XIII. — A GRÉGOIRE XI
Elle le prie d'exercer avec fermeté el constance l'autorité que Dieu lui a donnée.
AU HOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE
1 . Très-saint et très-doux Père , votre indigne et misérable petite fille Catherine dans le Christ , le doux Jésus , se recommande à vous dans son précieux sang , avec le désir de vous voir un homme courageux , délivré de toute crainte et de tout amour sensible de vousmême et de toute créature qui vous soit unie par les liens de la parenté ; car je vois et je reconnais en la douce présence de Dieu que rien n'est plus opposé à votre saint désir, à l'honneur de Dieu , à la réforme et à l'exaltation de la sainte Église. Aussi mon âme souhaite avec un ardent amour que Dieu, dans son infinie miséricorde , vous délivre de toute passion et de toute faiblesse de cœur, qu'il vous rende un homme nouveau , tout brûlant de zèle pour la réforme ; car autrement vous ne pourrez pas accomplir la volonté de Dieu et le désir de ses serviteurs. Hélas ! hélas ! mon très -doux Père, pardonnez-moi ce que je vous ai dit et ce que je vous dis ; j'y suis contrainte par la douce Vérité suprême ; c'est fa volonté, mon Père, c'est ce qu'il vous demande.
Dieu vous demande que vous fassiez justice de cette multitude d'iniquités commises par ceux qui se nourrissent dans le jardin de la sainte Église ; les animaux ne doivent pas se nourrir de la nourriture des hommes. Puisque l'autorité vous a été donnée , et que vous l'avez acceptée , vous devez user de votre puissance ; si vous ne voulez pas en user, il serait mieux d'y renoncer, pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes.
2. Il y a une autre chose que Dieu veut et qu'il vous demande : il veut que vous fassiez la paix avec la Toscane, et que vous obteniez de vos enfants coupables, révoltés contre vous, tout ce que vous pouvez en obtenir, mais sans guerre , en les punissant seulement comme un père le fait pour son fils qui l'a offensé. La divine Bonté vous demande encore que vous donniez plein pouvoir à ceux qui vous demandent d'organiser la croisade. Ce qui vous parait impossible est possible à la douce bonté de Dieu, qui l'ordonne et le veut ainsi. Prenez garde, si vous tenez à la vie, d'agir avec négligence , et ne méprisez pas les œuvres que le Saint-Esprit demande de vous, et que vous pouvez faire Si vous voulez la justice , vous pouvez l'accomplir ; vous pourrez avoir la paix en mettant de côté les pompes coupables et les plaisirs du monde , en défendant seulement l'honneur de Dieu et les droits de la sainte Église. Vous avez le pouvoir de donner à ceux qui vous demandent ; vous n'êtes pas pauvre, mais vous êtes riche, puisque vous portez dans vos mains les clefs du ciel , qui sera ouvert à qui vous l'ouvrirez , et qui sera fermé à qui vous le fermerez ; Dieu vous jugera si vous ne le faites pas. Si j'étais à votre place, je craindrais les effets des jugements divins sur moi. Aussi je vous conjure bien affec-
tueusement, de la part de Jésus crucifié, d'obéir à la volonté de Dieu. Je sais que vous ne voulez et que vous ne désirez pas autre chose que de faire sa volonté , pour ne pas encourir cette dure sentence : « Malheur à toi , qui n'as pas emplo}é le temps et la force qui t'avaient été donnés. » Mon Père, je me confie en la bonté de Dieu , et j'espère de Votre Sainteté que vous ferez en sorte d'éviter ce malheur. Je n'en dis pas davantage ; pardonnez-moi, pardonnez-moi, c'est le grand amour que j'ai pour votre salut , et la grande douleur que j'éprouve en voyant votre danger, qui me fait parler de la sorte. J'aurais préféré vous le dire de vive voix, pour soulager entièrement ma conscience. Quand il plaira à Votre Sainteté de m'appeler, je viendrai avec empressement. Faites que je ne me plaigne pas de vous à Jésus crucifié ; je ne puis me plaindre à d'autres , car vous n'avez pas de supérieur sur terre. Demeurez dans la douce et sainte dilection de Dieu, Je vous demande humblement votre bénédiction. Doux Jésus , Jésus amour.