‹ Lettres de Sainte Catherine de Sienne (volume 3)Chapitre 69 sur 100 · LETTRE ÉCRITE EN EXTASE, LE 6« JOUR BE MAI · texte numérisé non relu

LETTRE ÉCRITE EN EXTASE, LE 6« JOUR BE MAI

Elle les exhorte à être fldèles à la sainte Église et au Souverain Pontife Urbain VI. — Elle leur conseille la prière, la confession , et la dévotion à la sainte Vierge.

AU NOM DE JESUS CRUCIFIE ET DE LA DOUCE MARIE

1. Très -chers Frères dans le Christ, le doux Jésus, moi , Catherine , l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, jç vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir, vous et toute votre compagnie , fidèles à notre sainte Mère l'Église et à Sa Sainteté le Pape Urbain VI, le vrai et Souverain Pontife, combattant tous loyalement et fidèlement pour la vérité , afin que vous receviez la récompense de vos peines. Qu'est-ce qui nous donne et nous Ole cette récompense? Je vous le dirai. La lu-

(1) Albéric de Balbiano était un officier de fortune dont la valeur et les talents avaient réuni une troupe de quatre mille hommes , qui prit le nom de compagnie de Saint-Georges , et acquit une grande réputation en Italie. Le comte Albéric délivra Rome, menacée par l'armée des partisans de Clément VII. Il ne resta pas fidèle à Urbain VI. {Voir Gigli, t. II, p. 205, et la lettre xxxni.)

mière de la très-sainte Foi , qui nous fait voir la grandeur et la bonté de Celui que nous servons , et nous fait connaître le fruit qui nous en récompense : et en le connaissant nous l'aimons. Cette lumière qui nous donne cette connaissance , nourrit et augmente l'amour du but qu'on se propose et de Celui qu'on sert. Quel est le maître pour lequel vous êtes descendu sur le champ de bataille? C'est Jésus crucifié, l'éternelle et souveraine Bonté , dont personne ne peut comprendre la grandeur ; lui seul peut la comprendre. C'est un Maître si fidèle, que, pour rendre l'homme capable de recevoir le fruit de ses peines , il a couru tout transporté d'amour à la mort honteuse de la très-sainte Croix , et nous a donné au milieu des peines et des supplices les flots de son sang. 0 Frères et Fils bien-aimés , vous êtes des chevaliers venus sur le champ de bataille pour donner voire vie par amour de la Vie , pour répandre votre sang par amour du sang de Jésus crucifié. Voici le temps des nouveaux marlvrs; vous êtes les premiers qui ayez donné votre sang : quelle récompense recevrez - vous ? La vie éternelle , qui est une récompense infinie. Que sont toutes vos fatigues, comparées à une si grande récompense? Elles ne sont rien. Aussi saint Paul dit que les souffrances de cette vie ne peuvent être comparées à la gloire future qui nous est préparée dans l'autre vie (1).

2, La récompense est donc bien grande, et on y gagne toujours, soit qu'on vive, soit qu'on meure. Si vous mourez, vous gagnez la vie éternelle, et vous serez placé pour toujours dans une paix certaine; si

(1) Aux Rom., VIII, 18.

vous triomphez, vous aurez fait à Dieu le sacrifice volontaire de votre vie, et vous pourrez posséder vos biens en toute sûreté de conscience. Si à la lumière de la trèssainte Foi vous considérez cet honneur, vous serez plus forts et plus fidèles à Jésus crucifié et à la sainte Église ; car en servant l'Église et le Vicaire du Christ , vous le servez aussi. Je vous ai dit que le Maître que vous servez est Jésus crucifié. Voulez- vous être forts de manière qu'un seul en vaudra beaucoup? Mettez devant les yeux de votre intelligence le sang du doux et bon Jésus , l'humble Agneau, et notre Foi , que vous voyez souillée par des hommes méchants qui s'aiment eux-mêmes et qui sont les membres du démon, puisqu'ils nient la vérité qu'ils nous avaient afiirmée, puisqu'ils disent que le Pape Urbain VI n'est pas le vrai Pape. Ils ne disent pas la vérité, ils mentent, et leurs mensonges retombent sur leurs têtes. C'est bien véritablement le Pape à qui sont confiées les clefs du Sang. Courage donc, car vous combattez pour la vérité, et cette vérité est notre force. Ne craignez rien , caria vérité délivre. Et afin de mieux appeler le secours de Dieu sur cette sainte entreprise , l'éternelle Vérité veut que vous la commenciez avec une bonne et sainte intention, vous appliquant à prendre pour base et principe de vos actions l'honneur de Dieu, la défense de la Foi , de la sainte Église et du Vicaire de Jésus-Christ : et cela avec une conscience pure , vous y préparant, vous et les autres, autant que vous le pourrez, par une sainte confession. Vous savez que le péché appelle la colère de Dieu sur nous, et empêche les saintes et bonnes oeuvres.

