LETTRE XXI
A NOTRE TRÈS CHER FILS EN JÉSUS-CHRIST, CHARLES, ROI TRÈS CHRÉTIEN DES FRANÇOIS.
Notre très cher fils en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique.
Dans l’importante et dangereuse guerre que Votre Majesté a entreprise, avec autant de zèle, contre les rebelles de ce royaume, ennemis abominables de la religion catholique, qu’elle a mis ensuite de fermeté à la poursuivre et qu’elle la soutient depuis si long-temps , elle a donné plusieurs preuves admirables de sa piété éclatante envers Dieu tout-puissant , et de son amour pour la foi catholique. Nous en avons constamment rendu grâces au Rédempteur , et nous ne cessons pas de lui en rendre encore.
‘ Édition Goubau, livre3, lettre 4> , p* ?3i. — Sommaire : Saint Pie F loue fortement le roi très chrétien de ce qui il a dépouillé le chef des hérétiques , Gaspard Coligni, de tous les honneurs qu’il avoit usurpés , et de ce qu’il a créé à sa place , amiral du royaume , un catholique. Il l’exhorte à combattre et à exterminer en France tous les autres hérétiques.
UE SAINT PIE V. 75
Mais, parmi tant de marques admirable* de votre bonté et de votre dévotion, celle qui ne tient certes pas le dernier rang, est le soin que vous avez eu de faire condamner publiquement, par une sentence équitable du parlement de Paris, de faire dépouiller de tousses honneurs, et de faire noter du caractère d’infamie qu’il avoit mérité, l’homme détestable et exécrable, si tant est qu’ils doive être appelé homme ' , qui se donne pour amiral de France, et qui est le chef et le guide de tous les hérétiques, l’instigateur de la discorde et de la guerre civile; d’autant plus que nous apprenons que celui que vous avez nommé à cette place est une personne éminemment catholique, et ornée de nombre de vertus *. Par ce seul fait, non-seulement vous avez mis, comme vous le deviez, la gloire de Dieu au-dessus de toute autre considération (ce qui est le plus important ) , et en persécutant l’ennemi le plus acharné de la religion catholique, vous avez ho-
1 Execrandum ilium ac detestabilem hominem , si modo homo appellandus est.
C’est Coligni dont parle saint Pie V.
a Le successeur de Coligni fut le maréchal de Villars , à qui saint Pie V adressa la lettre XXIII 0 .
C'étoit Honorât de Savoie, deuxième du nom, comte de Tende.
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noré Dieu lui-même, à la face de tout l’univers catholique: mais vous avez fait plus encore, vous avez enhardi les autres princes catholiques, par votre exemple, à en agir de la même manière contre les hérétiques de leurs états; vous avez augmenté le courage des bons et ardens am is de la vraie religion ; vous avez affligé et effrayé , tout à la fois , les médians et les hérétiques ; vous avez enfin montré à tous les hommes que vous remplissiez votre devoir, en embrassant la cause du Seigneur.
C’est pourquoi, la gloire de notre Rédempteur , que nous recherchons avant toutes choses, notre affection pour Votre Majesté, et la part que nous prenons aux louanges qu’elle mérite , nous ont rendu son action tellement agréable, que nous avons cru devoir le lui témoigner par cettre lettre. Nous donnerons volontiers , dans l’occasion , à cette belle action , tout l’éclat qui lui est dû ; et , quoique nous sachions que Votre Majesté est déjà assez portée par elle- même à s’illustrer spontanément par de glorieux faits , cependant , pour lui montrer toute notre bienveillance paternelle , nous l’exhortons à persévérer dans la pieuse et juste guerre qu’elle fait aux infâmes hérétiques , avec la même ardeur qu’elle a mise à défendre contre eux la religion catholique dans ses états.
de saint pie V.
Nous prions Dieu tout-puissant et miséricordieux d’accorder, dans cette entreprise, à Votre Majesté, la victoire la plus glorieuse et la plus prompte.
Donné à Saint - Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur, le 12 octobre 1669, l’an quatrième de notre pontificat.