‹ Lettres de Saint Pie VChapitre 35 sur 50 · A UN NOBLE PRINCE · texte numérisé non relu

A UN NOBLE PRINCE

Cher fils, salut et bénédiction apostolique.

Entre tant de soucis multipliés qui, dans la charge que la divine Providence nous a imposée , tourmentent le jour et la nuit notre âme de la manière la plus cruelle, le principal et le plus poignant est celui de voir des personnes qui paroissoient autrefois être des nôtres , nous quitter et abandonner l’église catholique romaine , dans laquelle seule se trouve le véritable salut , pour déchirer inconsidérément, autant qu’il est en eux , la tunique sans couture de Jésus -Christ. Car il est impossible d’exprimer suffisamment par des mots, à quel point nous désirons de voir tous les hommes rassemblés dans le giron de la sainte église universelle.

L’activité et le zèle que nous mettons pour y

1 Édition Goubau , livre 5, lettre i4 , p. 444* — Sommaire : Saint Pie V exhorte le noble prince à ne tolérer les hérétiques ni dans son palais ni dans ses états .

LETTRES

parvenir , et que nous avons surtout fait éclater dans ces contrées , n’a pu échapper à quelques hommes corrompus par la dépravation de l’hérésie , et sortis des cavernes où ils se cachoient comme des vipères venimeuses : errant dans les lieux et les villes soumis à votre domination , ils ont , dans un court espace de temps, répandu leur poison en si grande quantité qu’ils ont infecté plusieurs de vos sujets de leurs opinions pestilentielles. Cela a tellement frappé et ému nos entrailles pieuses , que nous avons cru devoir , sans le moindre retard, vous avertir par cette lettre, afin qu’en médecin éclairé et prudent, vous appliquiez au plus tôt à ce mal le remède qu’il exige. Car les hérétiques font des progrès rapides dans l’impiété , et leurs discours pénètrent et rongent profondément comme la gangrène ; si le délai est dangereux dans quelques circonstances , il l’est dans celle-ci au suprême degré.

Nous savons combien la dissimulation , ou du moins la douceur, a causé de maux à l’église de Dieu; nos calamités, tant anciennes que nouvelles, nous en ont fourni des preuves plus manifestes que nous n’eussions désiré. Certes aucune douceur , quelque grande qu’elle soit, ne sauroit parvenir à vaincre leur méchanceté : ils aiment mieux exercer la patience des catholiques qu’é-

prouver leur sagesse et leur humanité. En cela , leur conduite inconséquente , par une disposition particulière du Seigneur , leur fait servir la cause des membres vivans de Jésus-Christ, même malgré eux. Il est prouvé quil faut qu’il y ait des hérésies , afin de manifester la vertu de ceux qui résistent à leur poison : malheur , toutefois, à ceux par qui ces hérésies existent ! Elles existent cependant : leurs auteurs , non-seulement , et leurs fauteurs ne le prouvent que trop, mais encore on en trouve la certitude dans ceux qui , soit par malignité , soit par esprit de vengeance , leur permettent de s’étendre. Prenez bien soin , et mettez- y toute l’activité dont vous êtes capable , que cela ne vous arrive pas à vous-même : vous exciteriez à la fois la colère de Dieu et la nôtre ; vous exposeriez tous vos biens au péril le plus grand : vous obscurciriez et perdriez honteusement la bonne opinion que les hommes ont eue de vous jusqu’à ce jour.

Nous nous abstenons de parler du tort que vous vous êtes déjà fait dans la réputation auprès de quelques personnes. Sachez néanmoins ( car nous ne voulons pas que vous ignoriez rien de ce qui nous a été rapporté) que plusieurs personnes ont commencé à concevoir sur votre compte des soupçons indignes de Votre Noblesse. Soyez

sûr que cela est provenu du mauvais nom que vos sujets se font de plus en plus dans le public. La raison en est qu’il est difficile de faire accroire à quelqu’un que les citoyens d’une ville abandonnent la religion catholique, lorsque le prince l’y professe et l’y protège par un culte convenable.

Quant à nous , il ne nous est pas permis jusqu’à présent de rien attribuer à Votre Noblesse, de rien croire d’elle qui ne soit marqué au coin de la piété. Cependant , si vous souffriez plus longtemps que cette peste contagieuse se répandît et fît de plus grands progrès, nous ne pourrions conserver , à votre égard, l’opinion que nous, avions auparavant. Car , dans les choses qui appartiennent à la foi, nous ne devons fournir à qui que ce soit matière au moindre soupçon. Réveillez-vous donc , mon fils , et reprenez vos esprits : faites traiter selon leur mérite ou chasser entièrement ceux qui, comme des araignées, ont tissu chez vous leurs pièges; traitez de même ceux de vos propres sujets qui se seroient laissé séduire parleur fausse doctrine. Ignorez-vous que toute une masse peut être corrompue par la plus petite partie de levain? Jetez le vieux levain , pour qu’il ne reste dans l’intérieur de vos états pas même la moindre trace d’une peste si cruelle.

Si vous croyez que , pour atteindre ce but, vous

ayez besoin de l’autorité et du pouvoir que Dieu nous a confiés, quoique nous en soyons indigne , faites-le-nous savoir; à l’instant nous témoignerons que pour cela seul nous vous aurons les plus grandes obligations. Nous ne négligerons rien de tout ce qui pourra servir à opérer le salut des âmes pour lesquelles Jésus-Christ est mort : ou nous tendrons la main de l’indulgence paternelle à ceux qui voudront rentrer dans la voie du salut; ou, si les circonstances le commandent, nous sévirons avec justice et dirigerons les armes spirituelles contre ceux qui demeureront obstinés dans l’erreur; nous livrerons ces hommes à la mort de la chair (au supplice) , afin que leur esprit soit sauvé au jour de notre Seigneur Jésus-Christ

Donné à Saint-Pierre de Rome, sous l’anneau du pêcheur.

1 Trademusque homineshujusmodi in interüum carnis , ut spiritus sulvus sit in die Domini nostri Jesu Ckristi.

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COMPRENANT LES LOIS CONTRE LES HERETIQUES , EMANEES DU SAINT-SIEGE ET DES CONFITES, ET INSEREES DANS LE DROIT CANON.

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