‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 101 sur 160 · ET DAME LIPPA, SA FEMME · texte numérisé non relu

ET DAME LIPPA, SA FEMME

Le vêtement dont nous devons nous revêtir est la charité de Jésus-Christ.

1. Très-cher et très-aimé Fils dans le Christ Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans le précieux sang du Fils de Dieu , avec le désir de voir accomplir en vous cette douce parole de l'apôtre saint Paul , qui disait : Induimini Dominum nostrum Jesum Christum (1). Revêtez-vous de notre Seigneur Jésus -Christ : c'est-àdire dépouillez-vous du vieil homme, et revêtez -vous de l'homme nouveau , qui est Jésus crucifié , le vrai vêtement qui couvre la nudité de l'homme, et l'orne de vertus. 0 ineffable et chère charité ! qui s'est faite notre vêtement, parce que nous avions perdu parle péché la vie de la grâce ! Le feu de la divine charité le transporte, et il est venu , parce que nous avions perdu le

(1) Kp. aux Rom., xiii, 14.

vêtement de la grâce ; la chaleur de la divine charité et son ardent amour a réchauffé notre froideur. Il a revêtu notre humanité, et alors nous avons retrouvé le vêtement de la grâce, qui ne peut nous être enlevé ni par les démons, ni par les créatures, si nous n'y consentons pas nous-mêmes.

2. Oui, je vous conjure, mon Frère et ma Sœur bienaimés, d'être pleins de zèle pour prendre ce saint et doux vêtement. Ne sojez pas négligents, afin de ne pas entendre cette parole de reproche : Sois maudit, toi qui te laisses mourir de froid et de faim , taudis que le Christ s'offre pour être ton vêtement et ta nourriture. Hélas ! quel cœur serait assez dur , assez obstiné pour ne pas se dépouiller de toute ignorance , de toute négligence, et se revêtir de ce saint et doux vêtement, qui donne la vie à ceux qui sont morts î Combien sera heureuse notre âme , quand la douce Vérité suprême nous appellera au doux moment de la mort ! L'âme alors sera dans la joie et l'allégresse lorsqu'elle se verra revêtue du vêtement de la grâce divine, de ce vêtement contre lequel les démons ne peuvent rien , parce que la grâce fortifie et ôte toute faiblesse. Le péché est la seule chose qui affaiblisse l'âme. Oh ! combien est mauvais et dangereux le vêtement du péché ! Il faut le fuir par la haine et le mépris , car il est bien nuisible , et Dieu l'a en horreur. Enflammez -vous donc d'un saint désir, et hâtez -vous de prendre ce doux vêtement nuptial de la grâce divine. L'âme doit l'avoir pour n'être pas chassée des noces de la vie éternelle, auxquelles Dieu nous invite , et il nous y a invités sur le bois de la très sainte Croix. Je conjure l'éternelle et souveraine Vérité de vous faire marcher avec courage, et arriver au but

pour lequel vous avez été créés. Et comme par charité et par amour vous avez revêtu l'enfant Jésus (1), il vous revêtira de lui-même de l'homme nouveau, de Jésus crucifié. Je vous remercie de tout mon cœur. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus , Jésus amour.

(1) Les petits enfants jésus qu'on faisait à Lucques étaient très-renommés. Jean Perotti, qui était de cette ville, en avait peut-être donné un à sainte Catherine.

CCCXl (303). — A JEAN PEROTTI,

CORROTEUR, A LUCQUES.

De la crainte et de l'amour de Dieu.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Très-cher et bien-ainié Fils dans le Christ , le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir un vrai père, nourrissant, conduisant et gouvernant votre famille dans la sainte crainte Dieu. Vous êtes un arbre fertile, et il faut que le fruit qui sort de vous soit bon et vertueux. Vous savez, mon Fils, que l'arbre avant de porter du fruit doit être bon et bien cultivé; je dis de même que votre àme doit être cultivée par la sainte crainte et l'amour de Dieu. Et si nous disons : Je ne sais pas comment le faire , voici le Verbe , le Fils de Dieu , qui s'est fait notre guide, et qui nous dit : Je suis la voie, la vérité , la vie ; celui qui marchera dans cette voie ne peut s'égarer, mais il produira un fruit de vie. Ce fruit nourrira votre àme, et vos enfants eux-mêmes en goûteront la substance et la douceur. Quelle voie nous a tracée ce doux Maître, l'Agneau sans tache? 11 nous

a tracé la voie de la profonde et véritable humilité, car il était Dieu, et il s'est humilié jusqu'à l'homme. Il a marché au milieu des opprobres, des mauvais traitements, des peines, des fatigues, jusqu'à la mort honteuse de la Croix; il a méprisé toutes les délices, les plaisirs, et il a toujours voulu suivre la route la plus humble et la plus délaissée. Et quel fruit a-t-il produit en nous traçant cette route ? Quiconque le veut peut le suivre. Écoutez-le sur le bois de la très- sainte Croix , et voyez s'il fut jamais un fruit de patience semblable. Les Juifs criaient crucifige , et il disait : « Père , pardonnez, car ils ne savent ce qu'ils font (1).

2. 0 Bonté infinie! qui non -seulement pardonne, mais encore nous excuse devant son Père; c'est un doux Agneau qui ne fit jamais entendre la moindre plainte. Il a produit aussi pour nous le fruit de la chanté, car c'est Tamour ineffable que Dieu a eu pour l'homme qui l'a attaché et cloué sur la Croix. Les clous et la Croix n'auraient pu le retenir, s'il ne lavait pas été par les liens de la charité ; il fut obéissant à son Père sans penser à lui-même , mais seulement à l'honneur de Dieu, du Père et à notre salut. C'est cette voie, mon doux Fils, que je veux vous voir suivre, afin que vous soyez le vrai père de votre âme et des enfants que Dieu vous a donnés, et que vous croissiez toujours de vertus en vertus. Sachez que nous n'avons aucun moyen de produire par nous-mêmes des fruits de vertu , car nous sommes des arbres sauvages ; il faut que nous soyons greftes par l'amour et le désir de Dieu sur ce doux arbre de Jésus crucifié, en voyant qu'il nous

(1) s. Luc, xxui, 34.

a aimés jusqu'à donner sa \ie pour nous. Nous ne pourrons nous empêcher de devenir une même chose avec lui^ et alors l'àme enivrée d'amour ne veut pas suivre une autre voie que son Maître. Elle fuit les plaisirs et les consolations du monde , parce qu'il les a fuis ; elle aime ce que Dieu aime , et déleste ce que Dieu déteste. Elle aime la vertu et déteste le vice, et elle préfère mourir qu'offenser son Créateur. Elle ne souffrira pas que ses enfants et sa famille l'offensent, mais elle les corrige comme un vrai père, et elle fait tout ce qu'elle peut pour leur faire suivre ses traces. Je vous conjure de vous y appliquer avec zèle. Encouragez et bénissez toute la famille, saluez bien pour moi votre mère et votre femme. Bénissez surtout ma fdle ; je désire vivement qu'elle soit l'épouse du Christ, et qu'elle se consacre à lui. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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