LETTRE XI
A NOTRE TRÈS CHER FILS EN JÉSUS-CHRIST, CHARLES, ROI TRÈS CHRÉTIEN DES FRANÇOIS.
Notre très cher fils en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.
Notre sollicitude pour vous et pour votre royaume, qui se trouve dans un état si critique , nous portant à remplir vos vœux, nous envoyons à Votre Majesté, au nom de Dieu tout-puissant, des troupes auxiliaires , tant d’infanterie que de cavalerie , comme elle nous l’a demandé. Nous les envoyons dans l’espoir qu’elles serviront à vous sauver vous-même et à sauver votre royaume , dans la guerre que les hérétiques , ces ennemis de Dieu et de l’église catholique , animés des intentions les plus hostiles, ne cessent de vous faire , ainsi qu’à vos états.
■ Édition Goubau livre 3 , lettre 9 , p. 148. — Sommaire : Saint Pie V envoie des troupes auxiliaires en France contre les hérétiques , sous le commandement de Sfarza , comte de Santafiore , et il supplie le Seigneur d’accorder la victoire aux catholiques.
C’est pourquoi nous avons enjoint à notre cher fils, noble homme, Sforza, général en chef de ces troupes , d’obéir à vos commandemens , et de se tenir prêt à exécuter tous les ordres qu’il recevrait de vous , et à s’y conformer sans délai. Ce guerrier , excité par nos paroles et enflammé spontanément par l’éminent courage militaire qui le porte aux grandes actions, se rend auprès de vous avec ses soldats , dans le seul dessein d’exposer , dans cette guerre , sa personne et son armée à tous les périls et à la mort , pour l’honneur de Dieu et pour le salut du royaume. Nous le recommandons avec ses troupes à Votre Majesté , surtout afin qu’il ne leur manque jamais les moyens de se procurer en France , à leurs frais , les provisions et les autres choses indispensables à la vie et au service, sans lesquelles ce capitaine ne pourrait ni pourvoir à sa subsistance , ni faire pour vous ce que nous désirons qu’il fasse. Nous voulons que Votre Majesté l’emploie , quant au reste, sans restriction aucune , pour tout ce qui lui paraîtra nécessaire ou avantageux dans le courant de la guerre. De notre côté , nous aurons soin de ne le laisser jamais manquer de solde, ni pour lui-même ni pour ses soldats , tout le temps qu’ils pourront vous être utiles.
Nous avons agi en tout ceci et nous agirons
toujours avec tout le zèle et toute l’activité qu’exigent de nous les intérêts de la religion catholique , le danger auquel vous et votre royaume êtes exposés , et notre attachement paternel pour votre personne. Nous prions Dieu tout-puissant , qui est le seigneur des armées, le roi des rois , et qui dirige et gouverne tout par sa sagesse, d’accorder miséricordieusement à Votre Majesté la victoire sur nos ennemis communs , et de donner enfin à ce royaume la paix et la tranquillité, que nous désirons d’obtenir dans le Seigneur , et que nous ne cessons de demander par nos supplications les plus assidues. Lorsque Dieu , comme nous l’espérons, nous aura, dans sa bénignité, fait remporter la victoire, il appartiendra à vous alors de punir avec la plus extrême rigueur les hérétiques et leurs chefs, parce que ce sont les ennemis de Dieu, et de venger légitimement sur eux, non - seulement vos propres injures, mais encore celles de Dieu tout-puissant , afin qu’ils portent la peine due à leur scélératesse , et que ce soit celle-là même que vous , l’exécuteur de l’équitable jugement de Dieu , leur aurez infligée '.
* Tuæ partes crunt hæreticos eorumque duces , utpote Dei hostes , omni severitatis anirnadversione adhibita , punirc , in
Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur , le 6 mars 1 56g , quatrième année de notre pontificat.
eosque , ut æquum est , non solum tuas, sed omnipotentis Dei injurias juste ulcisci ; ut , quas pro sceleribus pœnas meriti sunt , eas , te justum Dei contra eos judicium exequente , persolvant.
•fi.
LETTRES
LETTRE XIT.
A NOTRE TRÈS CHER FILS EN JÉSUS-CHRIST, CHARLES, ROI TRÈS CHRÉTIEN DES FRANÇOIS.
Notre très cher fils en Jésus-Christ , salut et bénédiction apostolique.
Dès que nous avons reçu la nouvelle si désirée du succès que notre cher fils, le noble duc d’Anjou, frère de Votre Majesté, a remporté, Dieu aidant , sur les rebelles , ennemis de Dieu et de l’église, et que nous avons su quil avoit tué celui qui étoit la cause de tous les troubles et de toutes les séditions , en un mot , le chef de l’armée des hérétiques levant les mains vers
• Édition Goulxm , livre 3 , lettre i o , p. 1 5 1 . — Sommaire : U armée des hérétiques ayant été battue à J (imac, et le prince de Condéy ayant été tué , saint Pie P complimente le roi sur cette victoire , et F excite à poursuivre les autres hérétiques jusqu'à leur entière extermination.
» Le prince de Coudé , chef de cette canaille , dit le révérend père traducteur de la Piedu très saintPie P , écrite en italien par un autre révérend père , le P. Caraccia de Rivalta , au chapitre ai ,page i 3 i ; Valenciennes , 1637.
