‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 143 sur 160 · DE DOMINIQUE, A ROME · texte numérisé non relu

DE DOMINIQUE, A ROME

Du pèlerinage de la vie , et du bâton de la Croix, qu'il faut prendre pour nous soutenir et nous défendre.

AU WOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Très- chère Mère et Fille dans le Christ , le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et Tesclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir une bonne voyageuse , vivant comme vit le vrai pèlerin , qui voyage en ce monde ; et puisque nous marchons tous vers la mort, je veux que vous fassiez comme le sage pèlerin, qui ne s'arrête ni aux peines ni aux plaisirs qu'il rencontre dans la route , mais qui ne regarde que le terme où il veut arriver. Nous sommes aussi des voyageurs, et nous ne devons être arrêtés ni par les tribulations, ni par les outrages, ni par les injures qui nous seront dites ou faites en cette vie. Ne vous détournez pas du chemin par impatience; mais continuez avec une vraie et sainte patience, comme une personne qui ne doit pas s'arrêter : je dis que nous ne devons pas nous arrêter aux plaisirs et aux consolations par un attachement déréglé ; mais nous devons passer outre généreusement , sans nous y complaire. 11 faut aussi avoir dans cette

route un bâton à la main pour nous défendre des animaux sauvages et de nos ennemis.

2. Ce sera, ma Mère et ma très-chère Fille, le bâton de la très- sainte Croix , et avec ce bâton vous trouverez l'Agneau immolé et consumé d'amour, qui nous défend de la sensualité , notre ennemie ; car Tâme , en voyant tant d'amour, mortifie et tue ses désirs déréglés. Je dis qu'il nous défend des animaux, c'est-à-dire des pensées du démon, des trompeuses flatteries du monde et de l'amour déréglé des enfants et des créatures. Oh ! combien est doux ce bois glorieux , où l'âme s'appuie pour courir et arriver à son terme! Notre terme, notre fin , est la vie éternelle. Je veux que vous l'ayez toujours devant les yeux de votre esprit; et alors vous serez un véritable pèlerin, et vous arriverez au port du salut. Baignez-vous , baignez-vous dans le sang de Jésus crucifié, allez recueillir le sang de Jésus crucifié dans les pèlerinages, car par les pèlerinages (1) le chrétien ne fait autre chose que de recueillir le précieux sang. Les indulgences nous sont données par le sang de l'Agneau sans tache. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

(1) Per cotesti perdoni. Par ces pardons, mot encore employé en Bretagne pour exprimer les pèlerinages où sont attachées des indulgences.

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