‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 5 sur 100 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

monde et la chair. « Le Christ Jésus doit être notre capitaine, et nous devons renouveler ses combats victorieux avec le glaive de la haine et de l'amour. Oui, l'ineiïable bonté de Dieu vous a choisis pour combattre comme des chevaliers, contre les vices et les péchés, pour acquérir la richesse et le trésor des vertus Je crois que vous êtes appelés à augmenter et à réaliser nos saints désirs , en ayant faim et soif du salut des infidèles.

« 11 me semble que Dieu veut que vous soyez les premiers à frapper, car voilà la croisade qui commence : le Saint-Père appelle les chevaliers et tous ceux qui veulent les suivre. Pas de crainte, mes doux fils; revêtez la cuirasse du précieux Sang, et mêlons notre sang au sang de l'Agneau. Cette douce et bonne armure saura résister à tous les coups ; vous frapperez avec le glaive de la haine et de l'amour ; vous défierez tous vos ennemis, et avec cette cuirasse vous en triompherez. Ne soyez pas négligents, mais pleins de zèle ; pour un peu de peine, ne perdez pas la récompense, car autrement vous ne pourriez être de généreux chevaliers. Je vous ai dit que je désirais vous voir de vrais chevaliers sur le champ de bataille, et je vous conjure d'accomplir la volonté de Dieu et mon désir, en vous plongeant, en vous noyant dans le sang de Jésus crucifié : c'est là que le cœur se fortifie (1). »

(1) Lettre lv. Aux compagnies de Florence.

Sainte Catherine envoya le bienlieureux Raymond de Capoue au chef anglais Jean Hawkwood , qui ravageait la Toscane, après avoir pris l'engagement de partir pour la croisade avec ses routiers. Elle leur reproche, dans sa lettre , la manière dont ils se préparent à cette sainte entreprise. «Vous feriez bien, leur dit -elle, de rentrer un peu en vous-mêmes, et de considérer les peines et les tourments que vous avez endurés lorsque vous étiez au service et à la solde du démon. Mon àme désire que vous changiez maintenant, et que vous vous enrôliez sous la croix de Jésus crucifié , vous et tous vos compagnons , pour former une compagnie du Christ et marcher contre les chiens infidèles qui possèdent le lieu saint où la douce Vérité suprême a vécu et a souffert la mort pour nous. Je vous en supplie donc , au nom de Jésus crucifié , puisque Dieu et notre Saint-Père ordonnent de marcher contre les infidèles. Et , puisque vous aimez tant faire la guerre et combattre , ne combattez plus contre les chrétiens, car c'est offenser Dieu; mais marchez contre leurs ennemis. IS'est-ce pas une grande cruauté que, nous qui sommes des chrétiens, des membres unis au corps de la sainte Église, nous nous attaquions les uns les autres? Il ne faut plus faire ainsi, mais il faut partir avec un saint zèle , et n'avoir plus d'autres pensées. »

C'était surtout pour conjurer l'orage qui menaçait l'Italie que sainte Catherine hâtait l'organisation de la croisade Elle avait une entrevue à Pise avec Fambas-

sadeur de la reine de Chypre (1), et elle députait un religieux au seigneur qui régnait en Sardaigne. La réponse qu'elle en reçut lui fit concevoir de grandes espérances. « Il semble, écrivait-elle à un de ses disciples, il semble que le temps s'approche, car nous trouvons partout d'excellentes dispositions. Vous savez que nous avions envoyé le frère Jacomo au juge d'Arboré, avec une lettre où il était question de la croisade. Il m'a répondu gracieusement qu'il voulait venir en personne et fournir, pendant dix années, deux galères, miUe cavaliers, trois mille piétons et six cents arbalétriers. Je vous annonce aussi que Gènes est dans l'enthousiasme, que tous offrent leur fortune et leurs personnes. »

Ce fut surtout pendant son séjour à Pise, au commencement de l'année 1375, que sainte Catherine s'occupa des affaires de la croisade. Elle s'était rendue dans cette ville à la sollicitation des principaux habitants, qui lui avaient fait écrire par Pierre Gambacorti , alors maître de la république. « J'ai reçu, lui répond-elle, votre lettre, qui m'a bien touchée. Ce n'est pas ma vertu et ma bonté, car je suis pleine de misère et de péchés, mais c'est votre bienveillance et celle de ces saintes dames qui vous ont porté à m'écrire humblement, pour me prier de venir vous trouver. Je satisferais bien volontiers votre désir et le leur, mais en ce moment je vous prie de m' excuser; l'état de ma santé m'en empêche. Je vois aussi que cela ferait murmurer, mais j'espère de

(1) Lettre ceux. 3.

