‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 35 sur 100 · XVI. — A URBAIN VI · texte numérisé non relu

XVI. — A URBAIN VI

Elle l'invite h profiter des avis qu'on lui donne, et k pardonner ceux qui pourraient le blesser.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1 . Très-saint et très-doux Père dans le Christ , le doux Jésus , moi , Catherine , la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ , je vous écris dans son précieux sang , avec le désir de vous voir le vrai et légitime pasteur et chef de vos brebis , que vous devez nourrir du sang de Jésus crucifié. Ce sang, Votre Sainteté doit voir à qui et par le moyen de qui elle le donne. Oui, trèssaint Père , quand vous avez à mettre des pasteurs dans le jardin de la sainte Église, que ce soient des personnes qui cherchent Dieu , et non les honneurs ; et que le chemin qu'ils prennent pour arriver soit la vérité, et non le mensonge.

2. O très -saint Père, soyez patient quand on vous dit ces choses, parce qu'elles ne sont dites que pour l'honneur de Dieu et votre salut, comme doit le faire le fils qui aime tendrement son père : il ne peut souffrir qu'on fasse une chose qui serait un tort ou une honte pour son père, et il veille toujours avec zèle, parce

(1) Cette lettre a été écrite dans les preoùers jours de juillet 1378.

qu'il sait qu'un père qui gouverne une grande famille ne peut voir plus qu'un homme , et qu'alors , si ses enfants légitimes ne veillaient point à son honneur et à ses intérêts, il serait bien souvent trompé. Il en est ainsi pour vous , très-saint Père : vous êtes le père et le seigneur de toute la chrétienté. Nous sommes tous sous les ailes de Votre Sainteté. Votre autorité s'étend à tout ; mais votre vue est bornée comme celle de l'homme , et c'est une nécessité que vos enfants voient et fassent, dans la sincérité de leur cœur et sans aucune crainte servile, tout ce qui est utile à l'honneur de Dieu, au vôtre, et au salut des bret)is qui sont sous votre houlette. Je sais que Votre Sainteté désire ardemment avoir des auxiliaires qui puissent lui servir, mais il faut pour cela les écouter avec patience.

3. Je sais bien que deux choses vous font de la peine et troublent votre âme , et je n'en suis pas étonnée. D'abord, lorsque vous apprenez les fautes qui se commettent, vous gémissez de voir Dieu offensé, parce que ces péchés vous déplaisent et vous blessent le cœur. On ne doit pas les supporter avec indifférence , et ne pas s'affliger des offenses faites à Dieu ; non certainement : ce serait paraître complice de ceux qui les commettent. Ce qui vous fait ensuite de la peine, c'est quand un de vos enfants vient vous dire ce qu'il croit devoir offenser Dieu , et nuire aux âmes et à l'honneur de Votre Sainteté. Il pécherait par ignorance, s'il n'avait soin de vous dire , en conscience , la pure vérité telle qu'il la connaît , parce que rien ne doit être secret et caché pour Votre Sainteté.

k. Quand un fils ignorant nous offense en le faisant, je vous prie , saint Père , de ne pas vous troubler, et de

le reprendre de sa faute. Je vous dis cela, parce que maître Giovianni m'a dit que frère Barthélemi , par erreur et par scrupule de conscience, vous avait fait de la peine et vous avait irrité. La pensée d'avoir irrité Votre Sainteté lui cause une grande douleur, ainsi qu'à moi. Je vous prie par l'amour de Jésus crucifié de punir sur moi la peine qu'il vous a causée. Je suis prête à supporter la pénitence et la punition que voudra Votre Sainteté. Je crois que ce sont mes péchés qui ont été cause de sa faute, et je dois en porter la peine. Il a un grand désir de venir vous en demander pardon , quand il plaira à Votre Sainteté de l'appeler. Supportez avec patience ses défauts et les miens ; baignez-vous dans le sang de Jésus crucifié, et fortifiez -vous dans la douce ardeur de sa charité. Pardonnez à mon ignorance. Je vous demande humblement votre bénédiction. Je remercie la Bonté divine et Votre Sainteté de la grâce que vous m'avez accordée le jour de saint Jean -Baptiste (1). Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus , Jésus amour.

(1) Cette grâce était probablement une indulgence plénière pour le jour de cette fête, malgré l'interdit qui pesait alors sur Florence.

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