‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 34 sur 100 · Très-saint Père, je ne vois pas d'autres moyens de · texte numérisé non relu

Très-saint Père, je ne vois pas d'autres moyens de

réussir, que de renouveler entièrement le jardin de votre Épouse, la sainte Église , en y mettant des plantes bonnes et vertueuses , en cherchant à vous entourer d'un grand nombre de saints personnages , en qui vous trouviez la vertu , et qui ne craignent pas la mort. Ne vous arrêtez pas à la naissance, pourvu qu'ils soient des pasteurs tout appliqués à conduire leurs brebis. Créez un collège de bons cardinaux, qui puissent être fermes comme des colonnes, pour vous aider à soutenir, avec l'aide de Dieu , le fardeau de vos peines (1). Oh ! combien sera heureuse mon àme, lorsque je verrai rendre à l'Épouse du Christ ce qui lui appartient , lorsque je verrai sur son sein ceux qui ne s'arrêtent pas à leur intérêt particulier, mais à la gloire et à la louange du nom de Dieu, ceux qui se nourrissent sur la table de la Croix , de la nourriture des âmes ! Je ne doute pas qu'alors les séculiers ne se corrigent, parce qu'ils ne pourront résister à la sainteté de leur doctrine et à la pureté de leur vie. Il ne s'agit donc plus de dormir ; mais il faut , avec courage et sans négligence, faire pour la gloire et la louange du nom de Dieu, tout ce que vous pourrez jusqu'à l'heure de la mort.

7, Je vous prie ensuite et je vous recommande , pour l'amour de Jésus crucifié , les brebis qui sont hors du bercail , sans doute à cause de mes péchés. Ne différez pas, par amour pour ce Sang dont vous êtes le ministre , deles recevoir avec miséricorde et bonté. Que Votre Sainteté triomphe de leur dureté, et leur rende le service de les ramener à la bergerie. S'ils ne le demandent pas avec une vraie et parfaite humilité , que Votre Sainteté sup-

(t) Le 18 septembre suivant, Urbain VI créa vingt-neuf cardinaux.

plée à leur faiblesse , et n'exige de l'infirme que ce qu'il peut donner. Hélas ! hélas ! ayez compassion de tant d'âmes qui périssent ; ne faites pas attention au scandale qui a eu lieu dans cette ville , où il semble vraiment que les démons de l'enfer ont fait tous leurs efforts pour empêcher la paix et le repos de l'âme et du corps (1). Mais la divine Bonté a fait en sorte que ce grand mal ne produisît pas de grands maux. Et maintenant vos enfants sont tranquilles, et demandent de vous l'huile de la miséricorde. Admettons, très-saint Père, qu'ils ne vous la demandent pas avec toutes les formes convenables , et avec ce regret du cœur qu'ils devraient avoir de leurs fautes et que désirerait Votre Sainteté. Hélas ! ne les re- ' fusez pas ; ces enfants seront ensuite meilleurs que les autres (2). Hélas! mon Père, je ne voudrais plus rester ici ; mais faites de moi ce que vous voudrez. Accordezmoi seulement cette grâce et cette miséricorde que je vous demande , moi pauvre misérable !

8. Mon Père , ne me refusez pas cette douceur que je vous demande pour vosenfants, afin que, lapaix faite, vous leviez l'étendard de la très sainte Croix. Vous voyez bien que les infidèles eux-mêmes vous y invitent (3). J'espère que la douce bonté de Dieu vous remplira de son ardente charité , et que vous comprendrez cette perte des âmes , et combien vous êtes tenu de les aimer ; et alors vous croîtrez en zèle et en sollicitude pour les retirer des

(1) Cette émeute, dont sainte Catherine de Sienne faillit être victime, eut lieu le 22 juin 1378.

(2) Les Florentins se montrèrent en effet par la suite très-fidèles au Saint-Siège. Parmi les huit députés envoyés par la république se trouvent un Médicis, Veri dé Medici. (Voir Gigli, t. I, p. ni.)

(3) Les Turcs venaient de remporter de grands avantages , et menaçaient sans cesse, dans la Méditerranée, les côtes de France et d'Italie.

mains du démon , et vous chercherez à guérir le corps mystique de la sainte Église et le corps de toute la chrétienté ; vous chercherez surtout à réconcilier vos enfants , en les ramenant par la douceur et avec la verge de la justice, autant qu'ils peuvent la supporter, mais jamais davantage. Je suis persuadée que vous ne pourrez le faire sans la vertu de charité, et c'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir affermi dans la vraie et parfaite charité , non pas que je croie que vous n'êtes pas dans la charité, mais parce que, tant que nous sommes pèlerins et voyageurs dans cette vie , nous pouvons croître dans la perfection de la charité. C'est ce qui m'a fait dire que je voulais en vous la perfection de la charité, que vous entretiendrez sans cesse avec le feu du saint désir, et que vous répandrez , comme un bon pasteur, sur tous vos sujets. Je vous conjure de le faire; pour moi , je continuerai à vous servir jusqu'à la mort, en priant et en faisant tout ce que je pourrai pour l'honneur de Dieu, pour votre paix et celle de vos enfants. Je ne vous en dirai pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Pardonnez, très-saint Père , à ma présomption ; mais l'amour et la douleur m'excusent devant Votre Sainteté. Je vous demande humblement votre bénédiction. Doux Jésus, Jésus amour.

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