3. En votre qualité de chefs, donnez-leur les premiers l'exemple d'une sainte et véritable crainte de

Dieu : autrement la verge de la justice se lèverait sur nous. Si tous ceux que vous commandez n'ont pas le temps de se confesser, qu'ils le fassent intérieurement , avec un saint désir. De cette manière vous serez fidèles , et vous montrerez vraiment par vos œuvres que vous avez vu la lumière de la très -sainte Foi, qui vous appelle à la servir, et que vous avez compris sa grandeur, sa bonté et la récompense qui doit suivre la peine.

4. Je disais encore : Qui nous empêche d'être fidèles, qui nous rend infidèles à Dieu et aux créatures? L'amour de nous-mêmes; c'est un venin qui empoisonne le monde entier, c'est un nuage qui obscurcit l'œil de notre intelligence, et qui l'empêche de connaître et de discerner la vérité. L'homme alors ne voit plus que son plaisir, et le cherche plutôt dans les créatures que dans le Créateur ; il ne pense qu'aux biens passagers de cette vie ténébreuse, et il poursuit les honneurs, les délices et les richesses du monde, qui disparaissent comme le vent. Cet amour déréglé , qui inspire toutes ses œuvres, rend l'homme peu loyal et peu fidèle, à moins qu'il n'y trouve son avantage ; et il y a un grand danger qu'il ne périsse et ne fasse périr les autres, parce qu'il ne cherche en toute occasion qu'à acquérir du bien. Son esprit ne peut diriger son corps à faire deux choses à la fois, à piller et à combattre. Vous savez que beaucoup se sont ainsi perdus. La vérité veut que, pour éviter ce malheur, vous le sachiez et vous en avertissiez ceux qui sont sous votre commandement.

5. Aussi je vous prie, pour l'amour de Jésus crucifié, de vous appliquer à vous entourer de bons et sages conseils, et de choisir pour officiers des hommes courageux , aussi fidèles et consciencieux que vous le pourrez j

car ce sont les bons chefs qui font les bons soldats. Soyez toujours vigilants, pour qu'il n'y ait pas de trahison au dedans ni au dehors ; et comme il est bien difficile de s'en préserver, je veux que la première chose que vous fassiez , le matin et le soir, vous et les autres, soit de vous offrir à notre douce Mère Marie, la suppliant d'être votre avocate , votre défense , et de ne pas permettre, à cause du tendre Verbe qu'elle a porté dans son sein , qu'il vous arrive aucune trahison , ou que , s'il en arrive, vous y succombiez. Je suis certaine que si vous commencez à lui faire cette douce offrande , elle accueillera avec bonté votre demande; car elle est une Mère de grâce et de miséricorde pour nous, pauvres pécheurs. Mais si, comme nous l'avons dit, nous avions un amour déréglé pour ce qui nous ôte la fidélité, nous nous priverions de tous les biens, et nous nous rendrions dignes de tous les maux : nous perdrions la vie éternelle qui doit récompenser nos peines. C'est pourquoi je vous ai dit que je désirais vous voir fidèles à la sainte mère l'Église et au Christ de la terre , le Pape Urbain VI.

6 Courage, courage dans le Christ, le doux Jésus; ayez toujours présent ce sang répandu avec un si ardent amour. Combattez avec l'étendard de la très-sainte Croix , et songez que le sang des glorieux martyrs crie toujours en la présence de Dieu et appelle sur vous son secours. Pensez que cette terre est le jardin du Christ béni et le siège de notre Foi ; tous doivent être animés pour elle d'un grand zèle. Nous rachèterons nos péchés si nous voulons servir généreusement Dieu et la sainte Église. Je ne vous en dis pas davantage. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Soyez reconnais-

sants, vous et les vôtres, des bienfaits que vous avez reçus de Dieu, et du glorieux chevalier saint Georges, dont vous portez le nom : il vous défendra et sera votre garde jusqu'à la mort.

7. Pardonnez , si je vous importune de mes paroles ; l'amour de la sainte Église et de votre salut me sert d'excuses , et ma conscience a été forcée par la douce volonté de Dieu. Nous ferons comme Moïse : lorsque le peuple combattait, Moïse priait; et pendant qu'il priait, le peuple triomphait (1) : nous ferons de même , pour que nos prières soient agréées de Dieu. Lisez s'il vous plaît cette lettre, vous et les autres chefs. Doux Jésus , Jésus amour.

(1) Exode, XVII, 11.

Page 1