la bonté de Dieu que , si son honneur et le salut des âmes le demandent, il me permettra de faire ce vo^-age en paix et sans soulever de murmures. Je serai prête alors à obéir à la Vérité suprême et à votre commandement (1). » Sa santé, affaiblie déjà par ses mortifications , s'était encore altérée pendant la peste terrible qui venait de faire périr le tiers de la population de Sienne. Les actes héroïques de sa charité et les guérisons miraculeuses qu'elle avait opérées avaient augmenté sa réputation , et toutes les villes de la Toscane réclamaient sa présence. En 1374 elle avait été appelée à Florence par le général de son Ordre , qui tenait dans cette ville le chapitre des Frères Prêcheurs. Partout où elle séjournait , ses enseignements et ses vertus lui attiraient de nombreux disciples A Florence, elle s'attachait l'évêque de la ville, M?"" Ange de Ricasoli (2), l'ambassadeur Buonacorso de Lapo et Nicolas Soderini , un des personnages les plus influents de la répubhque (3). A Pise, elle recevait l'hospitalité de Gerald Buonconti, dont les fils devenaient ses secrétaires. Elle se liait avec Pierre Gambacorti, dont la fille se mettait sous sa direction et renonçait au monde , pour devenir une gloire de l'Église et de l'ordre de Saint -Dominique.

A Lucques, elle fit aussi de nombreux prosélytes; les âmes qu'elle attirait à Dieu formaient entre elles

(1) Lettre lxxv. A Pierre Gambacorti.

(2) Lettres lïxxi, lxxxii, lxxxui.

(3) Lettres li, lu, lui, liv.

une sorte de famille religieuse , qui lui vouait l'affection la plus tendre et la plus dévouée. Nous en voyons la preuve dans une lettre que sainte Catherine adresse à la femme de Barthélémy Balhani, chez laquelle elle avait logé à Lucques. Elle combat les regrets trop vifs causés par son départ , et elle lui enseigne à aimer les créatures 4)our Dieu. « Je ne veux pas, lui dit-elle, que tu conserves de l'affection pour moi ou pour une autre créature, si ce n'est en Dieu. Je te dis cela parce que je vois, d'après ce que tu m'écris, que tu as souffert de mon départ 5 mais je veux que tu suives l'exemple de la Vérité suprême, de Notre-Seigneur, que l'amour de sa mère et de ses disciples n'a pas empêché de courir à la mort honteuse de la Croix. Les Apôtres se sont aussi séparés, parce qu'ils ne s'arrêtaient pas à euxmêmes ; ils renonçaient à leur propre consolation pour louer et glorifier Dieu, pour se nourrir et se rassasier des âmes; c'est ainsi qu'il faut vous aimer et aimer les autres. Ne songez qu'à l'honneur de Dieu et au service du prochain. Si vous éprouvez quelque tristesse de voir partir ceux que vous aimez , vous ne vous laisserez pas au moins abattre. Votre amour doit être véritablement fondé sur l'honneur de Dieu , et s'arrêter plus au salut des âmes qu'à vous-même. Faites en sorte de ne plus vous affliger à mon sujet , car ce serait un obstacle qui vous empêcherait de vivre avec Jésus crucifié et de lui ressembler. Dieu s'est donné généreusement, et il nous demande la même chose.

« J'ai eu compassion de vos peines , et je vous en indique le remède, c'est d'aimer Dieu sans partage; et, si vous voulez m' aimer aussi, moi, pauvre misérable, je veux vous dire où vous me trouverez , afin que vous ne vous éloigniez jamais du véritable amour. Allez à cette douce, à cette adorable Croix avec la bonne et tendre Madeleine; là, vous trouverez l'Agneau, vous me trouverez , et vous pourrez nourrir et satisfaire tous vos désirs (1). »

Sainte Catherine rendait au centuple à ses disciples l'affection qu'ils lui portaient; c'était avec un cœur de mère qu'elle les aimait, et cette tendresse se montre dans toutes ses lettres comme dans toute sa vie. Elle répondait à Néri Landoccio , qui devint son secrétaire : « Vous me demandez que je vous reçoive pour mon fils; j'en suis, il est vrai, indigne. Je ne suis qu'une pauvre misérable , mais je vous ai reçu et je vous reçois avec un tendre amour. Je m'engage devant Dieu à répondre pour vous de toutes les fautes que vous avez commises et que vous commettrez. Mais, je vous en conjure, satisfaites mon désir, devenez conforme à Jésus crucifié, et séparez-vous entièrement du siècle (2). »

Rien n'est plus touchant que sa correspondance avec Etienne Maconi, un de ses plus chers disciples. Peu de temps après sa conversion , elle lui avait dit : « Vous verrez , mon fils , qu'avant peu votre plus grand désir

(1) Lettre cccxlviu

(2) Lettre cclixx.

sera rempli. — Ma bien chère mère, demanda Etienne, quel est donc mon plus grand désir? — Cherchez-le dans votre cœur. — Ma mère bien-aimée, je n'y trouve pas de plus grand désir que celui de rester près de vous, — Il sera satisfait. » Etienne fut en effet choisi pour l'accompagner dans son ambassade à Avignon , et il quitta alors avec joie son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, sa famille. 11 était si content, dit-il, de jouir de l'intimité de Catherine et de sa virginale présence (i).

