‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 2)Chapitre 82 sur 160 · Je veux donc, très -cher Frère et Fils, que vous · texte numérisé non relu

Je veux donc, très -cher Frère et Fils, que vous

ne soyez plus inconstant, et que vous commenciez à rentrer en vous-même; car il me semble, d'après ce que me montre la Bonté divine , qu'il y a déjà longtemps que vous en êtes sorti. Et cela, parce que, dès le principe, vous n'avez pas véritablement pris pour fondement la Pierre vive. Ce qui empêche les serviteurs de Dieu de persévérer, c'est qu'ils n'ont pas de fondements solides, ils sont faibles; et lorsque viennent les vents impétueux du démon, du monde et de la chair, ils succombent, parce qu'ils sont sans force et sans vertu. J'ai cherché les moyens qu'il faut prendre pour vous relever et vous affermir davantage dans une humilité plus profonde et dans le mépris de vous-même , et je vous ai dit que je désirais vous voir une pierre inébranlable fondée sur la Pierre vive, sur le Christ, le doux Jésus, et non pas sur le sable. J'espère de la bonté infinie de Dieu que, si vous voulez vous humilier et vous connaître, vous accomplirez sa volonté et mon désir; vous acquerrez la vie de la grâce, vous serez délivré des ténèbres, et vous aurez la parfaite lumière. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CCLXXVII (269). ~ A LÉONARD FRESCOBALDT,

Des vertus et de la paix de ceux qui suivent la volonté de Dieu.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE-

1. Très-cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir baigné et plongé dans le sang de Jésus crucifié , afin que là se consume tout défaut , et surtout la volonté propre , qui est la cause et l'instrument de la mort de l'àme. Quand notre volonté est ainsi toute consumée dans ce sang, l'âme possède la vie , parce qu'elle est vêtue de la souveraine et éternelle volonté de Dieu.

2. 0 très-douce volonté, qui donnes la vie et éloignes la mort , qui donnes la lumière et qui dissipes les ténèbres ! tu détruis toutes les afflictions de lame , et tu l'engraisses du parfum des vertus; tu la revêts du vêtement nuptial , du feu de la charité divine , et tu lui fais

(1) Léonard Frescobaldi fut un des hommes les plus remarquables de Sienne. Sainte Catherine Faimait à cause de sa grande piété. II fit, en 1389, le pèlerinage de la terre sainte.

prendre à la table de la Croix la nourriture de l'honneur de Dieu et du salut des âmes ; tu lui donnes le très-doux baume de la paix, du repos de l'àme et du corps, de sorte qu'elle navigue tranquille au milieu des tempêtes de la mer. Ce sont là les trésors et les présents que Dieu donne à l'âme quand elle est revêtue de l'éternelle volonté et qu'elle s'est dépouillée de la volonté propre ; car la volonté propre cause toujours et enfante les tempêtes et les chagrins. Il s'ensuit que celui qui noie sa volonté dans le Sang demeure dans une paix parfaite. Il n'y a pas d'autre voie et d'autre moyen de goûter en cette vie les arrhes de la vie éternelle et de l'avoir ensuite pour récompense. Aussi je vous ai dit que je désirais vous voir baigné et noyé dans le sang de Jésus crucifié. Je ne vous dis rien de plus. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

CCLXXVUI (270). — A NIGl,

FILS DE DOCCI ARZOCCHI (1).

Des exemples et des enseignements de Jésus- Christ. De la charité envers le prochain.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus- Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir suivre les traces de Jésus crucifié , car nous n'avons pas d'autre moyen d'en recevoir la vie. Et quelle est cette vie? La voici : les mépris, les opprobres, les injures, les mauvais traitements, et il faut les supporter avec une parfaite patience jusqu'à la mort , sans jamais tourner la tète en arrière à cause des injustices du monde ; il ne faut jamais ralentir le pas , mais , au contraire , rendre toujours le bien à ceux qui nous font le mal. C'est la voie que nous enseigne et nous trace le doux et tendre Agneau. Il a dit : a Je suis la voie , la vérité , la vie (2) ; » et il donne véritablement

(1) Nigi est le diminutif de Dionigi. Ce disciple de sainte Catherine était parent de Bérenger Arzocchi , auquel est adressée la lettre xc,

(2) S. Jean, XIV, 6.

la vie à ceux qui marchent dans cette voie. Il nous donne la doctrine qui nous fait goûter en cette vie les arrhes de la vie éternelle , en nous communiquant la vie de la grâce. Ce doux Maître est monté à la tribune delà Croix afin de nous enseigner sa doctrine , fondée sur la vérité.

