‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 111 sur 160 · FILLE DE MESSIRE PIERRE GAMBACORTI , A PISE · texte numérisé non relu

FILLE DE MESSIRE PIERRE GAMBACORTI , A PISE

De l'instabililé du monde. — De la prière et de ses elTels.

AU IN'OM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Très-chère Fille dans le Christ , le doux Jésus , moi , Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je t'écris dans son précieux sang, avec le désir de voir ton cœur et ton afFection détachés du monde et de toi-même : tu ne pourras pas autrement te revêtir de Jésus crucifié, car le monde n'a aucun rapport avec Dieu. Le cœur attaché au monde aime Torgueil; Dieu aime l'humilité. Le monde recherche les honneurs, la fortune, la puissance, et le Christ béni les a méprisés , choisissant les opprobres , la honte , les affronts, les injures, la faim, la soif, le froid, le chaud, et jusqu'à la mort honteuse de la Croix ; c'est cette mort qui a rendu honneur à son Père, et qui nous a fait renaître à la grâce. L'amour déréglé cherche à plaire aux créatures sans craindre de déplaire au Créateur; et lui n'a jamais cherché autre chose que d'obéir à son Père pour notre salut ; il a embrassé et revêtu la pauvreté volontaire, et le monde cherche les grandes j'ichesses. L'un est donc bien difTérent de l'autre ; et nécessairement si le cœur est dépouillé du monde, il

est plein de Dieu ; s'il est vide de Dieu , il est plein du monde. Notre Sauveur l'a dit : Nul ne peut servir deux maîtres ; s'il sert l'un, il méprisera l'autre. Nous devons donc avec un grand zèle détacher notre cœur et notre affection de ce monde tyrannique, et le donner librement et sincèrement tout à Dieu, sans partage, sans réserve, sans faux amour, parce que c'est notre Dieu, qui nous regarde , et qui voit les secrets les plus cachés de notre cœur.

2. Quelle serait notre folie, notre erreur si, sachant que Dieu nous regarde et qu'il est un juge juste, qui punit toutes les fautes et récompense toutes les vertus, nous étions assez aveugles pour attendre sans crainte le temps que nous n'avons pas, et que nous ne sommes pas sûrs d'avoir. Nous différons toujours ; et si Dieu nous présente une chose , nous en prenons une autre , nous craignons beaucoup plus de perdre les biens qui passent et les créatures , que nous ne nous inquiétons de perdre Dieu lui-même. Tout cela vient de l'amour déréglé que nous avons mis en ces choses que nous gardons et possédons en dehors de la volonté de Dieu. Aussi nous goûtons dès cette vie les arrhes de l'enfer. Dieu permet justement que celui qui aime ces choses avec un amour déréglé devienne insupportable à lui-même, et soit toujours en guerre dans son âme et dans son corps. Il souffre de ce qu'il possède, parce qu'il a peur de le perdre ; et pour le conserver il se fatigue le jour et la nuit; il souffre aussi de ce qu'il n'a pas, parce qu'il désire l'avoir, et ainsi jamais l'àme n'est calme au milieu des choses de ce monde, parce que ces choses sont moindres qu'elle. Elles sont faites pour nous, et non pas nous pour elles ; nous sommes faits pour Dieu ,

pour jouir de l'éternel et souverain Bien. Dieu seul donq peut satisfaire l'àme ; c'est en lui qu'elle trouve sa paix , son repos, car elle ne peut désirer et vouloir quelque chose qu'elle ne trouve pas en Dieu. Dieu sait, peut et veut nous donner plus que nous ne savons désirer pour notre salut. Nous l'avons éprouvé, car non-seulement il nous donne ce que nous lui demandons , mais encore il nous a donné avant que nous fussions. Sans que nous l'en priions , il nous a créés à son image et à sa ressemblance, et il nous a fait renaître à la grâce dans le sang de son Fils. Aussi l'àme trouve sa paix en lui seulement, car il est la suprême Richesse, la suprême Sagesse, la suprême Bonté, la suprême Beauté, tellement que personne ne peut comprendre sa bonté, sa grandeur, sa félicité, si ce n'est lui-même; et il sait, il peut, il veut satisfaire et combler les saints désirs de ceux qui veulent se dépouiller du monde et se revêtir de lui. Je veux donc que nous mettions tout notre soin , tous nos efforts à dépouiller notre cœur de toutes les choses de la terre et de toutes les créatures, aimant tout le monde en Dieu et pour Dieu , et rien en dehors de lui.