Ce fut pendant ce voyage que sainte Catherine consolait la mère d'Etienne Maconi, en lui écrivant : « Prenez doucement courage , soyez patiente et ne vous troublez pas , si j'ai gardé votre Etienne trop longtemps ; j'ai bien veillé sur lui , car l'affection n'a fait de nous deux qu'une même chose. Je pense que vous n'avez pas trop souffert ; moi, je veux jusqu'à la mort, pour vous et pour lui , faire tout ce que je pourrai faire ; vous , sa mère , vous l'avez enfanté une fois ; et moi, je veux vous enfanter lui , vous et votre famille dans les larmes et les angoisses, en offrant sans cesse à Dieu mes prières et le désir de votre salut. »

Les disciples nombreux et dévoués qui s'attachaient à sainte Catherine dans toutes les villes où elle allait, augmentaient son influence et ses moyens d'action pour le service de Dieu et de l'Église. Elle les employait à détruire les ferments de discorde, qui préparaient en

(1) Lettre d'Etienne Maconi, procès de Venise.

Italie une révolte générale contre le Saint-Siège. Malheureusement , la conduite des légats de Grégoire XI paralysait tous ses efforts ; c'étaient pour la plupart des étrangers avides qui accablaient les peuples d'impôts afin de vivre dans le luxe et le plaisir. Saint Antonin constate leurs excès et les résume dans ces lignes : « Ils gouvernaient avec un orgueil presque intolérable , et cherchaient à régner non pas seulement sur les villes de l'Église , mais sur les villes libres ; ils s'appliquaient plus à entretenir la guerre que la paix. L'Italie était pleine d'étrangers ; ils bâtissaient à grands frais des citadelles , non pas pour protéger la liberté des villes, mais pour tenir les peuples dans une dure servitude. Ils étaient détestés par ceux qu'ils gouvernaient, et leurs voisins les redoutaient (1). » Tous les historiens de Florence s'expriment comme saint Antonin, et un grand nombre de passages des lettres de sainte Catherine confirment leur témoignage.

Cette conduite des légats réveillait l'esprit gibelin et multipliait les mécontents. Barnabe Visconti cultivait ces mauvaises dispositions et préparait une explosion formidable. Ses émissaires répandaient le bruit que le Pape voulait s'emparer de la Toscane ; le légat de Pérouse , Gérard du Puy, était accusé auprès du gouvernement populaire de Sienne de conspirer avec la puissante famille des Salimbeni, qui voulait à la tète de la noblesse

(i) s. Anton. Cronicon, p. m, titre 22, ch. 161. — Storia di santa Caterina, 1. v, p. 135. Lettres à Grégoire XI et à Urbain VI.

s'emparer du pouvoir. Une grande disette avait suivi la peste terrible qui avait dépeuplé la Toscane pendant les années 1373 et 1374. Le légat de Bologne défendit l'exportation des grains , sans doute dans la crainte d'en manquer lui-même. Cette mesure exaspéra les populations, dont elle compromettait l'existence. Enfin le célèbre condottiere Jean Hawkwood, que Grégoire XI avait pris à sa solde pendant la guerre avec Barnabe Visconti, fut congédié après la trêve. Ces aventuriers, qui se battaient pour leur compte , quand ils ne le faisaient pas pour celui des autres, envahirent la Toscane , ravagèrent les campagnes et voulurent s'emparer de Prato , aux portes de Florence. Il fut facile de voir dans cette agression une attaque déguisée concertée avec le légat. Les Florentins négocièrent alors avec le chef anglais, achetèrent son concours, et déclarèrent la guerre à Grégoire XI. La ville d'Italie la plus fidèle au Saint- Siège devint le centre d'une insurrection générale qu'elle inaugura par une émeute sanglante. Le peuple envahit les églises et les couvents , massacra les inquisiteurs , déclara le clergé ennemi du bien public , et décida que le gouvernement civil nommerait aux bénéfices et jugerait les affaires ecclésiastiques.

L'àme douce de Grégoire XI fut affligée en apprenant cette révolte. Il ordonna l'exportation des grains de la Bomagne, et voulut calmer les esprits par de paternelles paroles. Mais il ne fut pas secondé par le cardinal de Saint- Ange, Guillaume de Noëllet, qui refusa de

lire les bulles pontificales, et maintint toutes les mesures qu'il avait prises. Alors la fureur populaire ne connut plus de bornes. Les excès contre l'Église furent renouvelés. On s'empara du prieur des Chartreux , qui était revêtu du caractère de nonce apostolique , et on lui fit souffrir les plus affreuses tortures, il fut promené sur une charrette et écorché vif au milieu des huées de la populace. Les bourreaux jetaient aux chiens les lambeaux de sa chair, et finirent par l'enterrer, respirant encore. On institua un gouvernement révolutionnaire pour régulariser et conduire l'insurrection ; un comité fut choisi parmi les Gibelins les plus habiles et les plus déterminés. 11 devait agir à l'intérieur, exciter les tièdes, poursuivre les opposants, pourvoir aux besoins du culte, nommer aux dignités ecclésiastiques et déclarer nationaux les biens de l'Église. Les huit membres qui le composaient furent appelés les huit saints, à cause de leurs violences et de leurs sacrilèges. Un autre comité devait agir à l'extérieur et propager la révolte; il envoya des représentants par toute l'Italie avec un drapeau rouge sur lequel était écrit en lettres d'or le mot liberté. Ils engageaient les peuples à secouer le joug des étrangers, et proclamaient amis et alliés de Florence tous ceux qui se déclareraient contre F Église. L'incendie se propagea rapidement ; le légat de Pérouse fut obligé de s'enfuir ; celui de Bologne fut fait prisonnier, et avant la fin de l'année 1375, l'Égbse avait perdu quatre-vingts villes et places fortes.

