‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 21 sur 50 · LETTRE XXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXIV

A NOTRE TRÈS CHER FILS EN JÉSUS-CHRIST, CHARLES, ROI TRÈS CHRÉTIEN DES FRANÇOIS.

Notre très cher fils en Jésus - Christ , salut et bénédiction apostolique.

A peine la lettre de notre vénérable frère l’évêque de Carcassonne en premier lieu, et puis celle de l’évêque de Cajazzo , notre nonce et celui du siège apostolique auprès de Votre Majesté, nous eurent -elles appris avec certitude l’heureuse victoire que la bonté de Dieu tout-puissant vous avoit accordée dans une circonstance si urgente pour la république chrétienne , que levant les mains au ciel , nous avons rendu des actions de grâces à notre Rédempteur. De même que le bon pasteur qui, épargnant miséricordieusement les pêcheurs qu’il avoit justement châtiés par la

1 Édition Goubau , livre 3 , lettre 45, p. i^o . — Sommaire : Saint Pie P félicite Charles IX. de la victoire remportée à Moncontour. Il excite le roi à poursuivre ardemment Ut guerre , et à se montrer implacable envers les hérétiques .

contagion de tant de maux, ne permet cependant pas qu’ils périssent; de même , plus sa justice avoit été grande en nous envoyant, pour nous punir, les calamités d’une longue guerre, plus ensuite il a montré de miséricorde, lorque, dans sa bonté divine, son indulgence pour nous nous a relevés par la victoire. Ce qui a surtout augmenté notre joie, a été la réjouissance publique de notre capitale : quand la première nouvelle, quoique encore incertaine , d’une si grande victoire , y fut connue, elle tressaillit, et depuis lors elle tressaille encore de plaisir, comme si elle -même avoit été arrachée à quelque malheur domestique , à quelque guerre intestine.

Il reste maintenant à Votre Majesté de ne pas se relâcher de sa première activité , de son zèle , de sa persévérance , au milieu d’événemens si favorables; il lui reste de ne pas laisser aux ennemis communs le temps de reprendre courage et de rassembler de nouveau leurs forces : elle doit user de la victoire , et mettre enfin un terme à la plus déplorable des guerres. Nous y exhortons Votre Majesté de tout notre pouvoir, et avec toute l’ardeur de notre âme , avec toute la force de notre esprit. Nous savons bien qu’il ne manquera pas des gens qui , sous le voile de l’amitié , sous celui de la parenté ou seulement de la com-

LETTR.E8

passion, demanderont grâce à Votre Majesté pour plusieurs de ses ennemis qui sont ceux de Dieu tout-puissant : le soin paternel que nous prenons de vous et le devoir de notre charge nous obligent de vous avertir qu’il ne faut point que vous vous laissiez fléchir par leurs prières, ni que vous vous laissiez détourner de l’intention de leur infliger des supplices mérités , déjà déterminés par les lois. Craignez que si , cédant à des motifs personnels, vous accordez plus aux liens de la chair et du sang qu’à une légitime vengeance, la colère de Dieu, à l’exemple de ce qui est arrivé à Saiil, ne se déclare d’une manière d’autant plus terrible contre vous, que dans sa bonté il vous a traité avec plus de bienveillance. Que seroit-ce autre chose en effet , sinon rendre vain le bienfait de Dieu , qui est la victoire sur les hérétiques ? Les fruits qu’elle doit porter sont l’extermination des infâmes hérétiques, nos ennemis communs , en vertu de la juste haine qu’ils inspirent, et le rétablissement de l’ancienne tranquillité et de la paix dans le royaume '.

, Cujas quidem victoriæ fructus in eo positus est , ut per justam animadversionem nefanis hæreticis , communibus hostibus , de medio sublatis , pristina isti regno pax tranquillitasque restituatur.

Ne permettez pas qu’on vous trompe en affectant de vains sentimens de pitié ; et n’ambitionnez pas, en pardonnant les injures faites à Dieu luimême, la fausse gloire d’une prétendue clémence : car rien n’est plus cruel que la miséricorde envers les impies qui ont mérité le dernier supplice Si Votre Majesté veut rétablir l’éclat antique, la puissance et la dignité de la France, elle doit travailler avant toute autre chose à faire professer, par les peuples sujets à sa domination, la seule foi catholique, celle qui depuis les premiers commencemens du christianisme est toujours demeurée vierge jusqu’à ce jour. Car , tant qu’on n’en agira pas franchement et sans hésitation dans les choses qui concernent la religion chrétienne , Votre Majesté sera tourmentée par les discordes et les dissentions intestines , et le royaume ne jouira d’aucune tranquillité. Vous devez donc , pour obtenir un résultat si salutaire , d’abord faire mettre à mort ceux qui ont porté des armes criminelles contre Dieu tout-puissant et contre Votre Majesté, ensuite constituer des inquisiteurs de la scélératesse hérétique dans chacune de vos villes , et enfin prendre toutes les mesures nécessaires

1 Nihil est enim ea pietate misericordiaque crudelius , quæ in impios et ultima supplicia meritos confertur.

LETTRES

au moyen desquelles , avec l’aide de Dieu , on pourra relever l’état abattu et lui rendre sa première splendeur.

Donné à Saint-Pierre de Rome, sous l’anneau du pêcheur, le 20 octobre 1 56 g, l’an quatrième de notre pontificat.

Page 1