3. Oui, ma très-douce Fille, je t'engage à placer et à affermir ton cœur et ton esprit en Jésus crucifié. Cherche-le, pense à lui, que ton bonheur soit d'être tpujours devant Dieu par une humble et continuelle prière : c'est là le principal exercice que je te recommande. Consacres -y le plus de temps que tu pourras, car la prière est une mère qui , par l'amour de Dieu , conçoit les vraies vertus et les enfante par la charité du prochain. Dans la prière, l'àme apprend à se dépouiller elle-même et à se revêtir du Christ. Par elle tu goûteras le parfum de la continence, tu acquerras

une force si grande, que tu ne craindras plus les attaques du démon , les révoltes de la chair fragile et la langue des créatures, qui veulent t' éloigner de tes saintes résolutions ; contre tous ces ennemis , tu seras forte , constante et persévérante jusqu'à la mort. Dans la prière, tu trouveras l'amour des souffrances, qui te rendra conforme à Jésus crucifié; tu trouveras une lumière surnaturelle, qui f éclairera dans le chemin de la vérité. J'aurais bien d'autres choses à te dire sur cette mère, sur la prière; mais le peu de temps que j'ai ne me le permet pas. Applique -toi donc à la prière, et fais toujours tous tes efforts pour te connaître, pour connaître tes défauts, la grande bonté de Dieu à ton égard, l'ardeur de sa charité et ses bienfaits infinis. Je termine. Demeure dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CCCXXIV — A MADAME JACQUELIINE,

FEMME DE MESSIRE TRINCl DE FOLIGNO (1).

De la patience. — Des motifs et des moyens pour acquérir celle vertu. — Elle la console de la perle de son mari , mort au service de l'Église.

AU WOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -chère Sœur dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir affermie dans la vraie et parfaite patience ; car je pense que 1 ame ne peut plaire à Dieu ni rester dans sa grâce sans la vertu de patience , parce que, dès qu'elle est impatiente, elle est privée de la grâce de Dieu. L'impatience procède de l'amour de soi-même; elle est revêtue de la volonté sensitive, et l'amour-propre, et la sensualité ne peuvent être en Dieu. Vous voyez donc bien que l'àme qui est impatiente est privée de Dieu. « Il est impossible, dit le Christ, que l'homme puisse servir deux maîtres ; s'il sert l'un , il méprisera l'autre, car ils sont opposés (2). » Le monde et Dieu n'ont aucun rapport ensemble ; les serviteurs

(1) Cette dame était femme de Trinci des Trinci , seigneur de Foligno, auquel est adressée la lettre lxxvi.

^2) S. Matth., VI, 24.

du monde et les serviteurs de Dieu sont aussi différents. Celui qui sert le monde ne se plaît que dans l'amour sensuel et déréglé des plaisirs , des richesses , des honneurs , de la puissance, de toutes les choses qui passent comme le vent, parce qu'elles n'offrent aucune sûreté, aucune durée.

2. L'homme désire outre mesure une vie longue, et la vie est courte ; il désire la santé , et bien souvent il est malade. Toutes les joies et les consolations du monde sont si peu durables, qu'il faut qu'elles nous quittent ou que nous les quittions. Quelquefois Dieu permet qu'elles nous soient enlevées; nous perdons notre fortune ou ceux qui nous sont chers , ou quelquefois nous les abandonnons nous-mêmes lorsque Dieu nous retire de la vie. Je dis donc que l'amour déréglé des serviteurs du monde pour eux-mêmes leur fait aimer aussi d'un amour déréglé les créatures, enfants , maris , frères , pères , mères et tous les biens du monde. Lorsqu'ils les perdent, ils en souffrent cruellement, ils tombent dans l'impatience et le désespoir, et ce n'est pas étonnant. La douleur de la perte qu'ils éprouvent est proportionnée à l'amour avec lequel ils possédaient ; ils goûtent dès cette vie les arrhes de l'enfer, et s'ils n'ont pas soin de reconnaître leur faute et de supporter avec patience le malheur que Dieu a permis pour leur bien , ils arrivent à l'éternelle damnation.