Sainte Catherine avait vu se former Torage , et avait fait tous les efforts pour le conjurer ; elle était restée à Pise et à Lucques pour maintenir ces deux villes dans la fidélité au Saint-Siège (1) , et elle écrivait de tous les côtés pour ramener les esprits à la paix. Elle s'adressait surtout à Grégoire XT, et cherchait à apaiser sa juste indignation. Elle sollicite dans les lettres qu'elle lui écrit son indulgence pour les Florentins, en lui rappelant les causes de leur révolte. Elle reconnaît leurs torts; mais elle s'adresse au cœur d'un père, et lui demande, au nom de l'amour, le pardon de ses enfants : la douceur sera plus efficace que la guerre , qui perdrait les âmes. Elle ne lui conseille pas d'abandonner les droits et les biens de l'Église, mais les biens spirituels sont plus précieux, et en les recouvrant par la miséricorde, il retrouvera les autres. « Vous médirez peut-être, saint Père, que vous êtes obligé en conscience de conserver et de recouvrer les biens de l'Église. Hélas! je l'avoue, c'est la vérité; mais il me semble qu'il vaut mieux encore conserver une chose qui est plus précieuse. Le trésor véritable de l'Église est le sang du Christ , donné pour prix des âmes. Ce trésor du sang n'a pas été payé pour les biens temporels, mais pour le salut du genre humain. En admettant que vous êtes tenu de reconquérir et de conserver les richesses, les droits que l'Église a perdus, vous êtes tenu bien davantage à reconquérir tant de brebis , qui sont un trésor pour l'Église. Elle serait trop appauvrie , (l) Lettre i. A Grégoire XI.

si elle les perdait. Elle ne dcYiendrait pas pauvre ellemême , parce que le sang du Christ ne peut diminuer ; mais elle perdrait cet ornement de gloire qu'elle reçoit des vertus et de l'obéissance de ceux qui lui sont soumis. Il vaut mieux négliger les intérêts temporels que les intérêts spirituels. Faites seulement ce que vous pourrez, et vous serez excusé devant Dieu et devant les hommes. Vous vaincrez bien mieux avec les armes de la douceur, de l'amour et de la paix , qu'avec les rigueurs de la guerre, et vous rentrerez ainsi dans vos droits spirituels et temporels.

a La paix , oui la paix , pour l'amour de Jésus crucifié. Ne vous arrêtez pas à l'ignorance, à l'aveuglement et à l'orgueil de vos enfants. Avec la paix vous vaincrez la guerre et la haine qui divisent les cœurs , vous les réunirez. Voyez les deux maux qui se présentent: la perte de la grandeur, de la puissance et des biens temporels que vous vous croyez obligé de conquérir, et la perte de la grâce dans les âmes et de l'obéissance qu'elles doivent à Votre Sainteté , comparez ces deux maux , et choisissez le moindre ; et en choisissant le moindre pour fuir le plus grand , vous les éviterez tous les deux : et vous y gagnerez de toute manière , car vous aurez retrouvé par la paix vos enfants, -et avec eux ce qu'ils vous doivent (1). »

Elle s'excuse ensuite de lui parler ainsi, mais c'est dans son intérêt et parce qu'elle y est forcée par la vérité

^1) Lettre ii. A Grégoire XI.

même. Peut-il être tranquille lorsqu'il voit le bien des pauvres périr en soldats , et la réforme de l'Église devenir impossible ? Il se croit obligé de nommer des prélats qui puissent lui procurer d'utiles alliances ; et ce sont des hommes vertueux qu'il faut. C'est dans le Christ, et non dans les princes de la terre, qu'il faut mettre sa confiance, s'il veut que l'Église revienne à sa beauté première.

Les lettres de sainte Catherine étaient portées à Grégoire XI par des disciples dévoués qui exposaient au Souverain Pontife la situation véritable de l'Italie , et lui faisaient comprendre la nécessité de son retour à Rome et de l'organisation d'une croisade. Celle dont fut chargé Neri Landoccio, son secrétaire, le presse sur ces deux points et le rassure contre les obstacles. « Ne craignez rien, lui dit-elle, et ne renoncez pas à votre doux et saint désir. Qu'il s'enflamme au contraire de jour en jour. Réalisez le projet de votre retour et de la croisade à laquelle vous engagent les infidèles , en envahissant toujours vos possessions. Soyez prêt à donner votre vie pour le Christ, car nous avons autre chose qu'un corps. Pourquoi ne pas donner mille fois sa vie, s'il le faut, pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes? Le Christ l'a fait , et vous son Vicaire , vous devez le remplacer. N'estce pas l'usage que le lieutenant suive les traces et les exemples de son capitaine? Venez, venez donc, ne tardez plus, afin de pouvoir faire bientôt la guerre aux

(1) Lettre ni. A Grégoire XI.

