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LETTRE XX

A NOTRE CHER FILS CHARLES, PRETRE-CARDINAL DU TITRE DE SAINTE- APOLLINAIRE, APPELÉ DE LORRAINE, NOTRE LÉGAT, AINSI QUE CELUI DU SIÈGE APOSTOLIQUE.

Notre cher fils , salut et bénédiction apostolique.

La guerre que notre très cher fils en Jésus- Christ , le roi très chrétien , a entreprise pour sa propre sûreté, pour l’intégrité de la France et pour la religion catholique , contre les hérétiques rebelles de ses états, avec autant de piété envers Dieu tout-puissant que d’utilité pour lui-même et pour les siens , nous désirons qu’il la dirige de manière à ce qu’il puisse , avec l’aide de Dieu , la terminer comme nous l’entendons. Vous aurez senti cela en nous voyant , autant que le permettoient nos moyens, mettre tout en œuvre pour

1 Édition Goubau } livre 3 , lettre 29, p. 197. — Sommaire : Saint Pie V fait en aorte que la guerre soit conduite par des hommes dévoués et d’une même opinion .

atteindre plus facilement et plus promptement le but désiré.

Maintenant que la fin de la guerre paroît être plus que jamais imminente , notre sollicitude paternelle nous fait considérer toute négligence à cet égard comme la plus grande faute contre les devoirs de notre charge. C’est pourquoi, bien que nous sachions que vous n’êtes pas moins diligent que nous, lorsqu’il s’agit de tout connoitre,ni moins circonspect quand il faut tout prévoir; cependant, si par hasard , et nous espérons le contraire , il y avoit quelques uns de ceux dont le roi très chrétien se sert dans cette guerre , en qualité de conseillers ou d’exécuteurs de ses volontés , qui , pour des motifs d’intérêt personnel, ne fussent pas d’accord dans leurs opinions ou dans leurs discours, sur la défense de la religion catholique et de la sûreté du roi , qui en dépend , avec ceux qui pensent bien à cet égard - r mu par les sentimens qui nous animent , nous croyons devoir exhorter ardemment Votre Prudence, au nom du Seigneur, à faire en sorte de les convaincre qu’il ne faudroit pas qu’ils fussent en contradiction avec les autres, ni qu’ils préférassent leurs intérêts particuliers à Futilité générale : et , s’ils résistaient et refusoient d’obéir à vos avertissemens , nous vous prions d’avoir soin de les faire contraindre à cé-

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der, ou bien de les faire punir. Car rien ne nuiroit plus au succès de nos affaires , que la désunion entre ceux qui les dirigent, dont le résultat ordinaire est de faire naître des délais et des empêchemens à l’exécution des choses faciles et de peu d’importance , d’augmenter les obstacles qui s’opposent au succès des entreprises difficiles et plus considérables, telles que les nôtres, et même de les faire échouer entièrement.

Personne ne peut mieux que vous remplir cet office , vous dont les conseils soutiennent le roi très chrétien lui -même, et servent en grande partie à gouverner le royaume. Vous le devez , en outre , à la cause de la religion catholique ; vous le devez à l’église ; vous le devez à nous et au siège apostolique, auquel vous êtes si honorablement attaché; vous le devez enfin à vousmême, puisque personne plus que vous n’acquerra de gloire, lorsque la France et la religion catholique seront hors de tout péril.

Vous voyez bien , dans votre perspicacité, que de l’heureuse fin de cette guerre dépend le salut, non-seulement du royaume, mais encore de toute la république chrétienne , et que leur perte seroit assurée si ce but venoit à être manqué. Il faut donc que vous vous attachiez à faire contribuer unanimement tous les sujets et les serviteurs du

roi très chrétien au bien public , et à la gloire de Dieu tout-puissant , si fortement menacée. Nous sommes assuré que vous n’avez jamais cessé de la soutenir et que vous la soutiendrez de même dans la suite : néanmoins, nous supplions Votre Prudence de nous entretenir dans cette assurance , et même de l’accroître encore, en préparant, autant qu’il sera possible, le succès futur de nos affaires.

Donné à Saint-Pierre de Rome, sous l’anneau du pêcheur , le i er août 1 56g , la quatrième année de notre pontificat.

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