‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 14 sur 50 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

A NOTRE CHER FILS, NOBLE HOMME, HENRI, DUC D’ANJOU, FRÈRE DU ROI TRÈS CHRÉTIEN.

Cher fils, noble homme, salut et bénédiction apostolique.

Nous avons reçu la lettre de Votre Noblesse, en date du i4 mars, et notre cœur a éprouvé une grande joie à l’annonce que vous nous faites de la très heureuse victoire qu’il a plu à Dieu tout-puissant de vous accorder, ainsi qu’à nous-mêine, dans sa miséricorde.

Nous avons fait l’accueil qu’il méritoit à notre cher fils, le marquis Rangoni, clievaher de l’ordre royal, que Votre Noblesse nous a envoyé pour être le messager d’une aussi belle victoire; nous l’avons vu et écouté avec plaisir, et nous avons compris, par les discours aussi habiles que prudens qu’il nous a tenus, quel étoit le véritable état des choses. Nous vous remercions comme nous

1 Edition Goubau , livre 3 , lettre 1 3 , p. 1 5g. — Sommaire : Même objet.

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le devons, pour le soin officieux que vous avez mis à vouloir qu’un bienfait de Dieu tout - puissant , d’une si haute importance, nous fût connu le plus tôt possible : nous lui en avons rendu d’humbles actions de grâces, en élevant les yeux et les mains vers notre Rédempteur.

Nous n’ignorons pas combien , après Dieu , sont redevables à votre valeur et à votre courage, nonseulement votre frère lui-même , le roi très chrétien , mais encore toute la France et la religion catholique. Car si , par cette victoire , le roi a reçu, pour ainsi dire, de vos mains son royaume restauré après la crise la plus fatale, la France a senti renaître l’espoir de voir enfin son ancienne tranquillité rétablie, et les catholiques ont été délivrés de l’horrible crainte des périls qui les menaçoient.

Néanmoins , plus elles sont grandes et nombreuses et plus elles sont au - dessus de votre âge les grâces que vous a faites le Seigneur, plus vous devez les accepter avec un cœur religieux et pieux, et les rapporter avec tous les dons d’en haut à la seule bonté divine. Car ce qui vaut mieux que tous les triomphes , que toutes les victoires, c’est de reconnoître le Seigneur comme l’auteur de ces victoires , et de le servir avec une âme fidèle et

sincere.

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Quoique Votre Noblesse soit assez portée par elle -même vers toutes les actions qui ont de la grandeur et de l’éclat; cependant, pour mieux lui témoigner notre amour paternel , nous l’exhortons à profiter de la victoire , en montrant toute la confiance en Dieu, et en déployant toute la vigueur qu’un tel bienfait mérite. Ne laissez pas aux ennemis le temps de se reconnoître ; n’épargnez rien pour retenir vos partisans dans la crainte et la vénération de Dieu tout-puissant.

Nous prions en outre Votre Noblesse de ne point cesser d’exciter son frère, notre très cher fils en Jésus-Christ, le roi très chrétien, par ses exhortations fraternelles, à punir avec la plus grande sévérité les rebelles à son autorité. Es ont troublé la tranquillité publique du royaume; ils ont 7 autant qu’ils l’ont pu, nui à la religion catholique ; ils ont incendié les temples , cruellement assassiné les prêtres de Dieu tout-puissant , et ont commis un nombre infini d’autres crimes : ils sont dignes par là d’ètre livrés aux supplices déterminés par la loi. Si quelqu’un d’entre eux cherchoit à éviter la punition qu’il mérite, en implorant l’intercession de Votre Noblesse auprès du roi , son frère, vous devez, en vertu de votre piété envers Dieu et de votre zèle pour son honneur divin, rejeter ses prières et celles de quiconque

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vous parlera en leur faveur; vous devez vous montrer justement inexorable pour tous

Si vous en agissez autrement, vous offenserez le Seigneur; vous soignerez mal les intérêts de la sûreté de votre frère et de la vôtre , et ceux de la tranquillité du royaume. Suivez nos conseils, et nous espérons que le dieu des armées portera de jour en jour de plus rudes coups à ses ennemis , qui sont les vôtres , jusqu’à ce que leurs forces étant détruites, la France retrouve son ancienne sécurité avec la paix. C’est ce que nous ne nous lassons pas de demander à Dieu dans nos prières continuelles.

Nous vous donnons, très cher fils, notre bénédiction apostolique.

De Rome, à Saint-Pierre, sous l’anneau du pêcheur, le i3 avril i56g, la quatrième année de notre pontificat.

i Debes pro tua in Deum pietate , divinique honoris zclo , omnium pro illis rogantium preces repudiare, et æque omnibus inexoràbilem te præbere.

DE SAINT FIE Y

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