infidèles, et de n'être plus arrêté parles membres cotv rompus qui se sont révoltés contre vous. La paix, la paix , la paix , mon doux Père, et non plus la guerre. Je vous prie d'écouter et d'accorder, si vous le pouvez, ce que vous dira le porteur de cette lettre. Donnez-lui audience, je vous prie, et ajoutez foi à ses paroles; car on ne peut pas tout dire par écrit. Si vous voulez me communiquer des choses secrètes , vous pouvez les lui confier en toute assurance. Quant à ce que je puis faire , s'il fallait ma vie, je la donnerais bien volontiers pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes (1). »

Grégoire inclinait naturellement à la paix , mais il était entouré de conseillers qui demandaient la guerre et la vengeance. Il écouta cependant les sollicitations pressantes de sainte Catherine, et tenta un accommodement. Son armée était prête; avant de la faire partir, il envoya trois députés porter à Florence des propositions avantageuses. Il voulait bien oublier les outrages qu'il avait reçus, et assurer la liberté de Pérouse et de Città di Castello ; mais les Florentins devaient cesser toute hostilité, et ne pas exciter la ville de Bologne à la révolte. Les bons citoyens applaudirent à ces conditions, plus favorables qu'ils ne pouvaient l'espérer; mais, tandis qu'on réglait cet accommodement, les Huit de la guerre, qui redoutaient la paix , donnèrent ordre au comte Antonio Bruscoli de marcher sur Bologne. Il y entra armé , souleva le peuple , qui chassa les troupes pontifi- (1) Lettre ni. A Grégoire XI.

cales , et retînt le légat prisonnier. Cette trahison indigna le Souverain Pontife et arrêta les négociations.

Sainte Catherine ne désespéra pas cependant; elle s'adressa aux disciples qu'elle avait à Florence , et qui pouvaient par leur position agir sur leurs concitoyens. « Ce n'est pas sans motif, leur dit- elle, que Dieu vous a mis à même de faire la paix et de rétablir l'union avec la sainte Église ; c'est pour vous sauver , vous et toute la Toscane. Il ne me semble pas que la guerre soit une si douce chose que nous devions la rechercher, lorsque nous pouvons l'éviter. Y a-t-il, au contraire, rien de plus doux que la paix? C'est le doux héritage que Jésus-Christ a laissé à ses disciples , car il a dit : Ce n'est pas en faisant des miracles, en connaissant les choses futures, en montrant votre sainteté par des actes extérieurs qu'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, c'est en étant unis par la charité, la paix et l'amour. Je veux donc que vous fassiez l'office des^ anges, qui travaillent à nous mettre en paix avec Dieu, faites ce que vous pourrez, et que cela plaise ou déplaise, surmontez tous les obstacles; de cette manière, vous serez les vrais fils, vous mériterez et posséderez l'héritage du Père éternel. Je ne vous en dis pas davantage, tant est pesante l'affliction que me cause la perte de vos âmes et de vos corps. Pour l'empêcher, je sacrifierais mille fois ma vie.

« Je vous adresse le porteur de cette lettre , qui est , pour cette année , le prédicateur de l'Ordre des Frères

Mineurs. C'est un bon et vrai serviteur de Dieu, qui vous aidera de ses conseils et vous dirigera dans la voie de la vérité ; pour tout ce que vous aurez à faire pour vous-mêmes et pour la ville, je vous prie d'écouter et de suivre ses conseils. Il n'y a aucune chose secrète dans votre esprit que vous ne puissiez lui communiquer. »

L'influence de sainte Catherine triompha encore , et les Florentins envoyèrent pour apaiser le Souverain Pontife le B. Raymond, avec une lettre où notre Sainte lui rappelle ce qu'elle lui a dit dans les précédentes, et où elle le conjure de ne pas refuser la paix , à cause de ce qui est arrivé à Bologne. Grégoire XI consentit à suspendre les hostilités ; il cita les Florentins à comparaître devant son tribunal, pour justifier leur conduite contre les inquisiteurs de la Foi , la violation des droits de l'Église, le massacre du Nonce apostolique, la révolte propagée dans toute l'ItaUe et les sacrilèges des magistrats, qu'ils osaient appeler les Huit Saints. La citation leur accordait le délai d'un mois ; le 31 mars, la sentence d'excommunication serait lancée contre eux, s'ils ne s'étaient pas présentés pour répondre.

Ceux qui gouvernaient Florence , pour ne pas choquer l'opinion publique , envoyèrent en effet trois députés qui furent admis à leur arrivée en audience publique ; mais au lieu de solliciter l'indulgence du Souverain Pontife , ils accusèrent de tout le mal les légats du Saint-Siège. Leur orateur, Donato Barbadori , rappela avec une audacieuse