DE 8AINT PIE V.
les cieux, nous nous sommes empressé de rendre, dans l’humilité de notre cœur , des actions de grâces à Dieu tout-puissant qui , en vous accordant cette victoire , a répandu bénignement sur nous tant de trésors de sa miséricorde. Votre Majesté doit reconnoître cet insigne don de la divine clémence , en le recevant avec une pieuse gratitude, et en le rapportant entièrement à Dieu qui , aussitôt qu’il l’a voulu , a frappé de sa main puissante et a renversé ses ennemis et les vôtres.
Mais, plus le Seigneur nous a traités vous et moi avec bonté, plus vous devez profiter avec soin et dihgence de l’occasion que vous offre cette victoire , pour poursuivre et détruire tout ce qui reste encore d’ennemis, pour arracher entièrement toutes les racines et jusqu’aux moindres fibres des racines d’un mal si terrible et si fortement établi *. Car, à moins de les avoir radicalement extirpées, on les verra repousser de nouveau, et de même qu’il est arrivé déjà plusieurs fois, le mal reparoîtra lorsque Votre Majesté s’y attendra le moins.
1 Sed quanto benignius tecum nobiscumque cgit Deus , tanto cnixius ac diligcntius hujus occasione Victoria? enitcndum est tibi , ut eorum qui restant hostium reliquias persequaris atque conficias ; omnes tanti tamque corroborati inali radices , atque eliarn radicuin tibias , iunditus evellas.
LETTRES
A cet effet, ce qu’il y a de plus utile à faire, c’est d’occuper les places les plus fortes de la Navarre, et de les garnir de troupes catholiques, commandées par des chefs qui vous sont dévoués : de cette manière , vous empêcherez qu’aucune crainte de mouvement séditieux ou d’une nouvelle guerre ne naisse de ce côté-là.
Nous vous exhortons par la sincère sollicitude paternelle que nous avons pour vous et pour votre royaume à prendre ce parti, et à ne plus laisser aux ennemis communs la moindre possibilité de se soulever contre les catholiques; nous vous y exhortons avec toute la force > toute l’ardeur, tout le désir de vous voir hors de danger, dont nous soyons capable. Vous y parviendrez, si aucun respect humain en faveur des personnes ou des choses ne peut vous induire à épargner les ennemis de Dieu, qui n’ont jamais épargné Dieu, qui ne vous ont jamais épargné vous-même T .
* Hoc autem faciès , si nullarum personarum rerumque humanarum respectus te in eam mentem adducere poterit, ut Dei hostibus parcas , qui Dco neque tibi unquam pepercerunt : non enim aliter Deum placare poteris , quam si Dei injurias sceleratissimorura hominum débita pœna severissime ulciscaris. Proponat sibi ante oculos Ma j estas Tua Saillis regis exemplum ; qui cum a Deo per Samuelem prophetam jussus esset Amalecitas , infidèles populos , ita percutere , ut eis
Car, vous ne réussirez point à détourner la colère de Dieu, si ce n’est en le vengeant rigoureusement des scélérats qui l’ont offensé , et en leur infligeant la punition qu’ils méritent.
Que Votre Majesté prenne pour exemple et ne perde jamais de vue ce qui arriva au roi Saül : il avoit reçu l’ordre de Dieu, par la bouche du prophète Samuel, de combattre et d’exterminer de telle manière les infidèles Amalécites, qu’il n’en épargnât aucun, dans aucun cas et sous aucun prétexte. Mais il n’obéit point à la volonté et à la voix de Dieu; il fit grâce au roi des Amalécites lui-même, et tint en réserve ce qu’il avoit de plus précieux : aussi, peu de temps après, sévèrement réprimandé par le même prophète qui l’avoit sacré roi , il fut enfin privé du trône et de la vie.
Par cet exemple, Dieu a voulu enseigner à tous les rois, que négliger la vengeance des outrages qui lui sont faits, c’est provoquer sa colère et son in-
nullo modo quavis de causa parceret ; quia Dei voluntati et voci non obedivit, regemque ipsum Amalecitarum incolumcm scrvavit , ejusque rebus melioribus pepercit , paulo post per eum dein a quo rex unctus fuerat prophetam , severe admodum increpitus , et denique rcgno ipso et vita spoliatus est. Quo quidem exemplo , Deus admonere voluit omnes regcs, ne, contempta suarum injuriarum ultione,ejus inseipsos iram atque indignationcm provocareut.
LETTRES
dignation contre eux - mêmes. Si Votre Majesté , comme elle a toujours fait, continue, dans la rectitude de ses intentions et la simplicité de son cœur, à n’agir ouvertement et franchement que pour l’honneur de Dieu et les intérêts de la religion catholique, elle peut être assurée que le secours de Dieu ne lui manquera jamais, jusqu’à ce que tous ses ennemis soient dissipés par elle, et que l’ancien culte de la religion catholique soit rétabli dans ce royaume, pour la gloire de ce même Dieu et le salut des âmes. Nous demandons humblement au ciel, par nos prières journalières, qu’il daigne miséricordieusement nous accorder , à vous et à nous , cette grâce.
Donné à Saint-Pierre de Rome, sous l’anneau du pêcheur, le 28 mars 1569, la quatrième année de notre règne.
de saint tie V.
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