2. Nous qui sommes ses disciples , nous devons nous abaisser pour l'apprendre, nous devons être humbles, car on ne saurait l'apprendre avec l'orgueil. L'orgueil épaissit l'intelligence de l'homme et la rend incapable de connaître Dieu ; mais il n'en est pas ainsi de l'humble : l'œil de son intelligence est pur, il en a ôté la poussière de l'amour -propre et de la sensualité, et il l'a fixé dans la vraie connaissance de lui-même. C'est dans cette connaissance qu'il voit mieux et qu'il connaît plus parfaitement l'éternelle bonté de Dieu ; et en la connaissant mieux , il l'aime davantage ; en l'aimant davantage , il acquiert plus parfaitement l'humilité , la patience. L'humilité est la gouvernante, la nourrice de la charité. Vous voyez bien, très- cher Fils, qu'il faut s'asseoir humblement , comme de vrais disciples , et de cette manière nous apprendrons la doctrine , et nous courrons , en mourant à toute volonté , dans la voie de la douce vérité; nous nous plairons sur la Croix, avec d'ardents et saints désirs , cherchant l'honneur de Dieu et le salut des âmes.

3. Il est temps , très -cher Fils , de secouer le sommeil de la négligence et de l'ingratitude , et de montrer notre reconnaissance par notre zèle, en recherchant, en servant et en aimant notre prochain. Car nous ne pouvons témoigner notre reconnaissance à Dieu en lui étant utiles, mais nous pouvons le faire en servant le pro-

chain. Mon Fils bien-aimé , Dieu nous a-t-il jamais plus demandé que maintenant le zèle de son honneur et du salut des âmes?

4. Dieu nous le demande en tout temps, parce que sans la charité du prochain nous ne pouvons avoir la vie éternelle. Mais combien cela est-il plus nécessaire et plus exigé , maintenant que nous voyons parmi les chrétiens des besoins plus grands qu'ils n'ont jamais été? Pouvons-nous cesser d'offrir continuellement des larmes et d'humbles prières ? C'est à cela qu'on verra si nous sommes les vrais serviteurs de Dieu , si nous suivons la voie de la vérité et si nous savons bien sa doctrine. Hélas î ce n'est plus le temps de se rechercher soi-même; mais il faut chercher Jésus crucifié , et ne jamais cesser de pleurer sur les malheureuses âmes qui tombent entre les mains du démon , jusqu'à ce que Dieu jette un regard de miséricorde sur nous et apaise sa colère contre nos fautes. Hélas 1 le monde périt au milieu de tous les crimes qui se commettent par ses révoltes et ses persécutions contre la sainte Église ! Et moi , misérable cause de tout mal , je vous demande par l'amour de Jésus crucifié, que vous et mes autres fils vous employiez les gémissements , les larmes, les humbles et saintes prières pour demander au doux et tendre Agneau sans tache de nous rendre dignes de sa miséricorde et de nous accorder la réforme de son Épouse , et aussi la lumière , l'intelligence , l'obéissance, le respect envers la sainte Église; que les chrétiens vivent dans la paix et l'union, comme les vrais enfants d'un même père, et que nous ne soyons plus comme les membres du démon. Hélas î comment le cœur n'éclate-t-il pas d'amour pour Jésus crucifié? Oui, voici le moment; honorez Dieu et servez le prochain : je

verrai par là si vous êtes ou non de vrais enfants. Je vous assure que si nous ne le faisons pas, la Vérité suprême nous en demandera un compte sévère.

5. Dieu veut que nous le priions avec ferveur. Il l'a dit à un de ses serviteurs : « C'est par le moyen des prières continuelles et des ardents désirs de mes serviteurs que je ferai miséricorde au monde. » Ne soyez donc pas avare , mais généreux ; donnez les trésors de la charité : c'est d'elle que toutes les vertus tirent leur vie , c'est par elle que toute bonne œuvre porte des fruits de grâce. De cette manière vous deviendrez bon et parfait, vous ne serez plus ignorant, négligent et ingrat; vous vous assolerez humblement par terre , et vous suivrez les enseignements de Jésus crucifié. Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Recommandeznous à tous mes fils et à toutes mes filles ; dites-leur que c'est le moment de gémir et de prier pour la douce Épouse du Christ , et pour tout le peuple chrétien , qui est plongé dans de si grandes afiQictions à cause de nos péchés. Encouragez dans le Christ, le doux Jésus, Thomas Corradino , et dites-lui qu'il ait toujours Dieu devant les yeux , afin qu'il agisse toujours avec la sainte crainte de Dieu ; qu'il supporte avec une vraie patience ce que Dieu permet, qu'il méprise le monde, et qu'il embrasse les persécutions avec un saint désir jusqu'à la mort. Doux Jésus , Jésus amour.

