A LA CROIX DE CANETO, A GÊNES
De la patience et de ses effets. — Du renoncement à la volonté propre.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1. Très -chère Mère et Fille dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir affermie dans la vraie et parfaite patience. Cette patience montre si nous aimons véritablement ou non notre Créateur ; car elle est la moelle de la charité, et il n'y a pas de charité sans patience, et de patience sans charité. C'est une vertu si belle, si nécessaire à notre salut, que sans elle nous ne pouvons plaire à Dieu , ni recevoir le fruit des peines que Dieu permet pour notre salut. Sans elle aussi nous goûterons en cette vie les arrhes de l'enfer. Cette vertu nous montre la lumière qui est dans l'àme qui la possède, c'est-à-dire qu'elle montre que l'âme , avec la lumière de la très-sainte Foi , a vu et connu que Dieu ne veut autre chose que son bien , et que tout ce qu'il donne ou permet
(1) Ce fut cette dame qui donna l'hospitalité à sainte Catherine revenant d'Avignon, en 1376. Notre sainte resta un mois à Gènes avec ses nombreux disciples, et y fit plusieurs miracles. (Vie de sainte Catherine, 11* p ,ch. 8.)
en ce monde est pour notre sanctification. Dès que Tàme l'a reconnu, elle devient patiente, car elle se dit à elle-même, quand la sensualité veut se révolter par impatience : Veux- tu donc te plaindre de ton bien? Tu ne peux pas , tu ne dois pas te plaindre , mais tu dois souffrir généreusement pour la gloire et l'honneur du nom de Dieu.
2. La patience fait naître une grande douceur au fond de l'àme ; elle est forte , et elle éloigne toute impatience et toute affliction ; elle est persévérante, et aucune fatigue ne lui fait tourner la tête en arrière , mais elle avance toujours à la suite de l'humble Agneau , dont la patience et la douceur furent si grandes , qu'on ne l'entendit jamais se plaindre. Elle se conforme à Jésus crucifié en se revêtant de sa doctrine et en se rassasiant d'opprobres ; elle triomphe de la colère en la foulant aux pieds par la douceur ; elle ne se laisse abattre par aucune fatigue, parce qu'elle est unie à la charité ; elle ne prend pas le bien d' autrui ; elle donne, au contraire, généreusement. Rien ne lui est trop précieux pour ne pas le donner; mais elle se prive de tout avec une douce patience ; elle s'enivre du sang de Jésus crucifié pour se perdre elle-même : et plus elle se perd, plus elle se trouve unie et liée à la douce volonté de Dieu , méprisant le monde avec toutes ses délices, se plaisant à suivre la voie de la véritable humiliation , et embrassant la pauvreté volontaire par de saints et véritables désirs.
3. 0 ma très-chère Mère et Fille! voici le temps d'embrasser cette vraie et solide vertu. Vous voyez que le monde poursuit d'injures et de reproches ceux qui aiment la vérité. Il faut donc être patients dans les injures et les peines que nous éprouvons ; mais nous devons
aussi avoir grande compassion des autres, et nous élever seulement contre le péché de celui qui offense. Trèschère Mère et Fille, fut-il jamais plus juste de pleurer et de gémir sur les offenses faites à Dieu; avons- nous jamais vu le monde plongé dans de pareilles ténèbres? et cela à cause de l'amour de nous-mêmes, qui a tout empoisonné, tout corrompu. Qui aura la patience, aura la charité parfaite ; et quand on a la charité parfaite , on gémit, et on doit gémir plus de ce mal qu'on voit, que de ses propres peines et de ses afflictions. Hélas! ne voyez- vous pas que notre Foi est souillée par des chrétiens marqués du signe de Jésus-Christ ! ils perdent dans les ténèbres de l'hérésie le sang du Christ. Nous devons en gémir amèrement , et cette douleur doit faire oublier toute autre douleur. Je vous invite à souffrir avec une vraie patience , à vous offrir vous-même à Dieu par une humble et continuelle prière. Ne dormons plus; mais secouons le sommeil , car il est temps de se lever. Donnez -vous tout entière en vous dépouillant de toute affection, de tout attachement. Attachez-vous à l'arbre de vie, à l'humble Agneau sans tache, où vous trouverez la vertu de patience et toutes les autres vertus, qui sont arrosées et mûries par ce sang. Oh ! combien est heureuse l'âme qui , en souffrant avec force et courage, se revêt de vertu! La langue est incapable de l'exprimer; mais faites- en l'expérience, baignez -vous dans le sang de Jésus crucifié, dans ce sang qui rend douce toute chose amère, et Jégers tous les fardeaux. Ce sang nous apprend à gouverner les biens temporels, comme vous l'avez fait et comme vous le faites toujours , en ennoblissant pour vous les malheureux et ceux qui sont dans le besoin.
4. Maintenant soumettez à ce sang précieux votre volonté propre, faites- en le sacrifice à Dieu; lorsque vous l'aurez fait, vous le montrerez par la vertu de la patience. Vous ne pourrez pas le montrer autrement. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir affermie dans la vraie et parfaite patience. Mettez votre force dans le Christ, le doux Jésus. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Bénissez et saluez tous les vôtres , et faites prier particulièrement pour la sainte Église et pour le Christ de la terre. Doux Jésus, Jésus amour.
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