LETTRE XVI
A NOTRE CHER FILS CHARLES, PRÊTRE— CARDINAL DU TITRE DE SAINTE-APOLLINAIRE , APPELÉ DE LORRAINE, NOTRE LÉGAT ET CELUI DU SAINT-SIÈGE.
Notre cher fils, salut et bénédiction apostolique.
S’il est quelqu’un entre tous les princes catholiques et même entre tous les fidèles (et par la bonté de Dieu nous en ayons trouvé plusieurs en France) que nous ayons cru devoir féliciter de la victoire qui vient d’être remportée si à propos, certes c’est bien vous à qui nous voulons adresser ce compliment, avec le témoignage distingué de notre affection paternelle. Car, non - seulement vous êtes doué d’une piété singulière envers Dieu, et vous êtes tellement enflammé de l’amour de la religion catholique , que personne n’a pu ressentir de ce bonheur une joie plus vive; mais aussi nous avons appris que c’est, avec l’aide de Dieu, à vos
1 Édition Goubau , livre 3 , lettre i 4 , p. 161 . — Sommaire : Même objet .
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sages conseils et à vos prudens avertissemens que la république chrétienne est en grande partie redevable dans ce royaume d’un si brillant succès : c’est pourquoi, les yeux et les mains levés vers Dieu tout-puissant, l’auteur de tous biens, nous l’avons supplié d’agréer les actions de grâces que nous lui avons offertes dans l’humilité de notre cœur pour un pareil bienfait.
Cependant nous croyons que, vu votre sagacité généralement reconnue , vous ne vous serez pas dissimulé que cette victoire n’aura contribué en rien , ou du moins qu’en bien peu de chose , au principal but que nous voulons atteindre , à moins que vous d’abord, cher fils, et puis tous ceux qui jouissent de plus de faveur et d’une plus grande influence auprès du roi, ne mettiez tous vos soins et ne fassiez tous vos efforts, afin que dans tout le royaume la religion catholique seule soit reçue et observée par tout le monde, tant publiquement que dans l’intérieur des consciences. Pour y parvenir , il nous paroit que rien n’est plus nécessaire que de ne pas laisser aux ennemis le temps de se rallier , et de punir très sévèrement des peines et des supplices statués par les lois, ceux qui ont été la cause de tant de troubles et de séditions Car 5
1 Etilliqui tantaium seditionum perturbationumque cau-
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pour ne pas rappeler ici la paix et la tranquillité détruites dans le royaume , et le roi lui-même si souvent exposé aux embûches et aux tentatives d’assassinat, nous nous contentons de vous représenter nos saints temples en partie brûlés, en partie renversés, en partie profanés; nos prêtres cruellement massacrés ; la foi catholique attaquée avec acharnement; et nous dirons que, certes, Dieu nesauroit être apaisé autrement que par la juste punition des hommes abominables qui ont commis ces atroces forfaits et bien d’autres encore
C’est pourquoi, en même temps que nous remplissons le devoir de vous complimenter paternellement sur votre prudence et votre sagesse, nous vous conjurons fortement, et nous vous y exhortons beaucoup, de ne jamais cesser d’exciter notre cher fils en Jésus-Christ, le roi très chrétien , à se venger de ses ennemis , qui sont ceux de Dieu tout-puissant *. Cherchez à le convaincre de cette
sa fuerunt, severissime his quæ legibus statuta sunt, suppliciis ac pœnis afficiantur.
' Deus ipse certe aliter placari non potest , nisi
justis sceleratissimorum hominnm illorum pœnis.
, Itaque Circumspectionem Tuam magnopere
hortamur ac rogamns, ut clarissimi nobis in Christo filii ,
LETTRES
vérité notoire, que Sa Majesté ne pourra satisfaire le Rédempteur, ni obéira ses lois, qu’elle ne pourra enfin travailler à la prospérité du royaume, qu’en se montrant inexorable envers tous ceux qui oseront prendre auprès d’elle le parti de ces scélérats
La confiance que nous avons dans vos lumières et dans le zèle dont vous êtes animé pour l’honneur de Dieu, ne nous laisse aucun doute sur l’activité que vous mettrez à suivre nos conseils : toutefois voulant, dans notre sollicitude pastorale, nous acquitter de l’obligation qui nous a été imposée» sachant d’ailleurs que nous devrons un jour en rendre compte au pasteur étemel , rien n’a pu nous détourner du soin de vous rappeler paternellement des devoirs si importans pour le service du Seigneur. Nous sommes assuré que , dans votre sagesse, vous ferez tout ce que vous inspirera le désir de relever la cause de Dieu tout-puissant, et de rétablir la religion catholique en France; et que, de même que vous avez fait jusqu’à ce moment , vous n’aurez pour cela aucunement besoin de nos
christianissimi regis , ad Dei omnipotentis suosque hostes juste ulcisccndos incitare ne désistât.
1 Quam si omnibus bis , qui pro sceleratissimis hominibus rogare audebunt, se inexorabilem præbeat.
avis ou de nos exhortations paternelles , ni de celles de qui que ce soit. Puisse Dieu tout-puissant > cher fils, en récompense de tant de travaux, augmenter de jour en jour, même en cette vie, le nombre des faveurs dont il vous comble, et vous accorder en l’autre la grâce de goûter les récompenses du bonheur éternel!
Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur, le i3 avril i5 69, la quatrième année de notre pontificat.
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LETTRE XYIT.
A NOTRE TRÈS CHER FILS EN JESUS-CHRIST, CHARLES, ROI TRÈS CHRÉTIEN DES FRANÇOIS.
Très cher fils en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.
Dès que, par les lettres de notre vénérable frère, l’évêque de Cajazzo, notre nonce et celui du siège apostolique auprès de Votre Majesté, nous avons appris d’une manière certaine, et avec tous ses détails, l’heureuse victoire que Dieu tout-puissant s’est plu dans sa bonté à nous accorder , à nousmême , à vous et à tout le peuple catholique ; les mains levées vers le même Dieu, auteur de tous biens , nous lui avons rendu de tout notre cœur d’humbles actions de grâces pour ce bienfait signalé, d’autant plus précieux que, outre l’importance même de la victoire, son opportunité dans les circonstances actuelles prouve d’une manière évidente quelle est due au père de toutes les miséri-
1 Édition Goubau , livre 3 , lettre i 6 ; p. 164. — Sommaire : Même objet .
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cordes. Il étoit louable, très cher fils, que Votre Majesté se conduisit comme nous avons su qu’elle avoit fait réellement , c’est-à-dire qu’elle rapportât pieusement et religieusement cette faveur de la bonté divine à notre Rédempteur , et qu’elle payât le tribut de grâces qu’elle lui devoit. Nous louons beaucoup la piété singulière et la dévotion de Votre Majesté envers Dieu en cette occasion.
Les oeuvres de Dieu étant parfaites, nous avons tout lieu d’espérer que, puisqu’il a protégé jusqu’à ce moment votre tranquillité, et qu’il a daigné défendre sa propre cause contre ses ennemis et les vôtres, il continuera miséricordieusement à l’avenir à vous être favorable, et qu’il vous accordera les forces nécessaires pour rétablir dans vos états la paix et l’ordre qui y régnoient autrefois, afin que vous en jouissiez de la même manière et avec le même pouvoir que les illustres rois , vos aïeux et vos prédécesseurs. Il faut en conséquence que Votre Majesté tienne pour certain que cela ne pourra jamais avoir lieu , tant que tout le royaume n’embrassera pas unanimement et ne conservera pas fidèlement la seule et même religion catholique. Pour y parvenir, avec l’aide de Dieu, il est nécessaire que Votre Majesté sévisse sans pitié contre les ennemis de Dieu, ses propres sujets rebelles, en les punissant des justes peines
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et des supplices statués par les lois ' : non pas à cause de la guerre qu’ils vous ont faite, et du dommage qu’ils ont voulu porter à votre pouvoir et à votre personne, mais parce qu’ils ont troublé la tranquillité publique de la France; qu’ils ont, autant qu’il ^ été en eux , cherché à détruire la religion catholique; qu’ils ont bridé , renversé, profané les temples dédiés au très saint culte de Dieu; qu’ils ont cruellement mis à mort les prêtres de Dieu tout-puissant ; qu’ils ont versé le sang des innocens, et qu’ils ont fortement et gravement offensé les yeux de la divine majesté par les forfaits innombrables qu’ils ont commis envers Dieu et envers les hommes.
Car si , mu par un motif quelconque , vous négligiez de poursuivre et de punir les injures faites à Dieu (ce que nous sommes loin de croire), certes , vous finiriez par lasser sa patience et par provoquer sa colère \ Plus il vous a traité avec dou-
* Quod ut , adjuvante Deo , ad effectum adduci possit , necesse est Majestatem Tuam in hostes Dei rebellesque suos, justis pœnis, justisque suppliciis quæ legibus statuta sunt, severe animadvertere. .
’ Nam si ea de quibus Deus offenditur insectari
atque ulcisci distuleris, certe ad irascendum ejus patientiam provocabis; qui quo tecum egit benignius, eo debes acrius illius injurias vindicare. Qua in re, nullius preces admit-
ceur , plus ardemment vous devez venger les affronts qu’il a soufferts. En. cela, il faut que vous n’écoutiez les prières de qui que ce soit*, que vous ne cédiez ni à l’amitié ni aux liens du sang : mais vous devez vous montrer inexorable pour tous ceux qui oseroient vous parler en faveur des plus scélérats des hommes. Nous vous y exhortons autant que le comportent notre amour de père et notre office de pasteur. Nous ne doutons pas que vous ne l’eussiez fait de votre propre mouvement *, cependant nous avons vouluexciter Votre Majesté par nos avis paternels, quoique nous eussions toutes les preuves possibles de l’activité de son zèle.
En nous acquittant du devoir de vous présenter nos salutations, nous vous accordons aussi très amoureusement notre bénédiction; nous prions Dieu tout-puissant de vous faire jouir de la sécurité et de la paix dans ce monde et dans l’autre; et, en récompense des travaux d’une guerre si pieuse, de vous assigner le prix de la vie étemelle.
. Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur , le i3 avril 156g, la- quatrième année de notre pontificat.
tere, nihil cujusquam sanguini et propinquitati concedere, sed omnibus qui pro scelestissimis hominibus rogare audent’, inexorabilem te præbere oportet.