éloquence toutes les causes vraies ou prétendues de la révolte, le refus d'exportation des grains, malgré la lettre du Saint-Père, la Toscane dévastée par l'ordre du cardinal Saint-Ange , les intrigues du légat de Pérouse, la violation des anciennes libertés des villes , et la conduite orgueilleuse et tyrannique des Français. « Yous deviez, s'écria-t-ilen finissant, arrêter la brutale avarice etl'arabition démesurée de vos légats ; vous deviez éteindre l'incendie prêt à éclater, défendre l'indépendance de vos enfants, vous rappeler les services qu'ils ont rendus au Saint- Siège et soutenir leur cause contre tous. Si nous avons commencé la guerre, c'était pour sauver notre patrie, nos femmes, nos enfants, notre vie. N'est-ce pas votre légat qui est l'origine de tout le mal , en détruisant notre paix, notre repos par tous les moyens possibles. Oui, très-saint Père , si vous voulez juger sainement les choses et déposer toute passion , comme doit le faire un Vicaire du Christ, vous ne nous reprocherez pas celte guerre, et vous nous excuserez de ce que nous avons fait par nécessité. Nous ne nions pas la révolte qui s'est étendue aux terres de l'Eglise, mais l'orgueil et l'avarice des gouverneurs en ont été le principe. Ces hommes se croyaient tout permis. Les rebelles n'ont pas refusé de vous obéir, mais ils ont fui à regret le joug des hommes coupables que vous leur aviez envoyés. Si nous avons témoigné quelque sympathie à ces rebelles, c'est que nous avions compassion de leur malheur, et qu'ils nous servaient à nous sauver des nôtres. Avait -on jamais,

très -saint Père, dans la religieuse Florence, tenté quelque chose contre votre autorité et contre l'Église romaine? Nous l'avons toujours défendue contre les empereurs, les rois et les tyrans; mais maintenant l'amour de la patrie nous force à mettre un frein à la fureur de ceux qui voulaient nous faire périr. Si vous ne condamnez pas ces violences et si vous poursuivez ceux qui les ont combattues , Dieu , oui , Dieu seul jugera entre eux et nous (1). »»

Sainte Catherine devait plaider la cause des Florentins avec une éloquence plus victorieuse. Les accusations de Barbadori ne justifiaient pas les excès commis, et Grégoire XI réfuta facilement son argumentation. 11 ne voulut pas cependant prononcer sur-le-champ la sentence et consulta les cardinaux ; les Italiens penchaient vers la douceur, mais les Français, qui étaient beaucoup plus nombreux , firent décider la guerre ; elle fut déclarée et l'excommunication publiquement prononcée. Les députés de Florence étaient présents ; Barbadori se tournant alors vers le crucifix, s'écria : « 0 Dieu! nous députés du peuple florentin , nous en appelons à toi et à ta justice de l'injuste sentence de ton Vicaire. 0 toi ! qui ne peux te tromper ni céder à la colère , toi qui aimes la liberté des peuples et non leur esclavage , protège le peuple florentin qui défend sa liberté; détourne les cruels anathèmes lancés contre nous (2). »

{i) Storia di santa Cateriria, t. I, p. 151. (2) S. Anton,, tit. xxii, ch. 1, § 3.

L'effet de l'excommunication fut terrible pour les Florentins. Leur commerce, source de leur richesse et de leur puissance, avait déjà souffert des troubles qui avaient éclaté en Italie ; leur crédit était perdu dans toutes les villes de l'Europe. Au moyen âge, une nation retranchée de la communion de l'Église était mise pour ainsi dire hors du droit commun. Les débiteurs croyaient recevoir quittance par l'acte d'excommunication; il y avait même des consciences assez habiles pour s'imaginer pouvoir prendre et piller tout ce qui appartenait aux excommuniés. C'est ce qui arriva à un grand nombre de Florentins, surtout en Angleterre. Cette ruine de leurs comptoirs et de leurs affaires apaisa bien des esprits; la réaction d'ailleurs qui suit toujours les excès populaires , se faisait sentir dans une ville religieuse qui avait été jusqu'alors si dévouée au Saint-Siège. Les partisans de la paix agissaient , et sainte Catherine écrivait à ses disciples pour leur faire réclamer de nouvelles négociations (1). Les Huit de la guerre furent obligés d'y consentir. Mais quel espoir de succès restait-il? Depuis le retour de Barbadori, les violences contre l'Église avaient été poussées à l'extrême, et d'autres ambassadeurs ne pouvaient pas même espérer obtenir audience. La médiation de sainte Catherine parut alors la ressource suprême, et le gouvernement de Florence lui envoya des députés pour la solliciter.

Sainte Catherine venait de recevoir à Pise les stig-

(1) Lettre LUI. A Nicolas Soderini.

mates de Notre-Seigneur, et son corps avait été sur le point de succomber sous l'impression divine; mais rien ne l'arrêtait, lorsqu'il s'agissait de la gloire de Dieu et de la paix de l'Église. Elle accepta donc la mission qui lui était proposée , et elle s'y consacra avec une intelligence et une charité surhumaines. Elle se rendit sur-le-champ à Florence. Les magistrats vinrent à sa rencontre, et remirent entre ses mains tous leurs intérêts.