3. 0 mes très -chères Sœurs et Filles (1), combien est insensé celui qui s'attache au monde, à ce maître misérable , sans loyauté et plein d'artifices ! Comme il trompe celui qui met en lui sa confiance ! 11 paraît beau,

(1) Cette lettre s'adressait aussi à d'autres dames de la famille.

et il est affreux ; il veut faire croire qu'il est stable et sûr, et il change toujours. Ne le voyons -nous pas jusqu'à révidence? aujourd'hui nous sommes riches, et demain pauvres; aujourd'hui maîtres, et demain serviteurs; aujourd'hui vivants, et demain morts. Nous voyons donc bien que rien n'est assuré. C'est ce que voulait enseigner le glorieux saint Paul , lorsqu'il disait : a Gardez -vous de ceux qui mettent leur confiance en eux-mêmes et dans le monde, car, lorsqu'on se croit bien affermi tout tombe ; » et c'est la vérité. Nous devons retirer au monde notre amour et notre confiance, puisque, de quelque côté que nous nous tournions, il cause tant de fautes et tant de peines 11 ne vient vraiment que chagrin et scandale des choses du monde qu'on possède hors de Dieu. Ce que nous aimons , nous devons l'aimer en Dieu pour l'honneur et la gloire de son nom. Je ne voudrais pas cependant que vous croyiez que Dieu ne veut pas que nous nous aimions. Il veut que nous nous aimions , parce que toutes les choses qu'il a faites sont dignes d'être aimées. Dieu, qui est la bonté suprême, a fait bonnes toutes les choses, car il ne peut que bien faire ; mais l'homme doit les aimer selon l'ordre, selon Dieu, et reconnaître humblement que lui seul les rend mauvaises par sa faute. Le mal vient uniquement de notre volonté déréglée avec laquelle nous les aimons, et cette volonté non -seulement n'est pas digne d'être aimée, mais elle est digne de haine et de châtiment, puisqu'elle n'est pas en Dieu.

4. Le monde, ce misérable maître, est vraiment bien en opposition avec Dieu : Dieu veut la vertu, et le monde le vice ; Dieu est la patience même , et le monde est impatient ; en Jésus crucifié se trouve la clémence ,

la paix, le repos que rien ne peut troubler; isès pWmesses ne trompent jamais ; il est la vie , et nous avons en lui la vie ; il est la vérité , et il tient toujours sa parole ; il récompense le bien , et punit le mal ; il est la lumière qui nous donne la lumière ; il est notre espérance , notre protecteur, notre force , et il n'abandonne jamais ceux qui mettent en lui leur confiance L'âme reçoit autant qu'elle espère en son Créateur. Il soutient notre faiblesse, et fortifie le cœur de l'affligé qui réclame son secours avec une humilité sincère et avec confiance, pourvu que nous fixions l'œil de l'intelligence, éclairé de la vraie lumière, sur son ineffable charité. Nous acquérons cette lumière en contemplant le sang de Jésus crucifié ; car sans la lumière nous ne pouvons voir combien c'est une chose misérable d'aimer le monde, et combien il est bon et utile^d'aimer et de craindre Dieu ; car, en ne voyant pas , nous ne pourrons aimer ce qui est digne d'être aimé, et détester le péché, qui est digne de haine.

5. Voici le moment de servir le doux Maître avec une vraie patience. Vous avez éprouvé combien est pénible la servitude du monde, et combien ses biens disparaissent promptement. Attachez -vous donc à Jésus crucifié, et commencez à le servir de tout votre cœur, de toute votre âme ; supportez avec une vraie patience la sainte affliction qu'il vous a imposée non par haine, mais par amour pour le salut de son âme , à l'égard de laquelle il a été si miséricordieux , en lui permettant de mourir au service de la sainte Église (1). S'il était mort d'une autre manière , au milieu des erreurs et des jouissances

(î) Voir la lettre lxxvi.

