‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 118 sur 160 · CCCXXXII — A MADAME ISA · texte numérisé non relu

CCCXXXII — A MADAME ISA

FILLE DE JEAN d'aGNOLINO SALIMBBNI.

De la fidélité k la grâce, et de la force dans le service de Dieu,

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Très- chère Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir une épouse ferme et fidèle , sans être agitée comme la feuille par le vent. Je ne veux pas que votre àme et votre saint désir cèdent au vent contraire de la tribulation et de la persécution , que suscitent le monde et le démon ; mais surmontez tout par l'amour de la vertu, la persévérance et le souvenir du sang de Jésus -Christ. Que les discours des créatures et leurs mauvais conseils ne vous détournent jamais de votre dessein. Alors vous serez une épouse fidèle, et, fermement appuyée sur la Pierre vive, le Christ, le doux Jésus, vous ne perdrez pas la force, et la parole ne faiblira pas sur vos lèvres : vous la trouverez, au contraire , car les vertus et l'ardeur ne doivent pas diminuer en celui qui désire et veut bien faire, mais elles doivent augmenter. Je me rappelle que dans le monde vous vous faisiez craindre; vous fouliez aux pieds les propos et les caprices des hommes , et c'est tout ce

que mérite ce monde misérable. Votre vertu maintenant ne doit pas avoir moins de force , et au lieu d'une parole , vous devez en avoir douze pour répondre hardiment aux propos du démon, qui veut empêcher votre salut. Si vous gardez le silence , vous serez reprise au dernier jour ; il vous sera dit : « Sois maudite , parce que tu as gardé le silence (1). » N'attendez pas un si dur reproche. Je suis persuadée que, si vous voulez suivre l'Agneau abandonné et immolé sur la Croix dans la voie des peines , des outrages , des opprobres et des injures , vous ne garderez pas le silence.

2. Je veux donc que vous suiviez le Christ, votre Époux , et que vous descendiez avec un ardent et saint désir sur ce champ de bataille nouveau , pour y combattre avec persévérance jusqu'à la mort, en disant : o Je puis tout par Jésus crucifié , qui est en moi et qui me fortifie (2). » Au commencement vous sentirez les épines , mais ensuite vous recueillerez le fruit , et vous goûterez la gloire de l'honneur de Dieu. Courage donc ; ayez une véritable et sainte persévérance, et n'hésitez jamais. Il me semble, quant à l'habit, qu'il faut suivre ce que l'Esprit- Saint demande par votre bouche, sans vous laisser influencer par personne, et sans vous inquiéter de ce qu'on dira (3). Cela ne diminuera en rien votre dévotion pour votre glorieux Père saint François ; elle augmentera même, et vous n'en serez pas moins libre. Il

(1) Isaïe, VI, 5.

(2) Ép. aux Philipp., iv, 13.

(3) Il s'agissait sans doute de l'habit du tiers-ordre de Saint -Dominique. Dans un bref d'Urbain VI, en date du 29 mars 1380, une indulgence pléîiière pour l'heure de la mort est accordée à cinquante tertiaires de Sienne, et Isa, tille de Jean d'Agnolino, est nommée la première.

y aurait plutôt de l'inronvénient à revenir sur ce qui est commencé. Quant à la comtesse, je crois que, si elle pouvait venir à la Roche avant mon arrivée , ce serait bien ; nous ferions ensuite ce que le Saint-Esprit nous ferait faire. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour. Baignez -vous dans le sang de Jésus crucifié. Doux Jésus, Jésus amour.

CCCXXXIII. — A MADAME MITARELLA,

FEMME DE LOUIS DE M0GLI4N0, StNATEliR DE SIENNE, EN 1373.

De la crainte et de l'amour que Dieu demande de nous. — Deux choses sont nécessaires pour conserver en nous la foi en Dieu, surtout dans l'adversité.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -chère et bien -aimée Mère dans le Christ, le doux Jésus , moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous salue et je vous encourage dans son précieux sang, avec le désir de vous voir devant Dieu une servante fidèle , c'est-à-dire pleine de cette foi qui met la paix et la joie dans notre âme. C'est cette douce foi qu'il faut avoir, cette foi dont notre Sauveur a dit : « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé , et que vous disiez à cette montagne d'avancer, elle avancerait (1). » C'est dans cette foi, bien -aimée Sœur, que je vous prie de persévérer. En m'annonçant l'accident qui est arrivé au Sénateur, et qui vous a causé , il me semble, une grande frayeur (2), vous m'avez dit que vous n'aviez de foi et d'espérance

(1) s. Matth., XVII, 19.

