‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 155 sur 160 · CCCLXTX. — A UNE DAME QU'ON NE NOMME PAS · texte numérisé non relu

CCCLXTX. — A UNE DAME QU'ON NE NOMME PAS

Elle désire la voir éclairée de la lumière de la Foi, nécessaire pour connaître la vérité et pour acquérir la patience.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -chère Sœur dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir éclairée par la vérité de Dieu : autrement vous ne pourrez participer à la vie de la grâce en ce monde, vous serez dans une affliction continuelle, et vous recevrez enfin l'éternelle damnation; car en étant privée de la lumière, vous vous scandaliserez sans cesse de la Providence , et ce qu'elle vous donne par amour, vous rattribuerez à la haine; ce qui est la vie, vous le prendrez pour la mort. Et quelle est cette vérité que nous devons connaître , trèschère Sœur? Nous devons voir que Dieu nous aime souverainement, et que, par amour, il a voulu nous créer à son image et ressemblance, pour nous faire jouir de son éternelle vision. Qu'est-ce qui nous manifeste cette vérité et cet amour ? le sang de l'humble Agneau sans tache ; lorsque nous étions privés par le péché d'Adam de la vision de Dieu et bannis de la vie éternelle, ce doux et tendre Verbe a été envoyé par son Père pour souffrir la mort , afin de nous donner la vie et de laver

nos fautes avec son précieux sang ; et lui , tout transporté d'amour, il courut à la mort honteuse de la Croix pour accomplir les ordres de son Père et notre salut. Cette vérité ne nous est pas cachée ; le Sang nous la manifeste. Si Dieu ne nous eut pas créés pour cette fin , s'il ne nous aimait pas d'un amour ineffable , il ne nous eut pas donné un tel Rédempteur. Aussitôt que l'àme est éclairée par cette vérité, Toeil de son intelligence reçoit la lumière de la très -sainte Foi, et elle croit fermement que tout ce que Dieu donne et permet pour sa créature , il le donne et le permet par amour et pour que cette vérité s'accomplisse en nous. Elle devient aussitôt patiente, et rien ne peut la troubler ; elle se trouve heureuse de tout ce que permet la divine Bonté.

2. Elle supporte avec une vraie et sainte patience la maladie , la perte des richesses , des honneurs , des parents , des amis ; et non -seulement elle supporte tout avec patience, mais elle le reçoit ^vec respect comme une chose que lui envoie son doux Créateur, par amour et pour sa sanctification. Quel est l'insensé qui pourrait se plaindre de son bien? Il n'y a que celui qui est privé de la lumière, parce qu'il ne connaît pas la vérité et ce qui lui est utile. Je veux donc, très-chère Sœur, que vous ouvriez l'œil de votre intelligence et que vous arrachiez avec soin toutes les racines d'amourpropre et de complaisance pour vous-même, afin que vous puissiez connaître cette vérité, et voir que Dieu est le médecin suprême qui sait , qui peut et qui veut nous donner ce qui nous est nécessaire , la médecine qui guérira notre maladie ; et alors vous recevrez avec une douce, une sainte et vraie patience la médecine qu'il vous donne à cause de l'amour particuher qu'il vous porte .

Je vous y invite, très-douce Sœur, afin que, par l'impatience , vous ne perdiez pas la récompense de vos peines ; mais que vous jouissiez dans cette vie d'une paix, d'une tranquillité parfaite, étant toujours soumise à la douce volonté de Dieu, et ne vous troublant jamais de rien, si ce n'est des offenses contre Dieu et de la perte des âmes. En faisant ainsi , vous montrerez que vous êtes éclairée par la vérité , et vous recevrez à la fin de votre vie la récompense infinie de vos peines. J'ai bien pris part au malbeur qui vous est arrivé; mais si je vois que vous êtes docile à la volonté de Dieu, et que vous en profitez comme vous le devez, je m'en réjouirai avec vous. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte

Page 1