‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 13 sur 50 · LETTRE X1V · texte numérisé non relu

LETTRE X1V

A NOTRE TRÈS CHÈRE FILLE' EN JÉSUS-CHRIST , CA- THERINE, REINE TRÈS CHRÉTIENNE DES FRANÇOIS.

Très chère fille en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.

A peine les lettres de notre vénérable frère, l’évêque de Cajazzo, notre nonce et celui du siège apostolique auprès de notre très cher enfant en Jésus-Christ, le roi très chrétien, votre fils, nous eurent- elles annoncé, d’une manière certaine et avec tous ses détails, la victoire aussi désirée qu’heureuse que le Seigneur a daigné accorder à vousmême et à votre fils , le roi très chrétien , dans un moment éminemment intéressant pour la république chrétienne , que , levant les mains et les yeux vers ce même Dieu, auteur de toutes les victoires, nous lui rendîmes , dans l’humilité de notre cœur* des actions de grâces pour un bienfait si grand et si extraordinaire. Et, quoique la nouvelle d’une

1 Édition Goubaii, livre 3, lettre 12 , p, i5 6. — Sommaire: Même objet .

victoire de cette importance nous ait, comme de raison, comblé de joie, nous prions Votre Majesté de croire que les sentimens pieux et vraiment religieux manifestés par le roi très chrétien, votre fils, lorsqu’il apprit le succès qu’on venoit de remporter, et qu’il ne songea qu’à en remercier le Seigneur et à chanter ses louanges , nous ont fait au-? tant de plaisir que ce succès lui - même. Le roi; très chrétien a senti que les états ne sauraient être mieux défendus et conservés que par la plus haute vénération pour celui par la bonté duquel les rois eux-mêmes régnent. • - . :

Quant à vous, très chère fille, vous devez mettre tout votre espoir en Dieu , et ne vous laisser 1 effrayer par la crainte d’aucun péril. Pleine de con- i fiance, vous devez, d’accord avec votre fils, le roi très chrétien , employer toutes vos forces pour ven- ■ ger les injures faites à Dieu tout-puissant et à ses serviteurs, en traitant les rebelles avec une juste sé vérité. C’est ainsi seulement que , leur ayant in- , fligé la punition que méritent leurs forfaits , le Seigneur se laissera fléchir; Votre Majesté se conciliera par là la grâce divine, et elle donnera à la postérité im mémorable et utile exemple qui em- , pêchera les autres de se souiller d’une aussi abominable scélératesse. Nous nous sommes d’autant plus empressé de recommander vivement l’affaire

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à Votre Majesté, que nous avons entendu dire que quelques personnes travailloient à sauver un petit nombre de prisonniers, et à obtenir leur mise en liberté. Ayez bien soin que cela n’ait pas lieu, et n’épargnez aucun moyen, aucun effort pour que ces hommes exécrables périssent dans les supplices qui leur sont dus ‘. Tant que cela ne sera pas accompli , la victoire qui vient d’être remportée ne contribuera que pour bien peu de chose au rétablissement de la tranquillité dans le royaume: et, si l’on refuse d’employer cette rigueur nécessaire pour fléchir le Seigneur, il est à craindre que, de même que Dieu n’a vu qu’avec colère le roi Saül négligeant de punir les Amalécites, il ne s’irrite encore bien davantage contre vous et votre fils , pour cela seul qu’il vous a toujours traités avec plus de bonté et de miséricorde.

C’est pourquoi nous conjurons Votre Majesté de nous croire, nous qui n’agissons par aucun motif personnel , mais qui ne sommes mu que par le seul

i Qua de re eo studiosius diligentiusque cum Majestate Tua agendum esse existimavimus , quod dari operam istic ab aliquibus audimus , ut ex eorum hæreticorum qui capti sunt numéro quidam liberantur , inultique abeant : quod ne fiat > atque hommes sceleratissimi justis afficiantur suppliciis , curare te omni studio atque industria oportet.

intérêt de la gloire „de Dieu Nous jugeons sainement ce qui doit être fait en ces circonstances; et parce que nous vous aimons , ainsi que le roi très chrétien, votre fils, d’une affection toute paternelle, nous vous donnons à l’un et à l’autre un conseil excellent, très convenable et le plus utile possible à ce royaume.

Pour ce qui est de nos sentimens pour vous et pour le roi très chrétien, votre fils, et de notre sollicitude paternelle pour vos états, nous voulons que Votre Majesté sache que tout ce que nous serons dans le cas de pouvoir faire, tant par nos forces réelles que par notre autorité, nous y serons toujours pleinement disposé pour le service de tous deux. Et, si jamais tout autre moyen venoit à nous manquer, il ne nous manquera jamais celui que nous avons employé jusqu’à présent, en offrant nos prières à Dieu tout-puissant, et en le suppliant assidûment et avec instances pour le salut de vos âmes, ainsi que pour la prospérité et la tranquillité du royaume. Nous vous présentons, très chère fille, le tribut qui vous est dû de nos salutations ; nous vous donnons notre bénédiction ,

» Qua in re Majestatem Tuam rogamus, ut nobis fidem habeat, qui , quoniam nullis privatis rationibus , sed solo Dei honore ad hoc movemur , quid faciendum sit recte judicamus.

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et nous prions Dieu tout - puissant qu’il vous accorde sa grâce et son assistance.

Donné à Saint-Pierre de Rome, sous Panneau du pêcheur, le i 3 avril 1569, la quatrième année de notre pontificat.

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