LETTRE XXII
A NOTRE TRÈS CHÈRE FILLE EN JÉSUS-CHRIST, CA- THERINE , REINE TRÈS CHRÉTIENNE DES FRANÇOIS.
Notre très chère fille en Jésus -Christ, salut et bénédiction apostolique.
Il nous est difficile d’exprimer par des paroles , toute la joie que nous avons ressentie en apprenant que notre très cher fils en Jésus-Christ, le roi très chrétien , qui vous doit la vie, a fait condamner, avec toute sa famille, par une très équitable sentence du parlement de Paris, a fait priver de tous ses honneurs , a fait flétrir de l’ignominie , depuis longtemps due à sa turpitude , le plus artificieux de tous les hommes , Gaspard de Coligni , d’exécrable mémoire, qui se donne pour amiral de France a , et dont les abominables conseils et
1 Édition Goubau , livre 3 , lettre 43, p. 7.36. — Sommaire : Saint Pie V félicite Catherine de la juste condamnation de
Gaspard de Coligni , chef des hérétiques . Il démontre qiC elle aura le plus heureux résultat sur les affaires de France , et il loue la piété de la reine .
3 Hominem unum omnium fallacissimura , execrandæque
la direction scélérate ont allumé l’incendie de cette horrible guerre , et qu’il a mis à sa place un catholique zélé , non moins illustre par sa piété que par sa valeur et sa noblesse. En cela , Sa Majesté a satisfait à la justice : par cet exemple, elle a effrayé dans leur scélératesse les autres complices de ce forfait, tous hommes de la plus horrible méchanceté, tous infâmes hérétiques; elle a rendu le courage aux honnêtes gens et aux catholiques; elle a enseigné aux autres princes ce qu’il étoit de leur devoir de faire en pareille circonstance.
Puisque nous savons que ces affaires et toutes les autres, que le roi traite journellement, avec autant de piété que de fermeté , sont négociées principalement par vos conseils , nous nous sommes cru obligé de vous témoigner par écrit, dans cette lettre, combien ces événemens nous comblent de joie. Gardez-vous de croire , très chère fille en Jésus-Christ, que l’on puisse faire quelque chose de plus agréable à Dieu que de persécuter ouvertement ses ennemis , par un zèle pieux pour la religion catholique ' : car nous ne confessons Dieu
memoriæ , Gasparem de Coligny , qui se pro istius regni admirante gerit.
* Cave autem putes , charissima in Christo filia, quid-
LETTRES
tout-puissant devant les hommes, nons ne nous montrons attachés aux intérêts de sa gloire , que lorsque, mettant de côté toute considération de motifs humains , nous embrassons sans restriction sa sainte cause. Puisque , avec l’aide de Dieu, Votre Majesté a constamment suivi, dans cette circonstance et dans toutes les autres, le parti qui lui convenoit, comme à la reine très chrétienne, elle doit espérer que Dieu tout-puissant récompensera un jour sa piété envers lui, en terminant cette longue guerre par une victoire brillante. Soutenu par la miséricorde divine, nous le désirons, et ne cessons de le demander dans les prières que nous adressons sans relâche à notre Rédempteur.
Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur, le 17 octobre i56g, la quatrième année de notre pontificat.
quam Deo gratius acceptiusque fieri posse , quam cum illius hostes aperte pro catholicœ religionis studio oppugnantur.
-ecoc-