(2) Ce sénateur de Sienne avait probablement couru quelque grand danger dans une des émeutes populaires très - fréquentes à cette époque.

que dans les prières des serviteurs de Dieu. Je vous prie, de la part de Dieu et du doux Amour Jésus, de rester toujours dans cette douce et sainte foi. 0 douce foi qui donne la vie I Si vous conservez cette sainte foi , jamais votre cœur ne connaîtra la tristesse , car la tristesse vient uniquement de la foi que nous plaçons dans les créatures. Les créatures sont des choses fragiles et périssables, et notre cœur ne peut jamais se reposer que dans une chose ferme et durable. Quand notre cœur s'appuie sur la créature, ce n'est pas sur une chose solide ; car aujourd'hui l'homme est vivant , et demain il est mort. Il faut donc , si nous voulons avoir le repos , que notre cœur et notre âme se reposent par la foi et l'amour en Jésus crucifié. Alors nous verrons notre âme se remplir de joie. 0 très -doux Amour Jésus !

2. Ma Sœur, ne craignez pas les créatures; le Christ béni a dit : « Ne craignez pas les hommes, qui ne peuvent tuer que le corps; mais craignez -moi, car je peux tuer l'àme et le corps (1). » Craignons Celui qui dit qu'il ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. 0 ineffable charité de Dieu , qui menace d'abord, en nous disant qu'il peut tuer le corps et l'àme, pour nous faire humilier et rester dans sa sainte crainte ! 0 bonté de Dieu , qui , pour consoler l'àme , dit ensuite qu'il ne veut pas que nous mourions, mais que nous vivions en lui ! Ma bien-aimée Sœur, vous montrerez que vous vivez quand votre volonté sera unie et semblable à la volonté de Dieu ; cette douce volonté vous donnera la foi et l'espérance, qui fait vivre en Dieu.

(1) s. Matth , x,28.

3. Si Yoiis voulez \i\ifier cette sainte foi, je vous prie de vous rappeler deux choses. La première, c'est que Dieu ne peut vouloir que notre bien : pour nous donner le vrai bien, il s'est donné lui-même jusqu'à la mort honteuse de la Croix , parce que nous avions été privés de ce bien par le péché. 11 s'est humilié doucement luimême pour nous rendre la grâce et ôter de nous l'orgueil. Il est donc bien vrai que Dieu ne veut que notre bien. La seconde chose est que vous croyiez fermement que tout ce que nous causent la vie ou la mort, la maladie ou la santé, la richesse, la pauvreté, les injures qui nous sont faites par nos amis, nos parents, ou par quelque créature, je veux que vous croyiez que c'est par la permission de Dieu; car il ne tombe pas une seule feuille d'arbre sans sa volonté. INe craignez donc rien ; Dieu ne nous donne que ce que nous pouvons porter , et jamais plus ; recevons tout avec respect, ma bien-aimée Sœur, nous jugeant indignes du bonheur qu'on a en souffrant pour Dieu. Et parce que le démon veut vous effrayer du mal que vous Craignez, prenez sur-le-champ les armes de la Foi, croyant que nous serons délivrés par Jésus crucifié. Vous resterez ainsi dans la joie parfaite , bien persuadée, comme nous l'avons dit, que Dieu ne veut que notre bien. Espérez en Jésus crucifié, et ne craignez rien. Je ne vous dis pas autre chose que de faire vos œuvres avec l'amour et la crainte de Dieu. Rappelez - vous que vous devez mourir, et vous ne savez pas quand ; et l'œil de Dieu est ouvert sur vous pour voir toutes vos œuvres. 0 doux Jésus ! donnez-nous la mort avant que nous vous offensions. Loué soit Jésus-Christ,

CCCXXXIV— A MADAME ORIETTA SCOTTA,

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