La position était difficile : la lutte des Guelfes et des Gibelins était plus animée que jamais ; et le parti de la guerre qui avait été obligé de céder aux réclamations du peuple cherchait à créer en secret des obstacles à tout accommodement. Sainte Catherine eut des conférences avec les chefs , et parla plusieurs fois en public , s'efforçant toujours de ramener les esprits à la paix et au repentir. Elle les conjurait , au nom de leur salut , de se réconcilier avec Dieu et avec l'Église. « Peut -il, leur disait-elle, nous arriver plus grand malheur que d'être privés de Dieu. Vous savez bien que c'est en vain que travaille celui qui garde la cité , si Dieu ne la garde luimême. Que pourrons -nous donc faire, malheureux aveugles qui nous obstinons dans notre péché? Humiliez-vous ; abaissez vos esprits et vos cœurs, car on ne peut entrer par la porte étroite en levant la tête : on se la briserait. 11 faut passer par la porte de Jésus crucifié, qui s'est humilié jusqu'à nous, pauvres insensés. Si vous vous humiliez , vous demanderez avec calme et douceur

la paix à votre chef, le Christ de la terre. Montrez que vous êtes ses enfants , des membres unis et non retranchés, et vous trouverez la miséricorde, la bonté, le salut de l'àme et du corps. Vous savez que la nécessité ne peut le contraindre ; il faut que ce soit l'amour. Un enfant ne peut vivre sans le secours de son père ; il n'a aucune vertu, aucune puissance par lui-même. Tout ce qu'il a , lui vient de Dieu ; il faut donc qu'il reste dans l'amour du Père ; car s'il s'en séparait par la révolte et la haine, il perdrait son secours; et en le perdant, il périrait.

« Si vous êtes contre la sainte Église , comment pourrez-vous participer au sang du Fils de Dieu ? L'Église est inséparable du Christ ; c'est elle qui nous donne et nous administre les Sacrements , et les Sacrements sont notre vie par la vie qu'ils reçoivent du sang de Jésus-Christ. Celui qui méprise le Vicaire du Christ méprise le sang du Christ; celui qui agit contre l'un agit contre l'autre ; car ils sont unis ensemble. Un fils n'a jamais raison contre son père; et il ne peut l'offenser sans être en danger de mort et de damnation. Demandez donc à rentrer dans la paix et l'union avec votre Chef, afin que vous ne so^'ez plus des membres séparés (1). »

Tout en exhortant ainsi les coupables , sainte Catherine intercédait pour eux auprès de Gégoire XI. Elle lui rappelait que c'est par l'amour que Dieu a sauvé les hommes. « 0 mon très-doux et très-saint Père, lui dit-

(1) Lettre lui.

elle, je ne vois pas d'autres moyens, d'autres remèdes pour retrouver vos brebis rebelles, qui ont quitté le bercail de la sainte Église, en ne voulant plus obéir à vous , leur Père. Aussi je vous prie de la part de Jésus cruciJQé , et je veux que vous me fassiez cette grâce de vaincre leur malice par votre bonté. Nous sommes à vous , ô Père , et je sais que presque tous ne croient pas avoir mal fait. Admettons qu'ils ne sont pas excusables; mais il leur semble qu'ils ne pouvaient faire autrement , à cause des peines, des injustices et des extorsions qu'ils avaient à endurer de la part des mauvais pasteurs et gouverneurs. Ils sentaient l'infection de la vie de ceux que vous savez bien être des démons incarnés ; et ils sont tombés dans la crainte détestable de Pilate , qui , pour ne pas perdre sa puissance , condamna le Christ. Pour ne pas perdre leur État, ils vous ont persécuté. Miséricorde, ô Père! je vous la demande pour eux. Ne vous arrêtez pas à l'ignorance et à l'orgueil de vos enfants ; mais attirez-les par le charme de votre amour et de votre bonté.

« Que Yotre Sainteté nous rende la paix à nous , vos malheureux enfants, qui vous avons offensé. Je vous le dis , Christ de la terre , de la part du Christ du ciel , en agissant ainsi sans détour et sans colère , ils accourront tous avec le regret de leur faute; ils viendront appuyer leur tête sur votre sein. Alors vous vous réjouirez, nous nous réjouirons, parce que votre amour aura ramené la brebis perdue au bercail. »

Ces paroles si douces et si persuasives étaient portées par les disciples de sainte Catherine ; mais les magistrats de Florence la pressaient de partir elle-même pour Avignon , pensant bien qu'elle agirait plus efficacement sur l'esprit du Souverain Pontife.

a Voyez, Messeigneurs , leur disait-elle, si vous avez l'intention de vous humilier réellement , et si vous voulez que je vous présente à votre Père comme des enfants soumis jusqu'à la mort. Si vous y consentez, je ne craindrai aucune fatigue ; mais autrement je ne partirai pas (1). » Tous acceptèrent avec joie cette proposition, et convinrent d'envoyer, après son départ, des députés qui s'entendraient avec elle au sujet des négociations.

Au moment où sainte Catherine partait pour accomplir sa pacifique mission , une armée nombreuse quittait Avignon pour ravager l'Italie. Le parti de la guerre avait malheureusement triomphé. Les Français , entraînés par le désir de la vengeance et par l'amour de la gloire, décidèrent cette expédition, qui eut pour chef le trop célèbre cardinal de Genève. Ce général , qui devait être bientôt l'antipape Clément VII, conduisait 6,000 chevaux et 4,000 hommes d'infanterie recrutés dans tous les pays. La force principale de cette armée était une troupe de Bretons indomptés , qui promenèrent partout l'incendie et le pillage, et qui couronnèrent leurs forfaits par l'odieux massacre des habitants de Cesème. (1) Lettre li. A Buonacorso de Lapo.

