QUI ÉTAIT A CORNETO
Elle l'exhorte à la patience, et lui recommande la cité de Sienne, en le priant d'excuser les fautes commises par ses concitoyens.
AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très-saint et très-révérend Père dans le Christ , le doux Jésus, votre indigne et misérable petite fille Catherine se recommande à vous dans son précieux sang, avec le désir de voir votre cœur ferme et inébranlable dans la vraie et parfaite patience, considérant qu'un cœur faible , mobile et sans patience , ne pourra jamais parvenir à accomplir les grandes œuvres de Dieu. Toute créature raisonnable , si elle veut servir Dieu et se revêtir de vertu, doit avoir cette constante et forte patience; sans cela, Dieu ne sera jamais en elle. Si l'homme se laisse attirer, par un mouvement déréglé , vers la prospérité , les plaisirs , l'amour de lui-même et du monde, ou si l'injure et la tribulation l'ébranlent par l'impatience, et lui font abandonner les vertus qu'un saint désir avait fait naître dans son àme , et qu'il veut
(1) Le Souverain Pontife avait quitté Gènes le 28 octobre, et était arrivé à Gometo le 5 décembre. Il ne partit pour Ronae que le 13 janvier 1377. Sainte Catherine lui écrit de Sienne,
acquérir, il doit bien \oir que la vertu ne peut jamais exister et devenir parfaite sans son contraire (1). S'il redoute le contraire , il s'ensuit qu'il fuira la vertu , avec laquelle il devait attaquer et combattre le vice, qui lui est opposé. Il doit vaincre l'orgueil avec l'humilité; les richesses, les plaisirs et les honneurs du monde, avec la pauvreté volontaire. La paix chassera la guerre de l'àme et du prochain ; la patience vaincra l'impatience par l'amour de l'honneur de Dieu et de la vertu ; la haine et le mépris de soi-même feront porter avec courage et résignation les coups, les injures, les mépris, les affronts , les souffrances du corps et les pertes temporelles. L'homme doit être constant, ferme et d'une patience inaltérable ; il ne serait pas, sans cela, le serviteur du Christ; mais il deviendrait le serviteur et l'esclave de la sensualité , qui ôte la constance et rend le cœur étroit , faible et pusillanime. 11 ne doit point agir ainsi , mais il doit prendre pour modèle la douce Vérité suprême , qui nous donne la vie en supportant nos défauts avec tant de patience.
2. 0 très-saint Père, mon très-doux Père, ouvrez l'œil de votre intelligence, et voyez que, si la vertu est nécessaire à chaque homme pour sauver son âme, combien plus elle est nécessaire à vous , qui avez à nourrir et à gouverner le corps mystique de la sainte Église, votre épouse. Quel besoin vous avez de constance , de force et de patience 1 Pensez que vous êtes devenu bien jeune une plante du jardin de la sainte Église (2) , et
(1) Dialogue^ chi. vni.
(2) Grégoire XI fut nommé cardinal à l'âge de dix-huit ans par son oncle maternel, le Pape Clément VI. Il monta sur le Saint-Siège à quarante ans.
que vous devez vous efforcer de combattre par la vertii le démon, la chair et le monde, nos trois ennemis principaux , qui nous attaquent nuit et jour et qui ne dorment jamais. J'espère de la Bonté divine que vous résisterez à ces ennemis, et que vous remplirez la fin pour laquelle Dieu vous a créé , c'est-à-dire que vous rendrez gloire et louange à son nom, et que vous jouirez de sa bonté en obtenant son éternelle vision, qui fait notre béatitude. Maintenant, vous êtes le Vicaire du Christ, qui vous a choisi pour travailler et combattre pour l'honneur de Dieu , le salut des âmes et la réforme de la sainte Église. Les travaux et les peines vous sont particulièrement destinés, outre les combats ordinaires que doivent soutenir toutes les âmes qui veulent servir Dieu.
3. Plus votre fardeau est pesant, plus votre cœur doit être fort, courageux et sans crainte à l'égard des choses qui peuvent vous arriver. Vous savez bien, trèssaint Père, qu'en prenant l'Église pour épouse, vous vous êtes engagé à souffrir pour elle les vents contraires, les peines , les tribulations qui vous attaqueront à son occasion. En bien ! allez donc, en homme courageux , au-devant de ces tempêtes, avec force, patience et persévérance ; que la peine ne vous fasse jamais regarder en arrière par surprise et par peur ; mais persévérez et réjouissez- vous au milieu des périls et des batailles , pour que votre cœur se réjouisse en voyant l'œuvre de Dieu se faire au milieu des obstacles qui se sont présentés et qui se présenteront. Il en est toujours ainsi ; toujours la persécution de l'Église , ou les tribulations de l'âme vertueuse , finissent par la paix , que méritent la vraie patience et la persévérance, à laquelle est
réservée la couronne de gloire. C'est là le remède , et c'est pour cela que je vous ai dit, très-saint Père, que je désirais vous voir un cœur ferme et inébranlable, protégé par une vraie et sainte patience. Je veux que vous soyez un arbre d'amour, enté sur le Verbe d'amour, Jésus crucifié ; un arbre qui , pour l'honneur de Dieu et le salut de vos brebis , jette de& racines profondes dans l'humilité. Si vous êtes un arbre d'amour ainsi enraciné, vous trouverez en vous l'arbre d'amour, dont la racine porte le fruit de la patience , de la force , et au milieu la couronne de la persévérance ; vous trouverez dans les peines la paix , le repos et la consolation ; vous verrez que vous ressemblez à Jésus crucifié; et en souffrant par amour pour Jésus crucifié , vous verrez avec joie que cette grande guerre conduit à une grande paix.
4. La paix, la paix, très-saint Père; qu'il plaise à Votre Sainteté de recevoir vos fils qui ont offensé leur père ; votre bonté vaincra leur malice et leur orgueil. Ce n'est point une honte de vous abaisser pour ramener un enfant coupable ; c'est, au contraire , une chose utile et glorieuse devant Dieu et devant les hommes. Oui, mon Père, plus de guerre d'aucune sorte. Vous pouvez, sans manquer à votre conscience , donner la paix et détourner la guerre sur les infidèles. Imitez la patience et la douceur de l'Agneau sans tache , le Christ , le doux Jésus, dont vous tenez la place. J'espère de Notre - Seigneur, qu'il agira si bien en vous pour cela et pour d'autres choses , qu'il accomplira votre désir et le mien. Puis -je désirer autre chose en cette vie que l'honneur de Dieu , votre paix et la réforme de la sainte Église , et aussi la vie de la grâce dans toute créature raisonnable ? Prenez courage; ici, autant que j'ai pu en juger, la
disposition générale est de vous avoir pour père , surtout cette pauvre cité qui a toujours été la fille chérie de Votre Sainteté ; les circonstances l'ont forcée à faire des choses qui ont déplu à Votre Sainteté. On voit maintenant qu'ils ont été contraints , et Votre Sainteté peut bien les excuser. Vous les attirez avec l'amorce de l'amour. Je vous prie , par l'amour de Jésus crucifié, d'aller le plus vite que vous pourrez prendre la place des glorieux apôtres Pierre et Paul. Marchez toujours en assurance de votre côté, et Dieu, du sien, vous donnera tout ce qui est nécessaire à vous et au bien de votre Épouse. Je termine; pardonnez à ma présomption. Ayez courage, et comptez sur les prières des vrais serviteurs de Dieu, qui prient et intercèdent beaucoup pour vous. Je vous demande humblement votre bénédiction avec tous vos autres enfants. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus , Jésus amour.