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LETTRE XXIII

A NOTRE CHER FILS, NOBLE HOMME, N. MARQUIS DE VILLARS , AMIRAL DU ROYAUME DE FRANCE.

Cher fils , noble homme , salut et bénédiction apostolique.

Nous avons appris , avec la plus vive joie, que notre très cher fils en Jésus-Christ, le roi très chrétien, mu par son éclatante piété envers Dieu tout-puissant et son zèle pour la religion catholique , vous avoit nommé amiral de tout le royaume, à la place de Gaspard de Coligni (qui se donnoit pour amiral de France), ce fils de la perdition, condamné par une sentence bien méritée du parlement de Paris, et dépouillé de tous ses honneurs ’• C’est une double satisfaction que nous avons

1 Édition Goubau, livre 3 , lettre 44 > P- 238. — Sommaire . Saint Pie V félicite le marquis de Viüarsde F honneur qu'il a reçu, et il F exhorte à affronter toute espèce de travaux et de périls pour aspirer sans cesse aux récompenses célestes.

* Gaspare de Coligny.... perditionis filio, justissima parisiensis senatus sententia conderanato , honoribusque omnibus spoliato.

LETTRES

éprouvée dans le Seigneur, à la nouvelle de cet événement. D’abord , nous nous sommes réjoui de voir privé de toute dignité, et noté de la juste marque d’une perpétuelle infamie, l’ennemi le plus acharné de la religion catholique , le perturbateur de la tranquillité générale , qui n’a voit jamais cessé , en hérétique qu’il étoit , de soutenir les hérétiques par ses conseils; un homme infâme enfin par toute espèce de crimes , de trahisons , d’hérésies et d’abominations. Ensuite , un autre sujet de contentement pour nous a été de voir que c’étoit vous qui aviez été mis à sa place , vous qui êtes si attaché à la foi catholique, et aussi distingué , nous a-t-on dit , par votre piété que par votre valeur et votre naissance. Nous avons cru devoir vous écrire cette lettre , pour vous servir de témoignage de notre joie.

Nous félicitons moins Votre Noblesse d’être montée à ce suprême degré d’honnenr, que nous ne nous estimons heureux de l’y voir , et nous vous exhortons, dans notre bienveillance paternelle, à ne jamais perdre de vue votre devoir, et à songer que les travaux que vous entreprendrez, les périls que vous affronterez pour la religion catholique, vous acquerront une insigne récompense dans le ciel. Ayez toujours présent à l’esprit que ceux qui trouvent le trépas dans les

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efforts qu’ils font pour défendre le culte de la très sainte foi, ne passent pas de la vie à la mort, mais bien de la mort à la vie. Que vos oreilles retentissent sans cesse des paroles de notre Sauveur , lorsqu’il nous a enseigné que ceux qui chérissent leur âme la perdront, et que ceux qui l’auront perdue la retrouveront.

Quoique nous sachions que votre attachement singulier à la religion catholique vous a rendu ces vérités familières, et que vous êtes préparé d’avance aux plus belles actions; cependant, dans l’intention de mieux vous montrer notre bienveillance paternelle , nous avons résolu de vous écrire.

Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pécheur, le 17 octobre i56g, la quatrième année de notre pontificat.

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