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du monde , entouré d'amis et de parents qui bien souvent sont des obstacles à notre salut, il aurait eu bien à faire; mais Dieu, qui l'aimait particulièrement, a \oulu le sauver, et a permis cette circonstance, qui a été favorable à son ûme. Et vous devez plus aimer l'àme que le corps ; car ce corps est mortel et fini, et l'àme est immortelle et infinie. Vous voyez donc que la Providence a pourvu à son salut ; et pour vous , elle a voulu vous faire souffrir des peines, afin de vous en récompenser dans la vie éternelle. Nous l'avons dit, tout bien est récompensé, toute faute punie; c'est-à-dire toute peine, toute affliction supportées avec patience, et toute impatience, tout murmure, toute haine que nous avons eus contre Dieu, notre prochain et nous-mêmes. Le doux et bon Jésus a voulu que vous connaissiez le monde, et combien il est misérable de prendre pour Dieu ses enfants, son mari, sa fortune, ou quelque chose que ce soit. Et si vous me dites : L'épreuve est si grande, que je ne puis la porter, je vous répondrai, trèschère Sœur, que l'épreuve est petite, et que vous pouvez la porter : je dis petite , à cause de la petitesse et de la brièveté du temps , car l'épreuve ne dure pas plus que le temps , et quand nous quittons cette vie, nos épreuves sont finies. Qu'est-ce que le temps pour nous? Ixs saints disent : Une pointe d'aiguille sans hauteur et sans largeur. Il en est de même de la vie de notre corps, qui disparaît dès qu'il plait à la Bonté divine de nous retirer de ce monde.

6. Je dis encore qu'il faut souffrir l'épreuve, car personne ne peut s'en délivrer par l'impatience. On a beau dire : Je ne puis pas, je ne veux pas souffrir, il faut toujours souffrir, et la résistance ne fait qu'ajouter

à la souffrance par la volonté propre ; c'est dans cette volonté que se trouve toute peine. La peine est proportionnée à la volonté; ôtez la volonté, et vous ôterez la peine. Et comment perdre cette volonté? dans le souvenir du sang de Jésus crucifié. Ce sang est si désirable, que toute amertume devient douce par le souvenir de ce sang, et que tout fardeau devient léger. C'est que dans le sang du Christ nous trouvons l'amour ineffable qu'il a eu pour nous ; c'est par amour qu'il nous a donné la vie , et rendu la grâce que nous avions perdue par le péché. Dans ce sang nous trouvons la grandeur de sa miséricorde, et nous vovons que Dieu ne veut autre chose que notre bien. 0 doux Sang qui enivre l'âme, qui nous donne la patience et nous revêt de la robe nuptiale qu'il faut avoir pour entrer dans la vie éternelle ! C'est le vêtement de la charité , sans lequel nous serons chassés du festin de la vie éternelle. Oui, trèschère Sœur, c'est dans le souvenir de ce sang que nous trouvons la joie et la consolation dans toutes nos peines et nos adversités. Aussi je vous ai dit que parle souvenir du sang du Christ est détruite la volonté sensitive, qui cause l'impatience , et ce souvenir du sang nous revêt de la volonté de Dieu , où l'âme trouve tant de patience , que rien de ce qui lui arrive ne peut la troubler, mais qu'elle gémit plus de ne pas aimer souffrir et de résister à la volonté de Dieu que de ses peines mêmes. Vous devez faire ainsi , et gémir de votre faiblesse et de vos plaintes. De cette manière vous mortifierez le vice de la colère et de l'impatience, et vous acquerrez la vertu parfaite.

