‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 109 sur 160 · DE GERARD GAMBACORTI , A PISE · texte numérisé non relu

DE GERARD GAMBACORTI , A PISE

De la conliance que nous devons avoir en Dieu seul, et des fruits qu'elle produit.

AU KOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très-chère Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et Tesclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir la servante et la fille fidèle du Père. Vous savez que l'amour est ce qui rend fidèle ; on n'a confiance qu'en ce qu'on aime. Aussi nous voyons les vrais serviteurs de Dieu , à cause de l'amour qu'ils ont pour leur Créateur, perdre toute confiance et toute espérance en eux-mêmes ; ils ne comptent pas sur leur vertu et leur savoir, mais ils reconnaissent leur néant , ils rapportent tout ce qu'ils ont à Dieu , qui le leur a donné par grâce, et non par obligation. Ceux qui aiment avec foi ont une ferme espérance non pas en eux , mais en Celui qui est : ceux là ont une foi vive, elle n'est pas morte, et produit de douces et saintes œuvres. Quelles sont les œuvres qui montrent cette foi vive fondée sur le véritable amour? la patience contre l'injure ou contre les peines , de quelque manière que Dieu nous les en-

voie ; la charité divine contre l'amour sensuel de nousmêmes ; l'humilité contre l'orgueil que fait naître dans l'homme le rang, les délices, les honneurs et les plaisirs du monde. Cette humilité méprise le monde avec toutes ses pompes; mais personne ne peut l'avoir s'il ne reconnaît pas son néant, et s'il ne voit pas que Dieu s'est humilié jusqu'à l'homme. Lorsque l'àme considère que la souveraine Grandeur s'est abaissée jusqu'à notre humanité, elle rougit de son orgueil à la vue d'un Dieu si humilié. Ce sont les fruits produits par la foi vive qu'elle place uniquement en son Créateur.

2. Ceux qui possèdent et goûtent Dieu en vérité ne souffrent pas des peines et des tourments qu'ils éprouvent, parce qu'ils croient fermement que Dieu ne cherche , ne veut et ne permet rien que pour notre sanctification. Tout cela vient de l'amour, car sans l'amour la foi n'existerait pas. Voyez, au contraire, ceux qui ont placé leurs affections dans le monde : ils mettent toute leur foi , toute leur espérance en eux et dans le monde , et ils sont toujours dans la peine et le chagrin , parce qu'ils mettent leur âme dans une chose qui n'est pas ferme et stable , et ils se trouvent ainsi trompés. Quelle sûreté présentent un père, une mère, les honneurs, les richesses, la puissance? aucune, car tout cela passe comme le vent; ils vivent aujourd'hui, et demain ils seront morts ; de bien portants ils deviennent malades , et de riches , pauvres ; ils mettent leur bonheur dans leurs enfants, et ils les perdent. Ils souffrent, parce qu'ils placent leur amour et leur désir dans des choses incapables de les satisfaire, parce qu'ils ne peuvent posséder ce qu'ils aiment. Aussi je ne veux pas, m.a trèsdouce Fille, que vous placiez votre affection, votre foi,

votre espérance en vous et dans ce qui est corruptible ; raais je veux que vous vous donniez tout entière à servir le Christ, le doux Jésus, où se trouve tout bonheur, toute consolation. C'est là que Tàme s'enivre du sang de l'Agneau sans tache, qu'elle s'enflamme et se consume dans le feu d'une ardente charité, et elle y reçoit tant de force , que ni le démon ni les créatures ne peuvent lui ravir son bien. Cachez-vous donc dans les plaies de Jésus crucifié, placez votre affection, votre foi, votre espérance en Jésus crucifié , et avec ce doux et tendre Agneau vous traverserez cette vie ténébreuse , et vous arriverez à la vie éternelle, où les âmes goûtent le bonheur parfait. Je ne veux pas vous en dire davantage.

3. Quant à ce que vous me dites de l'établissement de votre fils, je vous répondrai que vous vous arrêtiez non pas à la fortune et à la naissance , mais seulement à la vertu et au mérite de la jeune fille (1). Lorsque vous aurez trouvé cela , allez en toute assurance. Ce que vous faites, faites-le avec la crainte de Dieu, en fixant toujours sur lui les regards de votre àme. Bénissez et encouragez Gérard dans le Christ , le doux Jésus ; dites à Gérard que je me plaindrai de lui à Jésus crucifié, parce qu'il n*a pas fait ce que doit faire tout fidèle chrétien. Dites -lui de ne pas attendre le dernier jour de sa vie , car il ne sait quand et comment il mourra. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

(1) Niera eut deux fils, Lotto, qui fut archevêque de Pise en 1382, et Jean, qui rétablit la fortune de sa famille, en 1405.

Page 1