A NOTRE CHER FILS CHARLES, PRÊTRE-CARDINAL
DU TITRE DE SAINT-CHRYSOGONE, DIT DE BOUR- BON, LÉGAT A LATERE A AVIGNON.
Notre cher fils , salut et bénédiction apostolique.
Votre prudence dans les occasions importantes , déjà généralement reconnue , et la grande autorité dont vous jouissez si justement auprès de notre fils en Jésus-Christ, le roi très chrétien , dans les ‘ affaires qui concernent le gouvernement du royaume , font que les yeux de tous les princes catholiques , et surtout nos yeux paternels , sont principalement tournés vers vous, dans l’espoir que vous terminerez cette guerre abominable, que les habiles chefs des impies hérétiques ont déclarée à Dieu tout-puissant, à la foi catholique et au roi très chrétien.
C’est pourquoi , notre sollicitude pastorale et
■ Édition Goubau , livre 3 , lettre 4 , p. 1 35. — Sommaire : Saint Pie V exhorte le cardinal Charles de Bourbon à faire en sorte que les hérétiques soient au plus tôt détruits.
dos soins paternels pour la France nous engagent fortement à ne rien négliger, dans un temps si critique , de ce que notre devoir envers vous nous prescrit de faire, concernant tout ce qui pourra vous porter à soutenir la cause de la religion, si chancelante dans vos provinces. Si les circonstances l’exigeoient , nous serions prêt à affronter la mort pour elle.
Cela nous donne le droit de vous exhorter ardemment par nos lettres, et de vous exciter à faire tous vos efforts , à employer toute votre influence, pour qu’on embrasse sérieusement et définitivement le parti le plus propre à opérer enfin la destruction des ennemis implacables de Dieu et du roi , parti sans lequel il sera toujours impossible de poursuivre avec chaleur les opérations de la guerre , et de la conduire à un heureux résultat. Montrez ouvertement à vous qu’il ne vous a manqué ni la volonté ni le pouvoir de venir au secours de la foi catholique, si vivement attaquée en France, et d’empêcher la ruine de l’état. Car si, dans les commencemens , on perd l’occasion de pousse vigoureusement l’entreprise ; si on laisse aux ennemis le temps de rassembler plus de forces qu’ils n’en avoient auparavant , il est à craindre qu’ayant laissé échapper des mains une vie-
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toire qu’il n’eût peut-être pas été difficile d’obtenir sans peine et sans péril, les choses n’en viennent à un point où le roi lui-même (ce que Dieu veuille ne pas permettre ! ) courre le danger de perdre à la fois la couronne et la vie. C’est à cela que l’on s’expose en différant de jour en jour des préparatifs indispensables , et en ne faisant que toujours trop tard, ce qui peut le plus accélérer la réussite.
Outre cela , le trésor royal s’épuise journellement de plus en plus , et bientôt il ne pourra plus suffire aux frais de la guerre 5 les forces de l’ennemi , au contraire , augmentent continuellement : les opérations que la célérité auroit rendu faciles à exécuter, deviennent incertaines et périlleuses par le retard.
Nous vous exhortons, en conséquence , et vous excitons, et nous vous prions instamment d’exhorter et d’exciter le roi très chrétien , la reine, et tous ceux à l’égard desquels vous le croirez nécessaire , et dont la coopération aux entreprises de la guerre a été jugée efficace, à ne point perdre de vue ces considérations. Là louange que vous mériterez de la part de tous les hommes, par vos bonnes intentions et vos actions en cette occurrence, ne sera pas moindre que la gloire du succès par lequel vous aurez réta-
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bli la tranquillité et la sécurité dans le royaume ; par lequel vous y aurez consolidé et propagé la religion catholique. Rien ne saurait arriver de plus agréable et de plus désiré pour nous , rien de plus convenable et de plus glorieux pour vous.
La grandeur des intérêts dont nous traitons, et les dangers du royaume réduit à la dernière extrémité, exigeraient peut-être de plus longs développemens ; mais votre amour reconnu pour la religion catholique , et le zèle dont nous n’ignorons pas que vous êtes animé pour l’honneur divin , n’exigent pas que nous nous arrêtions davantage sur ces choses avec vous. Nous savions déjà que vous étiez doué d’une assez grande piété envers Dieu , pour vous offrir de vous-même à aider l’état dans un péril si imminent; cependant nous avons cru que nos exhortations paternelles n’auroient pas peu contribué au but que nous nous proposions.
Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur, le 17 janvier i56g, la quatrième année de notre pontificat.
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LETTRE X'