‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 2 sur 100 · XXXIV · texte numérisé non relu

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yers lui, et je lui rappelais le sang de l'Agneau. Sa bouche ne disait autre chose , que Jésus, Catherine; et en disant ces mots, je reçus sa tête dans mes mains (1). »

Sainte Catherine eut alors une extase , et vit l'âme de Tuldo entrer dans la gloire. « Elle se retourna, dit-elle, comme l'épouse quand elle est arrivée à la porte de l'époux ; elle regarde en arrière , et incline la tête pour saluer ceux qui l'ont accompagnée , et leur fait un dernier signe d'adieu. » Quelle impression devait produire sur les assistants un pareil spectacle ! Tous pleuraient , et croyaient voir la mort d'un martyr, plutôt que l'exécution d'un coupable. Le peuple louait Dieu dans ses saints, et la haine s'apaisait dans les cœurs (2).

L'action de sainte Catherine ne devait pas se borner à la ville de Sienne ; elle s'étendit à l'Italie tout entière. La vie religieuse et politique des peuples du moyen âge établissait entre eux des rapports intimes. Les Italiens surtout vivaient d'une vie commune ; ce qui intéressait l'un intéressait l'autre , dans ces grandes querelles du sacerdoce et de l'empire, et les discordes civiles même occasionnaient des alliances étroites entre les citoyens des dilTérentes contrées. 11 y avait un échange d'hospitalité entre les vaincus des partis. Les exilés qu'un retour de fortune ramenait dans leur patrie, avaient bientôt à offrir yn asile à ceux qui les avaient reçus. Ce mouvement des révolutions étendit rapide-

(1) Lettre cxliii.

(2) Déposition de frère Thomas, de Sienne, procès de Venise.

ment la réputation de sainte Catherine , et les affaires de l'Eglise la mirent bientôt en correspondance avec les principaux citoyens de Florence, de Pise, de Lucques, de Voltere , de Foligno et de Bologne.

L'amour de l'Église résume l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Aussi sainte Catherine en était embrasée , et toute sa vie fut consacrée à le répandre. Elle cherchait sans cesse à l'Épouse du Christ des enfants dévoués et de fidèles défenseurs.

« Oui, s' écriait -elle, nous devons npus passionner pour la sainte Église. C'est dans le moment du besoin que se montre l'amour. L'Église a besoin devons, et vous avez besoin d'elle ; elle a besoin de votre secours humain, et vous de son secours divin. Plus vous lui donnerez , plus vous participerez à la grâce divine , au feu de l'Esprit -Saint, qui est en elle. 0 douce Épouse rachetée parle sang du Christ, vous êtes si parfaite, qu'un memlîre séparé de vous ne peut recevoir et goûter le fruit divin. Pauvre misérable que je suis! je n'ai rien pour la servir, et si mon sang pouvait lui être utile , je le répandrais avec joie de toutes les parties de mon corps. Je lui donnerai le peu que Dieu me donnera pour ellej je n'ai à lui offrir que des larmes, des soupirs, des prières continuelles (1). »

Sainte Catherine avait une intelligence surnaturelle des besoins de l'Église, et dès le commencement de sa mission , elle traçait au Souverain Pontife le plan qu'il

(1) Lettre xui. A la reine de Hongrie.

fallait suivre pour réparer les maux qui désolaient alors le monde chrétien. 11 fallait réformer les scandales que donnaient les ministres de l'Église, rétablir le Saint- Siège à Rome , et organiser une croisade contre les infidèles (1) ; c'est à ces trois choses qu'elle consacra ellemême tous ses efforts.

Tousleshistorienss'accordentpouraccuserlexiv'siècle d'une décadence et d'une corruption dont la peste noire fut le juste châtiment. Le clergé s'était malheureusement abandonné au mouvement général ; la simonie , le luxe et la débauche désolaient le sanctuaire. Sainte Catherine combat dans ses lettres ces vices avec ce zèle et cette charité que nous avons admirés dans le Dialogue (2). EUe s'adresse directement aux coupables, et leur rappelle la sainteté de leur ministère et les exemples des anciens pasteurs. « Suivez, leur disait elle, ces vrais pasteurs qui ont suivi le Christ. Ils ont été hommes comme vous , et Dieu est puissant comme il l'était alors , puisqu'il ne change jamais ; ils connaissaient leurs faiblesses et se réfugiaient dans l'humilité pour vaincre l'orgueil de la gloire et l'amour d'eux-mêmes ; ils se jetaient dans les bras de la charité , leur mère, et là ils perdaient toute crainte servile j ils ne craignaient pas de reprendre ceux qui leur étaient soumis , parce qu'ils se rappelaient cette parole du Christ : « Ne craignez pas celui qui tue « le corps, mais craignez-moi. » Ils travaillaient comme

(1) Lettre v. A Grégoire XI.

(2) Dialogue, chap. cxxi et suivants.

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