CCLXXIX (271). —A HIPPOLYTE UBEBTINI,

Elle l'exhorte à abandonner le monde.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très- cher Frère dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus -Christ , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir un cœur généreux , libre de toute passion et de toute tendresse sensible; car cette tendresse vient de l'amour -propre, qui arrête les saints désirs et cause toute sorte de maux. Celui qui s'aime est toujours tiède de cœur. Dieu l'appelle et lui fait voir le peu de temps qu'il a à vivre , les misères et la fragilité du monde, son inconstance et son peu de durée. Il lui montre que le moindre plaisir que l'homme goûte en dehors de la volonté de Dieu est sévèrement puni ; il lui inspire aussi la haine et le mépris du monde. L'homme voudrait volontiers le quitter, parce qu'il voit qu'en laissant le monde on en est le maître, puisqu'on foule aux pieds ses grandeurs , ses richesses et ses délices ; il voit

(1) La famille des Ubertini était une des plus nobles de Florence; elle se divisait en plusieurs Lranches, dont l'une était établie à Sienne. ui. 23

aussi que Dieu récompense et rend tout au centuple. Il se dispose alors à tout abandonner ; mais l'amour-propre \it encore dans l'âme ; ce désir se refroidit , la tendresse qu'il a pour lui-même le retient, et il s'accorde des délais.

2. Il ne faut pas faire ainsi ; mais il faut tuer l'amourpropre , en considérant que le temps est incertain ; si nous étions sûrs de l'avoir, nous pourrions dire : Je dénouerai le lien qui me retient au monde , et , quand je serai libre , j'irai me lier avec Jésus crucifié , et je me mettrai sous le joug de son obéissance. Très-cher Frère, puisque vous avez le temps maintenant, détruisez tout amour- propre et toute tendresse sensible; ne vous arrêtez pas à dénouer, mais coupez ; prenez avec la main du libre arbitre le glaive à deux trancbants de la haine et de l'amour , l'amour de la vertu , et la haine, l'horreur du vice, du monde et de la sensualité. De cette manière vous montrerez que vous êtes courageux, et non pas tiède et négligent. Répondez, répondez à Dieu qui vous appelle par ses bonnes et saintes inspirations. Vous avez une retraite , un lieu de bénédiction bien séparé du monde , et un père , le prieur de la Gorgone , un ange véritable, un modèle de vertus (1). Vous trouvez une bonne et sainte famille ; ne résistez pas à la grâce de Dieu, qui vous demande avec tant de bonté d'habiter votre cœur.

3. D'après la lettre que vous m'avez envoyée, je vois que vous avez une bonne et sainte intention ; mais vous tardez trop en demandant deux ans. C'est le démon qui s'irrite de votre bonheur, et qui vous montre des ob-

(1) Voir la lettre c.

stades pour troubler votre paix et votre repos. Il me semble que vous ferez bien de placer le plus tôt possible votre jeune fille, et de vous délivrer de cet embarras. Vous pourrez ensuite facilement terminer le reste . Pour vos autres afi'aires , vous pourrez les confier à quelqu'un que vous jugerez capable de s'en cbarger pour l'amour de Dieu et de vous; mais occupez -vous vous-même de cette jeune fille. Je vous prie de la part de Jésus crucifié de vous hâter. N'attendez pas le temps , car le temps n'attend pas. Vous verrez le prieur de la Gorgone ; ouvrez- vous entièrement à lui , et prenez une solide et ferme résolution. Si vous vous décidez à choisir cette sainte retraite, qui sera la vie de votre âme, ou si, de quelque manière que ce soit, vous voulez abandonner vos biens aux pauvres , faites des aumônes au couvent de la Gorgone , car il a besoin d'être secouru, pour vivre selon la règle de l'ordre des Chartreux. Courage donc; j'espère de la bonté de Dieu , qu'en vous baignant dans le sang de Jésus crucifié , vous ferez ceci et le reste sans tarder davantage. Je ne dis rien de plus. Recommandezmoi à Léonard et à Nicolas Soderini , à M™« Antonia.

Bénissez toute la famille au nom du Christ, le doux Jésus. Demeurez dans la sainte et douce dilection de

Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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