7. Considérez vous-même combien de peines le Christ a souffertes pour nous , avec quel amour il vous a ac-

cordé les vôtres, afin que vous sovez sanctifiée en lui. Voyez combien la peine est petite, puisque le temps est si court; combien toutes nos épreuves seront récompensées j combien Dieu est bon , puisqu'il ne veut autre chose que notre bien : et en y réfléchissant saintement , tout vous deviendra léger ; vous supporterez la tribulation en voyant nos fautes qui la méritent, et la bonté de Dieu si pleine de miséricorde envers nous; car nos fautes mériteraient une peine infinie , et il nous punit avec ces peines finies. Non -seulement elles détruisent le péché, mais elles nous méritent la vie éternelle parla grâce que Dieu donne à celui qui sert avec patience. Il est si bon , que le servir n'est pas être esclave , c'est régner. Il nous a fait tous libres et rois, parce qu'il nous a tirés de la servitude du démon , de son odieuse tyrannie, de son affreux esclavage. Courage donc, trèschère Fille : puisqu'il est si amer de servir et d'aimer d'un amour déréglé le monde , les créatures et nousmêmes , et puisqu'il est si doux d'aimer et de craindre notre doux Sauveur, notre Maître légitime, qui nous a aimés avant que nous fussions, à cause de son infinie charité , il n'y a plus de temps h perdre ; il faut , avec une foi vive et une parfaite lumière, nous confier en Celui qui nous secourra dans tous nos besoins; il faut le servir de tout notre cœur, de toute notre âme , de toutes nos forces , avec une véritable patience , qui est pleine de douceur.

8. La patience est toujours maîtresse; elle triomphe toujours, et n'est jamais vaincue, parce qu'elle ne se laisse pas dominer et posséder par la colère. Aussi, celui qui l'a ne voit pas la mort éternelle , mais il goûte dès cette vie les arrhes de la vie éternelle. Sans eUe , au

contraire, nous sommes prives par la mort des biens de la terre et des biens du ciel. En voyant ce danger et en apprenant la position où vous a réduite le malheur qui vous est arrive, j'ai craint que vous ne perdiez le fruit de votre peine , et je vous ai dit , je vous répète que je désire vous voir affermie dans la vraie et parfaite patience. Vous devez le faire afin que, quand vous serez appelée par la douce Vérité première , vous puissiez lui dire au moment de la mort : Seigneur, j'ai passé et terminé ma vie dans la foi et l'espérance que j'avais en vous, supportant avec patience les peines que vous m'avez accordées pour mon bien. 3Iaintenant je vous demande en grâce, par les mérites de votre sang précieux , de vous donner à moi , vous qui êtes la vie san« mort, la lumière sans ténèbres, le rassasiement sans dégoût, la faim désirable sans souffrance, le bien parfait que la langue ne peut exprimer, le cœur imaginer, l'œil contempler, le bien que vous avez préparé pour moi et pour tous ceux qui souffrent volontairement toutes les peines pour votre amour.

9. Je vous promets , très- chère Sœur, qu'en agissant ainsi Dieu vous rendra même vos biens temporels (1), et qu'à la fin vous arriverez dans votre patrie, à Jérusalem, la vision de la paix. 11 l'a fait pour Job, qui montra si bien sa patience. Il avait perdu tout ce qu'il avait, ses enfants, sa fortune, tellement que sa chair était dévorée de vers. Sa femme seule lui était restée pour le tourmenter sans cesse ; et dans tous ses malheurs Job ne se plaignait pas , mais il disait : Dieu me l'a donné, Dieu me l'a ôté; que son saint nom soit

(1 ) En effet, le successeur d'Urbain VI, Boaiface IX , rendit à la famille des Trinci de Foligno son ancienne puissance.

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béni. Dieu, en voyant tant de patience en Job, lui rendit le double de ce qu'il avait ; il lui donna la grâce en ce monde et la vie éternelle dans l'autre. Faites de même , et ne vous laissez pas tromper par la passion sensitive , par le monde , le démon et la parole des créatures. Préservez votre cœur de la haine contre votre prochain, car ce mal est pire que la lèpre ; la haine fait dans l'àme comme celui qui veut tuer son ennemi , et qui, en tournant la pointe de son épée contre lui-même, se tue avant de le tuer. La haine fait de même : l'àme se tue avant de tuer son ennemi. J'espère de la bonté de Dieu que vous ferez ce que je vous recommande ; et pour mieux le faire, confessez - vous souvent, et recherchez la société des serviteurs de Dieu ; aimez la prière , où l'àme se connaît et connaît Dieu. Baignez-vous dans le sang de Jésus crucifié. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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