‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 2 sur 50 · A NOTRE CHER FILS, NOBLE HOMME, LOUI8 GONZAGUE , DUC DE NE VERS · texte numérisé non relu

A NOTRE CHER FILS, NOBLE HOMME, LOUI8 GONZAGUE , DUC DE NE VERS

Cher fils, noble homme, salut et bénédiction apostolique.

Nous nous réjouissons beaucoup de ce que le roi très chrétien ait échappé aux mains impies des hérétiques, et nous en rendons grâces à Dieu qui l’a protégé dans un si grand danger. Nous vous louons infiniment de vous être joint à lui pour lui porter du secours , et nous vous exhortons à mettre en cela toute la célérité qui dépendra de vous.

1 Édition Goubau, livre premier, lettre 23, p. 5i. — On y lit le suivant sommaire : Saint Pie V se réjouit de ce que Charles , roi de France , ait échappé aux mains des hérétiques ; il promet de lui fournir des secours d'argent ou d’hommes.

* C’étoit le prince de Mantoue , gouverneur de la Champagne pour les rois de France; il servit avec zèle Charles IX et Henri ni. Blessé en 1 56y , il mourut trente ans après, du chagrin que lui causèrent , dit-on , quelques reproches que Henri IV lui avoit adressés en plein conseil.

Quant à ce que vous demandez , savoir de l’ai der nous-même en lui fournissant de l’argent dans ces circonstances critiques , il faut que vous sachiez qu’il est venu vers nous un envoyé du roi, auquel, sur ce qu’il nous exposoit de cette affaire , nous avons promis que le roi nous trouveroit toujours prêt à le servir, pourvu toutefois que la religion fût sérieusement attaquée, et non pas de la manière dont elle l’a été jusqu’à cette époque. Mais, comme nous n’avons pas de fortes sommes à notre disposition , puisque nous avons épuisé tout ce que nous avions, pour aider l’empereur élu dans la rude guerre qu’il a soutenue contre les Turcs; pour aider la reine d’Écosse, et les chevaliers de Saint-Jean qui dévoient fortifier l’îlé de Malte ^ et pour un grand nombre d’autres dépenses également nécessaires, nous nous voyons obligé d’imposer , contre notre volonté et nos principes , quelque nouvelle charge aux peuples de nos états , qui sont ceux de la sainte église romaine. Certes , nous n’aurions jamais pu nous décider à le faire pour nos propres besoins , pour les leurs et pour ceux de notre famille; mais nous avons résolu de le faire pour Sa Majesté. L’argent que nous rassemblerons de cette manière ne pourra pas être expédié, comme il le faudrait , avec une extrême célérité : nous ne négligerons

LETTRES

rien cependant pour le faire rentrer ayec la plus grande promptitude; et nous volerons toujours au secours du roi dans le péril où il se trouve, soit en lui procurant de l’argent , soit en lui fournissant des soldats, selon qu’il paroitra le plus nécessaire, et cela même au-delà de ce que nos moyens semblent nous permettre de faire.

Vos dernières lettres, qui nous ont été remises par notre cher fils André Baglioni , nous ont plus que jamais prouvé votre attachement à notre personne et au Saint-Siège : nous avons aussi entendu avec plaisir ce qu’il nous a exposé verbalement en votre nom. Cette démarche de votre part nous a été, comme elle le devoit, très agréable. Vous vous montrez ouvertement, dans le zèle que vous manifestez pour le Saint-Siège, le digne imitateur de vos ancêtres. Et nous aussi, nous sommes animé pour vous des sentimens que méritent votre vertu, votre piété, votre noblesse. Nous avons vu André avec d’autant plus de plaisir qu’il venoit de votre part.

Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur, le 16 octobre 1567, la seconde année de notre pontificat.

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