais de l’entreprise, il est encore à craindre que le courage et les forces des ennemis croissant de jour en jour par ces délais , le roi (puisse Dieu ne pas le permettre !) ne se trouve finalement en danger de perdre et le trône et la vie.

Il faut que vous vous efforciez , vous et tous les catholiques, à communiquer votre ardeur à tous les esprits , et à faire cesser ces , délais aussi dangereux qu’inutiles , de peur que , si on laisse aux ennemis le temps de réunir des forces plus considérables, ils ne fassent encore de plus grands

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progrès , et que le sort des combats n’en devienne de plus en plus incertain. Si vous réussissez ( et nous ne doutons pas que votre piété envers Dieu et votre dévouement pour la religion catholique ne vous fassent faire pour cela tout ce qui dépendra de vous ) , vous recueillerez les louanges générales pour avoir rendu la tranquillité et la sûreté au royaume , pour y avoir rétabli la religion catholique. La victoire que nous pourrons alors . espérer avec l’aide de Dieu, le secours des fidèles soutenant vigoureusement la cause de la religion, qui est aussi la leur; cette victoire , disons-nous , résultat de vos conseils et de vos favorables dispositions, ne sera pas plus glorieuse que ne le sera pour vous-même ce que vous aurez fait pour la faire obtenir. Rien ne pourroit arriver qui nous fût plus agréable et que nous eussions plus ardemment désiré, rien qui vous apportât plus d’hopneur et de gloire.

Nons avons pleine confiance en vous ; nous savons que spontanément vous rendrez et les services que nous vous demandons , et tous ceux en un mot qu’exigent de vous la défense de la religion catholique et les dangers de la France , réduite à deux doigts de sa perte. Néanmoins , notre devoir et le haut intérêt de la chose nous ont

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fait croire qu’une exhortation paternelle de notre part ne devoit point être négligée.

Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur, le 17 janvier 1569, la quatrième année de notre pontificat.

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