De pareils actes rendaient les négociations plus difficiles , et l'animosité des insurgés plus grande.

Sainte Catherine arriva cependant à Avignon le 18 juin 1376. C'était un étrange événement que l'ambassade de cette pauvre jeune femme, voyageant à pied avec quelques disciples, et entrant humblement dans cette ville opulente, centre du mouvement, du commerce et du luxe, et rendez-vous des princes, des artistes et des savants de l'Europe. L'affaire qu elle venait traiter n'intéressait pas seulement Florence , mais le monde chrétien tout entier. Grégoire XI l'attendait avec impatience , et lui fit donner pour demeure une belle maison, où se trouvait une riche chapelle. Deux jours après son arrivée , il la reçut en audience solennelle. Sainte Catherine apparut au milieu de cette cour brillante dans toute la simplicité de sa pauvreté religieuse. Ses paroles furent plus efficaces que les discours éloquents de Donato Barbadori , et le Pape , convaincu , lui donna tout pouvoir pour conclure la paix. « Vous voyez bien , lui dit-il , que je veux la paix et la concorde , car je remets toute cette affaire entre vos mains. Je vous recommande seulement l'honneur et l'intérêt de l'Église (1). »

Les difficultés ne pouvaient plus venir que des Florentins. Dès le départ de sainte Catherine, le parti de la guerre , pour entraver les négociations , avait mis une taxe considérable sur les biens du clergé. Cette mesure devait nécessairement irriter le Souverain Pon- (1) Vie de sainte Catherine ^ tii« part., ch. 6.

tife. Sainte Catherine s'en plaignit dans une lettre qu'elle adressa au comité des Huit. « Je me plains beaucoup devons, leur écrit- elle, s'il est vrai, comme on le dit, que vous avez mis des impôts sur les clercs. Vous ne pouvez le faire en conscience ; mais il semble que vous ayez perdu le sentiment de ce qui est bien. Vous n'arriverez pas à conclure la paix , si vous ne persévérez dans votre humilité , et si vous ne cessez d'offenser les ministres et les prêtres de la sainte Église. Non-seulement vous aurez le malheur d'offenser Dieu , mais encore vous vous nuirez en arrêtant les négociations; car, lorsque le Saint-Père saura votre conduite, il sera plus irrité contre vous.

« Je vous en conjure, ne mettez pas obstacle à la grâce du Saint-Esprit. Vous ne la méritez pas; mais sa clémence est prête à vous la donner. Vous me couvrirez de honte et de confusion , si vous me faites dire une chose, et si vous faites le contraire. Je vous prie qu'il n'en soit plus ainsi; que vos paroles et vos actions prouvent que vous voulez la paix et non la guerre. Je me suis entretenue avec le Saint-Père , et il m'a écoutée avec bienveillance. Il a témoigné avoir un amour sincère de la paix , comme un bon père qui ne regarde pas l'offense que son fils lui a faite , mais seulement s'il s'est humilié, pour pouvoir lui faire entièrement miséricorde. Je ne saurais vous exprimer la joie que j'ai ressentie lorsque, après avoir longtemps conféré avec lui, il a fini par me dire que , les choses étant telles que je les

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lui exposais , il était prêt à vous recevoir comme ses enfants , et à faire ce qui me paraîtrait le meilleur. Je ne vous en écris pas davantage. Il me semble que le Saint - Père ne pouvait pas vous donner une autre réponse avant l'arrivée de vos ambassadeurs , et je m'étonne qu'ils ne soient pas encore arrivés. Quand ils le seront, je les verrai; je verrai ensuite le Saint -Père, et je vous écrirai quelles sont ses dispositions (1). »

C'était ce qui avait été convenu à Florence; et le Souverain Pontife , ne voyant pas arriver ceux qui lui avaient été annoncés, disait à notre sainte : a Croyezmoi , Catherine , ils vous ont trompée , et ils vous tromperont. Ces ambassadeurs ne viendront pas; ou, s'ils viennent, leur mandat sera inutile (1). En effet, lorsque les ambassadeurs arrivèrent enfin à Avignon, sainte Catherine les fit venir, et leur rappela les pouvoirs que les magistrats de Florence lui avaient confiés. Elle leur annonça que le Souverain Pontife remettait la paix entre ses mains, et qu'ils pouvaient, s'ils le voulaient, obtenir de bonnes conditions; mais ils se refusèrent à toute ouverture , et prétendirent qu'ils n'avaient reçu aucun ordre de traiter avec elle.

Sainte Catherine reconnut alors leur mauvaise foi, et s'en plaignit aux Florentins par l'intermédiaire de Buonacorso de Lapo , un des membres les plus influents de la république. Elle leur rappelle ce qu'ils lui

(1; Lettre xlvui. Aux Huit de la guerre, 28 juin 1376. (2) Vie de sainte Catherine, iii» part., ch. 6.

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