A NOTRE CHER FILS, NOBLE HOMME, FERDINAND, DUC D’ALBE
Cher fils , noble homme, salut et bénédiction apostolique.
Recevant de jour en jour des nouvelles plus détaillées et plus certaines du mouvement excité en Angleterre , par les catholiques de ce royaume, contre les hérétiques et contre celle qui se fait passer pour reine d’Angleterre % le devoir de notre ministère apostolique nous oblige à nous montrer plein de sollicitude et d’anxiété pour le soutien de ceux à qui la conservation de la religion catholique dans ce royaume a fait prendre les armes , aussi pieusement que justement , en
1 Édition Gouhau , livre 4; lettre 36, p. 363. — Sommaire : Saint Pie P cherche à faire envoyer clés secours de troupes aux Anglois catholiques contre les hérétiques.
• Contra illam quæ se pro Angliæ regina gerit.
Saint Pic V parle de la reine Élisabeth.
faveur de la cause de Dieu tout-puissant , au péril de leur fortune et même de leur vie.
Comme nous apprenons que le voisinage de l’Angleterre vous met , dans le pays auquel vous commandez , plus que personne à même de porter de mille manières des secours aux Ànglois catholiques, nous exhortons Votre Noblesse, et l’en supplions avec toute l’ardeur dont nous sommes capable , à ne rien négliger pour y parvenir ( si cependant notre très cher fils en Jésus-Christ, le roi catholique d’Espagne, peut commodément le faire et s’il en a la volonté) , et à tenter tout ce qui seroit dans le cas de contribuer à préserver les forces des fidèles , à les augmenter , à les soutenir. Car , si elles demeurent privées des secours de ceux qui pourroient les aider, il est à craindre ou qu’elles ne soient accablées par leurs adversaires , ou qu’elles ne se dispersent d’elles-mêmes. Si au contraire elles sont soutenues , on peut espérer qu’elles réussiront enfin à rétablir en Angleterre la religion catholique. Cela ayant lieu , avec l’aide de Dieu avant toutes choses, et puis au moyen de vos puissans efforts , vous voyez quelle sera la gloire que vous acquerrez, et combien elle sera solide et légitime.
Nous vous en dirions davantage à ce sujet; mais la chose parle d’elle-même. Nous savons que Vo-
LETTRES
tre Noblesse , dans sa prudence et sa profonde connoissance du monde , n’ignore nullement ni ce que nous venons de dire, ni rien de ce qui pourroit être allégué sur cette matière , et qu’elle est de son propre mouvement portée à bien mériter de la religion catholique. C’est pourquoi, nous ne doutons pas que vous ne fassiez volontiers et promptement tout ce qui dépendra de vous pour les intérêts de la foi catholique , de manière à ne plus laisser aucun lieu à nos exhortations ni à celles de qui que ce soit. Nous vous prions ardemment dans le Seigneur , comme notre devoir l’exige , d’en agir de la sorte.
Donné à Saint-Pierre de Rome , sous l’anneau du pêcheur , le 4 février 1 570, l’an cinquième de notre pontificat.