‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 32 sur 100 · XIV. — A GRÉGOIRE XI · texte numérisé non relu

XIV. — A GRÉGOIRE XI

Elle recommande à la bienveillance du Souverain Ponlife les ambassadeurs de Sienne, qui vont à Rome solliciter leur pardon et les terres occupées par les troupes du Pape.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

Très-saint et très-révérend Père dans le Christ, le doux Jésus , raci , Catherine , votre indigne petite-fille , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir accorder une paix vraie et parfaite à ceux qui sont vos sujets et vos enfants , et qui reviennent sous le joug de la sainte obéissance. Si vous le faites, vous pourrez vivre dans la paix et le repos de l'àme et du corps. Dieu, dans son infinie charité, m'a fait la grâce de me montrer que c'était le moyen que vous deviez prendre pour apaiser entre Dieu et les âmes cette guerre qu'ont fait naître les fautes commises contre son ineffable bonté et contre Votre Sainteté. Je ne doute pas qu'en accordant cette paix , vous ne pacifiiez également lltalie tout entière. Oh ! combien sera heureuse mon àme lorsque je verrai que, grâce à votre bonté, tous seront unis par

(1) Cette lettre , la dernière adressée par sainte Catherine à Grégoire XI, fut portée à Rome par les ambassadeurs de la république de Sienne, qui furent bien reçus.

le lien de Tamour! Vous sa\'ez, très-saint Père, qu'on ne peut unir Dieu à l'homme que par le lien de l'amour ; et l'amour s'est attaché et s'est cloué à la croix, parce que l'homme, qui était fait d'amour, ne pouvait être mieux gagné que par l'amour C'est l'amour du Verbe, le Fils de Dieu, qui a fini la guerre que l'homme faisait en se révoltant contre Dieu et en se soumettant à la puissance du démon.

2. Ainsi, très-saint Père, vous détruirez la guerre et la puissance du démon dans la cité des âmes de vos enfants. Le démon ne chasse pas le démon ; mais c'est avec la vertu de l'humilité et avec votre bonté que vous le chasserez. Le démon ne résistera pas, parce qu'il ne peut résister à l'humilité, et qu'il en est écrasé. Avec l'amour et la faim que vous aurez pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes, vous imiterez l'Agneau immolé et consommé dont vous tenez la place ; vous détruirez la guerre et la haine dans leurs cœurs, et vous jetterez des charbons sur la tête de vos enfants qui se sont révoltés contre vous , leur Père , comme des démons incarnés (l). Par ce doux et bon moyen vous vaincrez le démon et l'orgueil de l'homme, que rien ne peut mieux abattre que l'humilité. Vous finirez la guerre par la patience, en supportant les défauts de vos enfants, leur imposant cependant la punition qu'ils méritent, autant qu'ils pourront la porter: et ainsi la miséricorde, la bonté , la sainte justice et la douce flamme de l'amour, détruiront la haine dans leurs âmes , comme Teau disparaît dans la fournaise. Oui, de la bonté, mon Père, car vous savez que toute créature raisonnable est plutôt

(1) Aux Rom., xii, 20.

captivée par l'amour et la bonté que par autre chose ; cela est vrai surtout pour nos Italiens de ces contrées. Je ne vois pas que vous puissiez prendre un meilleur moyen. En agissant ainsi vous obtiendrez d'eux tout ce que vous voudrez. Je vous en prie pour l'amour de Jésus crucifié , pour le bien et l'utilité de la sainte Église.

3. Les ambassadeurs siennois vont se présenter à Votre Sainteté ; il n'y a personne au monde plus facile à prendre par l'amour, et je vous conjure de vous servir de cette, amorce pour les attirer (1). Écoutez un peu les excuses qu'ils vous feront de leurs fautes ; ils s'en repentent, et il semble qu'ils en sont réduits à ne plus savoir que faire. Qu'il plaise donc à Votre Sainteté, mon doux Père, de leur indiquer ce qu'ils pourraient faire pour vous être agréable , et pour n'être pas en guerre avec ceux auxquels ils sont unis. Encouragez -les donc pour l'amour de Jésus crucifié. Je crois que si vous le faites, ce sera un grand bien pour l'Église, et qu'il n'en résultera aucun inconvénient.

4. Je vous prie ensuite de vous appliquer à punir les fautes des pasteurs et des officiers de l'Église qui font ce qu'ils ne devraient pas faire. Choisissez-en de bons qui vivent dans la vertu et la justice ; vous devez le faire pour l'honneur de Dieu, pour leur conscience et leur salut. Les séculiers font grande attention à ceux qui ont le pouvoir, et quand ils ont vu que les fautes restaient impunies, il en est résulté de grands inconvénients. J'espère de la souveraine et éternelle bonté de Dieu et de Votre Sainteté que vous ferez cela avec tout ce qui

(1) Saint Bernardin rend le même témoignage de ses concitoyens. Il disait : // sangue sanese è uno sunyue dolce.

sera bon de faire à ce sujet. Je m'arrête. Pardonnez à ma présomption. Je \ou8 demande humblement 'votre bénédiction. Je vous recommande les ambassadeurs de Sienne. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.

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