‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 12 sur 50 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

A NOTRE TRÈS CHÈRE FILLE EN JÉSUS-CHRIST , CA- THERINE , REINE TRÈS CHRÉTIENNE DES FRANÇOIS.

Notre très chère fille en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.

Aussitôt que nous avons reçu la nouvelle si agréable et si désirée de la victoire que le noble duc d’Anjou , notre cher fils et le vôtre , venoit de remporter sur les ennemis de Dieu et de l’église , levant les mains au ciel , nous avons humblement rendu grâce à Dieu tout-puissant, qui a accordé à Votre Majesté et à nous-même un succès si brillant, et qui, en faisant succomber celui qui étoit l’auteur de tous les troubles , l’instigateur et le chef de cette horrible guerre , a daigné répandre sur nous tant de trésors de sa miséricorde. Votre Majesté a reçu de notre Rédempteur un bienfait tout particulier : il faut qu’elle lui en conserve toujours une pieuse reconnoissance.

Mais, plus le Seigneur vous a comblés de scs

* Édition Goubau , livre 3 , lettre h , p. 1 54- — Sommaire : Même objet que la lettre précédente.

LETTRES

bontés, vous et notre très cher fils en Jésus-Christ 5 le roi très chrétien , à qui vous avez donné le jour, plus Votre Majesté doit mettre tous ses soins, non -seulement à poursuivre et à détruire ce qui reste encore d’ennemis, mais aussi à arracher entièrement et à anéantir toutes les racines d’un mal si effroyable : car , si on ne les extirpe pas radicalement, il est à craindre que, comme nous l’avons déjà éprouvé, elles ne repoussent et ne pullulent de nouveau, lorsque Votre Majesté s’attendra le moins à les voir reparoître. Il faut occuper les places fortifiées de la province de Navarre , et les munir de fortes garnisons de soldats et de chefs catholiques et fidèles; il faut les mettre tellement en sûreté, que de ce côté il ne puisse plus se montrer aucune apparence de sédition ni de guerre. Qu’on n’épargne d’aucune manière , ni sous aucun prétexte , les ennemis de Dieu ; mais qu’on les traite rigoureusement, eux qui n’ont jamais épargné ni vos enfans ni Dieu lui-même La colère de Dieu ne sauroit être apaisée autrement que par la juste vengeance que vous prendrez des insultes qui lui ont été faites.

1 Nullo modo , nullisque de causis , hostibus Dei parcendum est ; sed severe cum illis agendum , qui neque Deo neque filiis tuis unquam pepercerunt : neque enim aliter Deus placari potest , nisi ipsius injurias justa ultione vindicaveris.

Si Votre Majesté continue, comme elle a fait constamment , dans la rectitude de son âme et dans

la simplicité de son cœur , à ne chercher que l’hon-

neur de Dieu tout-puissant, et à combattre ouvertement et ardemment les ennemis de la religion catholique, j usqu’à ce qu’ils soient tous massacrés 1 , qu’elle soit assurée que le secours divin ne lui manquera jamais , et que Dieu lui préparera , ainsi qu’au roi, son fils, de plus grandes victoires : ce n’est que par Y extermination entière des hérétiques a que le roi pourra rendre à ce noble royaume l’ancien culte de la religion catholique, pour la gloire de son propre nom et pour votre gloire étemelle. C’est là ce que nous devons demander journellement à Dieu dans nos prières.

Donné à Saint-Pierre de Rome, sous l’anneau du pêcheur, le 28 mars 1569, la quatrième année de notre pontificat. : . . . ;

. 1 Ad INTER9ECIONEM USQUE.

2 Deletis omnibus .

LETTRES

Page 1