‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 114 sur 160 · CONFIDENTE DE LA REINE · texte numérisé non relu

CONFIDENTE DE LA REINE

De la sainte crainte de Dieu, et de la crainte servile. — Elle exhorte cette dame k faire tous ses efforts pour ramener le cœur de la Reine à l'obéissance de la sainte Église.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très- chère Sœur dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir lihre de toute crainte servile , afin que vous annonciez généreusement la vérité, et que vous demeuriez dans la sainte crainte de Dieu. Cette crainte rend l'àme virile et l'empêche de craindre les peines , la mort , les persécutions ; elle ne craint pas de déplaire aux créatures , parce qu'elle veut plaire uniquement à son Créateur. Sa seule crainte est d'ofifenser Dieu , elle n'en a pas d'autre. Oh ! qu'il est doux à l'âme de vivre dans cette crainte, car elle procède de la douce charité et du respect que nous devons à Dieu. Elle est comme le bon fils, qui, par amour et par respect , craint de faire quelque chose qui déplaise à son père, non par peur du châtiment, mais pour ne pas l'offenser. C'est ce que fait l'âme qui s'est donnée au service de son Créateur généreusement, de tout son

cœur, de son affection, le servanl non par crainte et avec un amour mercenaire , mais avec un amour libre. Comme elle aime librement , elle sert librement ; aussi elle ne craint pas la peine, et elle est prête à tout souffrir avec une sainte crainte.

2. Cette sainte crainte nous est néce>ssaire dans le temps où nous sommes , bien qu'en tout temps , en tout état , en tout lieu , nous devions l'avoir, et fuir ce misérable amour, d'où vient la crainte servile, qui craint tant, que son ombre lui fait peur. Oh! combien est misérable cette crainte , combien elle avilit l'àine ! Elle resserre tellement le cœur pour la charité, qu'il ne peut plus contenir l'honneur de Dieu et l'amour du prochain j elle le rend timide au point que , vovant le prochain offenser Dieu, il paraîtra par crainte ne pas s'apercevoir de l'injure faite à son Créateur, et quelquefois , pour plaire et ne pas déplaire , il semblera même approuver les fautes qu'il voit commettre , agissant ainsi contre sa conscience, qui lui dit que tous les deux font mal. 0 maudit amour-propre , qui as corrompu le monde entier! Tu prives l'àme du trésor des vertus, et tu l'as remplie de crainte servile; tu l'appauvris, tu lui ôtes la lumière, tu pervertis son goût tellement, que les choses amères lui semblent douces , et les douces, amères; tu la dépouilles de la sainte crainte , et tu la revêts de crainte servile et de misères : dès cette vie elle goûte les arrhes de l'enfer ; elle devient insupportable à elle-même. Cette misérable crainte entraîne avec elle tous les maux ; l'àme doit donc bien la détester; elle doit se lever et s'asseoir sur le tribunal de sa conscience, et faire justice de tous les mouvements de crainte qui ne seraient pas conformes à la raison. Très chère Sœur, je vous invile à

quitter cette crainte servile ; et , avec la lumière de la vérité et la sainte crainte de Dieu, commencez à semer la vérité dans le cœur de la Eelne , afin que la justice divine ne s'appesantisse pas sur elle , et qu'elle ne tienne pas la sainte Église et tous les chrétiens dans une affliction si amère.

Sainte Catherine ajoute ensuite beaucoup de choses pour prouver la validité de l'élection d'Urbain VI, et elle combat l'erreur de la Reine par d'excellentes raisons. Elle finit par ces piots : Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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